
O HIND - Publié dans L'Expression
Un homme qui manque enormément
Pour connaître mieux cet affable homme disparu hélas en septembre dernier, M. Sid Ali Sakhri invitera l'assistance à lire le recueil de nouvelles de Meziane Ferhani, Traverse d' Alger mais aussi le roman de Hamid Grine, Parfums d'absinthe.
Les éditions Anep ont organisé samedi dernier à la librairie Chaïb Dzaïr, d'Alger-Centre, un hommage à feu Ammi Mouloud, bouquiniste de «l'étoile d'or» disparu en septembre dernier. Pour en parler avec le public, c'est le conseiller de l'Anep, Sid Ali Sakhri qui entreprendra d'abord d'évoquer la mémoire de cet homme en ne tarissant pas d'éloges sur sa personnalité d'homme discret, et généreux, le qualifiant souvent de «discret», voire de «timide»...
M.Sakhri dira à propos de «Momo» comme il le surnommait que malgré sa passion pour les livres, son regard devenait triste ces dernières années avec l'avènement de l'Internet qui a poussé les gens à s'éloigner un peu du livre, néanmoins il restait fidèle à son métier et son rayonnage impeccable pour rencontrer moult gens car il eut la chance de côtoyer et de rencontrer des gens forts intéressants et d'autres qui l'ont aidé. Il symbolisait selon lui-même l'âme de la Casbah. «il était tout le temps 'ouvert'' et avait toujours de nouveaux livres à proposer à des prix étudiés. Ceux qui disent que sa disparition amorce la fin d'un cycle ou d'une civilisation, ce n'est pas tout à fait faux, mais je continue à y croire car la question qu'on doit se poser aujourd'hui est maintenant que Ammi mouloud n'est plus là que doit-on faire pour que son commerce lui survive?» Omar Chalabi, poète présent parmi l'assistance, dira l'avoir connu pendant 40 ans. «Il avait appris par choeur tous ses livres, environ 10.000 livres dont il savait tout d'eux. Je l'ai revu les derniers temps, mais il souffrait, car les gens n'achetaient pas beaucoup de livres. C'était notre père spirituel...».
Pour M.Sahraoui cancérologue, Ammi Mouloud avait un budget spécial pour les enfants cancéreux pour lesquels il achetait et distribuait des cadeaux. C'est dire son côté généreux mais discret qui le caractérisait. M.Sahkri qui reconnaîtra que Ammi Mouloud avait pourtant neuf enfants, fera remarquer que ces derniers ne sont pas forcément intéressés pour reprendre le flambeau, sachant que la plupart d'entre eux n'habitent pas en Algérie. De son côté un intervenant plus pessimiste soulignera la disparition de nombreux métiers comme celui de forgeron ou artisan des paniers en osier, arguant que le métier de bouquiniste est tout aussi «en voie de disparition, alors comment voulez-vous que son commerce puisse continuer?» Plusieurs anecdotes des plus émouvantes et drôles fusaient ici et là comme celle la plus connue qui raconte que le maire français Delanoë de passage à Alger avait changé de trottoir à la vue de l'enseigne de sa librairie et s'était engouffré chez lui avec toute la délégation qui l'accompagnait car il avait reconnu cet endroit où il était venu des années auparavant et bien sûr Ammi Mouloud avec lequel il est resté à discuter durant presque une demi-heure. Belle anecdote qui renvoie loin notre cher Ammi Mouloud dont on dit qu'il n'aimait pas trop travailler quand il était jeune mais s'était mis à travailler comme coursier au tout début chez une Espagnole pied-noir de son état qui, après avoir remarqué qu'il lorgnait sur un transistor à l'époque va l'acheter et le lui offrir. C'est ainsi que son histoire avec cet espace littéraire a commencé. Ammi Mouloud rependra le flambeau haut la main après le départ de cette dame en France à l'indépendance de l'Algérie. Pour en savoir plus sur Ammi Mouloud, M. Sakhri conseillera l'assistance de se prémunir du recueil de nouvelles de Meziane Ferhani intitulé Traverses d'Alger et le roman de Hamid Grine, intitulé Parfums d'absinthe où il est question entre autres de ce prodige amoureux des bonnes feuilles. «Les livres que je n'avais pas pu mettre la main dessus, c'est lui qui me les dénichait. Il me disait que je fais un métier de crève-coeur car dès que je ramenais un nouveau livre il s'arrachait à l'époque pour être acheté et il n'avait pas le temps pour le lire...», dira le conseiller de l'Anep. Aussi notre interlocuteur révélera que le propriétaire de «L'étoile d'or» aimait beaucoup lire les polars, car ça ouvrait véritablement sur les problèmes des sociétés et de poursuivre un peu plus loin: «Il faut continuer à fréquenter sa librairie pour que son activité reprenne. C'est un métier à préserver. Si je vous dis ça, c'est aussi un clin d'oeil à notre travail de libraire. Nous, on évolue dans le secteur public, mais ceux qui sont dans le privé font un vrai travail de résistance...», reconnaîtra M.Sakhri. Pour Mohamed Saïdi organisateur d'événement culturel, sa fréquentation de l'espace de Ammi Mouloud date de son enfance alors qu'il avait l'âge de 11 ans et a duré plus de 50 ans. «Contrairement à ceux qui disent que Ammi mouloud s'imposait devant les lecteurs, bien au contraire il s'effaçait. Il avait cette générosité de l'écoute. Il appartient à nous tous de trouver des solutions à l'intérieur de tous les quartiers pour sauver les bouquinistes. Je rentrais dans sa boutique comme un cafard et je ressortais comme un papillon.». Abordant l'historique du métier de bouquiniste, M.Sid Ali Sakhri fera remarquer que ce métier il faut qu'il continue, mais à condition de l'organiser dans les normes et ne pas le compartimenter. C'est de la friperie intellectuelle au sens noble du terme. Ailleurs, comme en France ou en Egypte avec l'avènement des islamistes, il a permis à faire la promotion des livres transgressifs ou contre l'ordre établi. Aujourd'hui, la France permet aux bouquinistes de la Seine de travailler sans payer de loyer ni de taxes. C'est un métier à préserver.» Revenant à M.Mouloud Mechkour dit Ammi Mouloud, décédé suite à une agression dans sa propre boutique l'année dernière, M.Sakhri dira qu'il faudra bien faire le deuil de sa disparition mais penser à comment entretenir son 10.000m2 tout en gardant le même état d'esprit qu'avant. Il soulignera l'importance d'apporter des solutions collectives afin d'aider cet espace à reprendre vie. Aussi il fera appel au Snel à prendre en charge cet espace et en urgence. «Mais le problème reste après, autrement la compétence pour la gestion de cet espace. Car il faut sauver cet espace! L'utilité de cet hommage est de servir à ça, penser comment rentabiliser ces 60 ans de fidélité pour le livre.» S'agissant du programme de la semaine prochaine, M.Sakhri annoncera la tenue de nombreuses conférences à partir de samedi prochain qui verra la participation de l'auteur Mohamed Balhi qui viendra parler de son oeuvre La route de l'or, suivra Fouad soufi avec son livre sur l'histoire d'Oran et enfin le dessinateur Slim.
 
Posté par : litteraturealgerie