Algerie - Actualité littéraire

Kaouther Adimi, à l’université Mentouri de Constantine : « N’être qu’écrivaine me stresserait beaucoup »



Kaouther Adimi, à l’université Mentouri de Constantine : « N’être qu’écrivaine me stresserait beaucoup »
Kaouther Adimi était, dimanche dernier à la bibliothèque centrale de l’université Mentouri de Constantine, pour y rencontrer les étudiants du département de lettres et langue françaises, dans le cadre de la 2e édition de Souk Okad.

En guise de préambule, la jeune écrivaine (elle est née en 1986) est revenue sur son parcours qui, vocation précoce, a débuté à l’âge de 8 ans, le jour où elle avait constaté qu’il n’y avait pas assez de livres dans la bibliothèque familiale : « Je m’étais dit : tiens, si j’écrivais un livre, je pourrais ensuite le lire ! Une
absurdité !», raconte-t-elle. Ce premier effort de 3 pages et demie  ne connaîtra de suite qu’en 2007, lorsque Kaouther, toute jeune étudiante en licence de français à l’université de Bouzaréah, se mit à fréquenter assidument l’Institut français d’Alger : « Je suis tombé un jour sur une affiche pour le Prix du jeune écrivain de langue française, et j’ai décidé d’y participer. Ma nouvelle, intitulée Le Chuchotement des Anges, a finalement été sélectionnée par le jury pour être publiée dans un recueil, et je m’étais, du jour au lendemain retrouvée, aux côtés des autres lauréats, à le dédicacer au Salon du livre de Paris ! Nous n’avions écrit que quelques pages chacun, et elles nous avaient mené à Paris, à l’époque, cela me paraissait complètement dingue ! En rentrant à Alger, je me suis dit, c’est possible, je peux écrire, je peux y aller !  Concernant ses sources d’inspiration, l’invitée de l’université Mentouri a répondu : « Il y a forcément des thèmes qui m’intéressent plus que d’autres, de par ma sensibilité, mes études, mon histoire, et puis il y a aussi tout ce qu’on peut voir et apercevoir. En fait, je travaille un peu à l’instinct ! » Pour étayer ses propos, l’écrivaine a évoqué le point de départ de Nos Richesses, son roman multiprimé (Prix Renaudot des lycéens 2017, Prix du Style 2017 et Prix Beur FM Méditerranée 2018) : « Pour Edmond Charlot par exemple, j’étais passé devant une librairie à Alger, et j’ai vu le portrait de cet homme, un Français dans une bibliothèque étatique, un Français dont il n’y avait aucune trace dans l’histoire officielle, dont je n’avais jamais entendu parler. J’ai commencé à m’intéresser à lui, à faire des recherches, et c’est parti ! », a-t-elle relaté, avant de revenir sur la polémique nourrie par quelques voix ayant entouré la parution du roman : « Je serais très curieuse de discuter avec les personnes qui ont lancé ces critiques, et surtout de savoir s’ils ont vraiment lu mon livre ! Je trouve absurde de me défendre sur le choix d’Edmond Charlot, car j’estime que le roman se défend bien tout seul. J’ai choisi de parler d’un Français qui a fait quelque chose de génial, c’était un grand éditeur, et le fait qu’il soit Français ne lui enlève pas le mérite d’avoir eu une vision extraordinaire pour l’époque ; ce serait absurde de le penser. Après, et il le disait lui-même, il est aussi le produit de son époque ; une époque où il y avait une disparité majeure entre les Français et les Européens de manière générale, et les Arabes. Cela, je ne le nie pas, je ne l’édulcore pas, et je ne l’enjolive pas dans mon texte. Cette polémique ne m’atteint pas, et je pense sincèrement que les lecteurs ont dépassé tout cela ». À propos de la difficulté de concilier une carrière professionnelle « conventionnelle » (elle est cadre en ressources humaines dans une entreprise à Paris) et celle d’écrivaine, choix qu’elle assume, Adimi a déclaré : « J’ai toujours travaillé, même pendant mes études à Alger ! Pour moi, le deal a toujours été «j’écris, mais je travaille à côté». Je crois que ça me stresserait beaucoup si je ne faisais qu’écrire, parce qu’il y aura inévitablement des moments où l’on ne peut pas le faire, même si toutes les conditions sont réunies. En ayant un travail, j’ai une contrainte, ce qui fait que dès que j’ai un moment de libre, et sachant combien il est précieux, j’écris facilement et plus simplement », explique Kaouther, et d’ajouter : « Par ailleurs, je vis essentiellement de mon travail, donc je ne suis pas obligée de faire des rencontres, des ateliers payants, etc. Bref, de raisonner en termes d’argent lorsqu’il s’agit d’écriture. Cela me permet de faire un peu ce que je veux. Je pense que travailler, c’est aussi se raccrocher au monde réel, rencontrer des gens qui sont très différents de moi, des gens que je n’aurais pas rencontrés autrement ». Cela dit, l’écrivaine paye chèrement ce choix, de tout son temps libre : « Tous mes weekends et toutes mes vacances sont consacrés à l’écriture. Je m’enferme souvent dans ma chambre du vendredi soir au lundi matin. C’est un rythme à suivre, mais c’est parfois épuisant. En ce moment, je me suis remis à l’écriture, et je sais que ça va être du non-stop au moins jusqu’au mois d’octobre ! » Enfin, à la question de savoir si elle se considère comme faisant partie d’une nouvelle génération d’auteurs algériens, Kaouther Adimi a acquiescé, en nuançant toutefois sa réponse : « Je pense que j’appartiens, aux côtés de Kamel Daoud, Sarah Haïder ou Adlène Meddi, à une génération d’écrivains, non pas forcément liés par l’âge, mais plutôt par le fait qu’ils ont émergé après les années 90. Ce qui est remarquable, c’est que ces auteurs continuent à publier en Algérie, ce qui est très important, autrement, on n’existera jamais dans notre pays ».
Organisée par le département de lettres et langue françaises de l’université Mentouri, Souk Okad est une manifestation annuelle comprenant, entre autres, des rencontres littéraires, des conférences, des spectacles, des expositions, ainsi que diverses activités pédagogiques et culturelles (ateliers d’écriture, de rédaction scientifique et de dessins libres, dictée géante, etc.).


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