
Depuis plusieurs années, le marché des pneumatiques en Algérie traverse une crise récurrente marquée par des pénuries, des flambées de prix et des affaires de spéculation. Cette situation a des conséquences directes sur les transporteurs, les automobilistes et plus largement sur l’économie nationale.
Pendant longtemps, l’Algérie a dépendu presque entièrement des importations pour s’approvisionner en pneus. Le marché était notamment alimenté par des marques internationales, parmi lesquelles Michelin, présent dans le pays depuis plusieurs décennies. La fermeture de certaines activités commerciales de ces groupes et les fluctuations des politiques d’importation ont fragilisé l’équilibre du marché.
Pour réduire cette dépendance, l’Algérie a lancé en 2019 une première usine nationale de pneumatiques à Sétif, portée par le groupe Iris. Cette unité devait produire environ deux millions de pneus par an, avec l’objectif d’atteindre à terme plus de quatre millions d’unités afin de couvrir une part importante du marché national.
Malgré cette initiative industrielle, la production locale reste insuffisante face à un marché estimé à plusieurs millions de pneus consommés chaque année.
À partir des années 2020, l’État algérien a renforcé les contrôles sur les importations afin de réduire la facture en devises et lutter contre certaines pratiques commerciales.
Cependant, ces mesures ont parfois provoqué un déséquilibre entre l’offre et la demande. Plusieurs importateurs n’ont pas respecté leurs engagements d’approvisionnement ou n’ont pas importé les quantités prévues. Une enquête citée par des associations de consommateurs a révélé que près de 1200 entreprises ayant obtenu des licences d’importation n’ont pas respecté leurs quotas, certaines n’ayant importé aucun pneu.
Cette situation a contribué à la raréfaction du produit sur le marché.
À partir de 2024, la pénurie devient visible pour les automobilistes et les transporteurs. Les prix des pneus augmentent rapidement, avec des hausses estimées à 25 % ou plus selon les types de véhicules.
Les associations de consommateurs comme l’APOCE dénoncent alors un phénomène de spéculation et alertent sur les risques pour la sécurité routière. Les transporteurs, particulièrement les propriétaires de bus et de camions, signalent que la pénurie pourrait entraîner une hausse des tarifs du transport.
Certains observateurs évoquent également l’existence de stocks dissimulés par des distributeurs, destinés à provoquer une rareté artificielle afin de faire monter les prix.
Face à la crise, les autorités ont décidé d’augmenter les importations. Des programmes d’approvisionnement d’urgence ont été lancés, comprenant l’importation de centaines de milliers de pneus pour stabiliser le marché.
En 2025, la société publique Naftal a même signé des accords pour importer plus de six millions de pneus afin d’alimenter le marché national et réduire la tension sur les prix.
Ces mesures visent à casser les réseaux spéculatifs et à rétablir un niveau d’offre suffisant.
Dans ce contexte tendu, les forces de sécurité ont multiplié les opérations contre les réseaux de stockage illégal.
C’est dans ce cadre que les services de la gendarmerie nationale ont récemment mené une opération à Ouled Saber, dans la wilaya de Sétif, où ils ont découvert un entrepôt non déclaré contenant plus de 15 000 pneus de différents types, pour une valeur estimée à plus de 20 milliards de centimes.
Selon les premières informations, ces pneus étaient stockés dans des conditions laissant penser à une tentative de création d’une pénurie artificielle afin de faire augmenter les prix sur le marché.
Ce type d’affaires confirme les soupçons récurrents de spéculation autour d’un produit devenu stratégique pour le transport et la mobilité.
La crise des pneus en Algérie illustre plusieurs faiblesses structurelles :
une forte dépendance aux importations
une production nationale encore limitée
un système d’importation parfois mal contrôlé
l’existence de réseaux spéculatifs
Tant que ces facteurs ne seront pas corrigés, le marché des pneumatiques restera vulnérable aux pénuries et aux hausses de prix.
Posté par : frankfurter
Ecrit par : Rédaction