
Le dernier scandale de la viande de l'Aïd a fait l'actualité. Comment interpréter ce qui s'est passé et le fait que presque chaque année l'ovin, le bovin et la volaille sont sujets à des problèmes sanitaires divers'Ce qui s'est passé par rapport à la viande est une des conséquences naturelles de la déconfiture de toute l'agriculture algérienne, faisant que le produit douteux s'est installé durablement dans le menu de la famille algérienne, en l'absence de la construction d'un marché normalisé.Techniquement, ce qui s'est passé n'est absolument pas la conséquence d'un dopage quelconque avec des produits pharmaceutiques non appropriés comme rapporté par la presse. Ce n'est pas pour innocenter certaines pratiques frauduleuses dont les effets sont généralement limités à des cas localisables. Il s'agit cette fois, d'un fait quasi général, qui n'a épargné aucune région. L'origine du problème est une conjugaison de contraintes dont la sous-nutrition du cheptel, notamment en oligoéléments que nos parcours naturels n'arrivent pas à compenser.L'alimentation des parcours et l'aliment concentré sans les CMV (composés minéraux vitaminés) ou l'introduction de CMV moins chers (comme celui destiné à l'engraissement du poulet) ne sont pas en mesure de développer une viande de qualité et de maintenir ses propriétés après l'abattage. En plus, cette viande fragilisée a été exposée aux aléas climatiques (chaleur excessive humidité pendant une longue journée largement suffisante pour qu'elle tourne et prenne d'autres couleurs que la sienne). Beaucoup de familles algériennes ont oublié qu'on a commencé à célébrer l'Aid en période de chaleur pour n'avoir pas changé leur manière de gérer le sacrifice du mouton.Peut- on mesurer l'impact économique de ces incidents à répétition pour la filière agricole en particulier et l'économie en général'L'impact économique de cette situation de l'agriculture algérienne se mesure à plusieurs niveaux. D'abord, c'est la facture en devises qui progresse chaque année de 600 millions de dollars sans répit depuis 15 ans destinée à compenser la gestion politicienne contre-productive de ce secteur. Secundo, cet impact se mesure par rapport à la dévalorisation des potentialités dormantes capables de compenser une partie des recettes en devises émanant exclusivement du pétrole. Troisièmement, l'insécurité alimentaire peut à tout moment se traduire par la faiblesse du pouvoir d'achat des citoyens, les faiblesses des productions par rapport aux exigences de plus en plus fortes du marché en termes de quantité, de qualité et de santé publique.Quatrièmement, le secteur agricole est non seulement incapable de produire des richesses et de l'emploi, mais aussi il est dans l'incapacité de tirer le secteur de l'industrie agroalimentaire, intimement liée. En termes de souveraineté alimentaire, l'Algérie se classe parmi les premiers importateurs du monde de céréales, lait, légumes secs, sucre, huiles végétales, etc., et risque de ne pas trouver ses besoins du fait que de plus en plus de surfaces agricoles dans le monde sont détournées pour produire des biocarburants et des lubrifiants organiques. L'exportation ne les concerne que par rapport aux excédents.Au moment où l'on parle beaucoup de sécurité alimentaire, y a-t-il un risque plus grand sur la couverture de nos besoins de consommation (en viandes rouge et blanche, ?ufs, produits laitiers) et le recours de plus en plus à l'importation'Le recours de plus en plus à l'importation des produits de large consommation est inévitable en l'absence d'une nouvelle politique agricole. Pire que ça, il va s'accentuer par rapport aux besoins du marché de plus en plus importants et assurément par rapport à des prix des produits qui augmenteront. Certaines diminutions constatées cette année par rapport au lait et céréales ne sont que conjoncturelles. La problématique réside dans le fait que les composantes de l'agriculture algérienne (professions, filières de production, filières de livraison d'intrants agricoles, corps d'encadrement techniques, institut..) ne sont aucunement organisées autour des produits. Elles agissent en agrégats dispersés, chacun pour soi.Dans ces conditions, elles ne peuvent s'inscrire dans aucune logique de planification, donc ne peuvent agir pour des objectifs économiques qui n'ont jamais été fixés. Cette anarchie est à l'origine de toute la problématique. Les accords de partenaires avec l'étranger et les accords entérinés avec les forums du commerce international ainsi que la démarche d'adhésion à l'OMC, ne peuvent être exploités dans ces conditions dans l'intérêt du pays. Il est impossible d'aligner des agriculteurs qui agissent individuellement dans l'archaïsme face à des organisations économiques ultra sophistiquées.De ce fait, le soutien de l'Etat sous toutes ses formes pour l'agriculteur algérien ne peut être exploité que par l'agriculteur étranger, qui s'est accaparé de notre marché national pour avoir produit, qualité et compétitivité. Il est impossible de renverser cette situation, sans renverser la situation de notre agriculture où chaque agrégat d'une composante doit agir dans le cadre d'une organisation, elle-même érigée pour un but économique planifié.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Safia Berkouk
Source : www.elwatan.com