Algérie

La conception pédagogique chez Ibn Khaldoun


La conception pédagogique chez Ibn Khaldoun La troisième étape est celle de la consolidation et de la maîtrise. L’étude de la discipline est reprise in extenso mais en attaquant cette fois aux points les plus complexes et les plus obscurs. Ibn Khaldoun insiste beaucoup sur le principe de progressivité. C’est une grande erreur, dit-il, que de commencer par les problèmes les plus abstrus, comme le font de nombreux enseignants qui ne tiennent aucun compte de l’état de préparation de l’étudiant. Une telle pratique est des plus néfastes: l’étudiant se fatigue rapidement et se décourage. Pire encore, croyant que les difficultés qu’il rencontre sont intrinsèques à la discipline qui lui est enseignée, il s’en détourne et l’abandonne. D’autre part, Ibn Khaldoun perçoit clairement que l’inculcation d’un savoir ne peut être séparée du développement des aptitudes mentales nécessaires à l’assimilation de ce savoir. «Au début, remarque-t-il, l’étudiant est littéralement incapable de comprendre quoi que ce soit, hormis quelques rares points qu’il ne saisit d’ailleurs que d’une manière approximative et sommaire et quand ils lui sont expliqués avec des exemples tirés de l’expérience sensible. Puis ses dispositions se développent progressivement: les problèmes de la discipline lui deviennent plus familiers, ils lui sont répétés à plusieurs reprises, et il passe alors d’une connaissance approximative à une assimilation de plus en plus approfondie.» Ibn Khaldoun assortit ces principes généraux d’un certain nombre de recommandations pratiques. Aux enseignants, il recommande de présenter à leurs étudiants un matériel didactique cohérent et adapté à leurs capacités: se tenir aux ouvrages choisis pour le cours et les faire assimiler complètement avant de passer à d’autres; ne pas enseigner deux disciplines à la fois; ne pas trop étaler dans le temps l’étude d’une discipline, afin de ne pas rompre l’interdépendance entre les différents problèmes de cette discipline. Aux étudiants, il conseille de ne pas «s’arrêter aux disputes sur les mots» et surtout de ne pas s’encombrer de logique formelle. «En réalité, dit-il, le seul moyen naturel d’atteindre la vérité est la disposition naturelle de penser, lorsqu’elle est débarrassée de toutes les fausses idées et quand celui qui pense place toute sa confiance dans la miséricorde divine. La logique n’est rien d’autre qu’une description de l’action de penser et dans la plupart des cas la suit.» Sur la question du contenu de l’enseignement, Ibn Khaldoun se contente de quelques observations qui lui sont inspirées par l’état même de celui-ci à son époque. Il y dénonce trois abus: la surcharge de travail imposé aux étudiants, la trop grande importance accordée aux «sciences instrumentales», l’usage des abrégés. Les sciences, surtout religieuses et littéraires, avaient connu dans l’Islam un développement considérable, qu’Ibn Khaldoun décrit par le détail. D’accord avec ses contemporains, il considère que ce développement avait atteint son apogée et son terme. Comment et sous quelle forme transmettre l’énorme corpus accumulé? Des efforts soutenus avaient été déployés au cours des siècles antérieurs pour élaborer des formes didactiques adéquates: synthèses, traités, abrégés, commentaires. Pour chaque discipline, il y avait pléthore d’ouvrages. Chaque école de pensée ou tendance avait les siens, avec des méthodes et des terminologies qui variaient souvent de l’une à l’autre. Ibn Khaldoun se demande comment on peut exiger d’un étudiant normalement doué d’assimiler tout cela. Les enseignants, suggère-t-il, devraient se limiter à apprendre à leurs élèves les problèmes de leur propre école.   Suite et fin Abdesselam Cheddadi
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