Algérie

La perversion du monopole

Une question, à la limite de l?évidence, surgit devant l?amer constat du président de la République sur l?état de l?économie nationale fait devant les cadres de la nation : comment, lui qui détient le pouvoir politique quasi absolu dans le pays et qui l?exerce réellement sur le terrain, n?a-t-il pas, en six années d?exercice, mis suffisamment de l?ordre et supprimé les principaux goulots d?étranglement ? Pourtant, il est établi qu?il lui suffit de prononcer une sentence pour qu?elle soit immédiatement suivie d?effet. Tant de textes sont passés ainsi et tant de responsables ont perdu leur poste comme cela. C?est parce qu?il avait pesé sur les partis de la coalition présidentielle que de grandes lois ont été adoptées à l?APN : les députés ne pouvaient que s?exécuter, quitte, pour beaucoup, à se faire violence comme ce fut le cas des islamistes et des conservateurs qui ont voté à la majorité l?ordonnance sur le code de la famille. La levée de l?interdiction d?importation de boissons alcoolisées et la suppression de l?importation des véhicules particuliers de moins de trois ans se feront immanquablement lors de l?examen de la loi de finances complémentaire 2005 parce que le chef de l?Etat l?a ordonné. C?est pourquoi Bouteflika n?apparaît pas convaincant quand il baisse les bras sur certains dossiers tel celui de la réforme bancaire cité devant les cadres de la nation. A moins que ses critiques aient pour fonction de culpabiliser celui auquel est dévolue la mise en ?uvre de ses décisions : le gouvernement. Une manière de dire à l?opinion publique que si cela ne marche pas dans divers secteurs, ce n?est pas de sa faute, c?est celle de ministres - ou d?un chef de gouvernement - « indisciplinés » ou « incapables ». Ce procédé - du fusible - précède et justifie des changements au sein de l?Exécutif. Il n?est pas nouveau et a été en large partie à l?origine de l?instabilité des institutions. Certes, le choix des membres de gouvernement n?est pas toujours pertinent, mais le vrai problème ne réside pas là : il se situe surtout dans ce monopole présidentiel quasi absolu de la décision qui ne laisse pratiquement rien à l?Exécutif, au Parlement et aux diverses forces politiques et sociales du pays. Comme ces derniers n?ont pratiquement pas leur mot à dire, en matière de stratégie notamment, ils privent l?économie de ce qui fait naturellement sa force dans les pays développés : les points de vue contradictoires, la concertation, l?implication de tous et la responsabilisation.
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