Algérie

Kabylie

Les partis politiques face à la désaffection citoyenne La situation sociale et sécuritaire en Kabylie est des plus suffocantes. Un important chômage, une jeunesse en mal de repères, une violence à fleur de peau et surtout un sentiment de lassitude pour la politique. Les partis installés dans la région ne sont plus ce qu’ils étaient. Alors que dans la décennie passée, leurs bureaux étaient comme des ruches, désormais seuls quelques filets de militants sont encore là, à essayer de redonner vie à des lieux désertés par les populations. Les partis ayant pignon sur rue dans la région, comme le FFS et le RCD, semblent être en veilleuse et les autres s’essaient à ranimer une flamme comme éteinte à jamais. Le FLN qui a eu quelques succès lors des derniers scrutins des locales, et le RND qui espère au moins égaler sinon battre sur le terrain son frère ennemi veulent toujours affirmer leur présence dans la région. Mais il semble que le citoyen lambda s’est, depuis le printemps noir, détourné des forces politiques lesquelles, sous l’assaut du mouvement né à l’époque, n’ont pas su ou pu tirer leur épingle du jeu. Il va sans dire que les partis essaient de temps en temps de s’ébrouer et de récupérer, pour les uns, la gloire passée et, pour les autres, s’accrocher afin de mieux faire la prochaine fois. Il est bon de rappeler l’atmosphère qui présidait dans la région durant les premiers temps de l’ouverture politique. La Kabylie des années 1990 Les gens qui ont eu à connaître la Kabylie lors des années 1990 ne reconnaîtront certainement plus la région. A l’époque, les partis nouvellement créés et ceux sortis de la clandestinité ouvraient des bureaux dans les villes et les villages. Les gens, attirés par les programmes aussi beaux qu’ambitieux, pensaient sincèrement que ces nouvelles formations allaient les changer de la pensée unique et allaient surtout leur procurer les libertés, toutes les libertés: la liberté de penser, d’expression, etc. Alors, la Kabylie voyait ces partis, ainsi que les associations et le grand mouvement culturel tenir des rencontres politiques et des réunions culturelles. La région était à l’époque outrageusement désignée sous le sobriquet de la Suisse d’Algérie. Des Algérois fuyant ce qui était alors l’intolérance, laquelle avait pignon sur rue notamment à Alger, venaient en Kabylie passer le week-end, histoire de souffler un brin, ou fêter les fins d’années dans les hôtels et autres lieux de la région: Tala Guilef ou encore Tikjda étaient des stations très recherchées. Tizi-Ouzou voyait ses grands hôtels pleins à craquer lors des week-ends. La ville ne dormait guère et la tranquillité était proverbiale. Pour exemple, on peut citer le marché d’Aïn El-Hammam, un lieu où les marchands, une fois le soir tombé, laissaient les étals sans garde aucune. Jusqu’au lendemain matin où tout sera retrouvé à la même place. Jamais personne n’a également parlé d’agression ou de rapt. Certes, les bars étaient pleins, mais les mosquées aussi. Les gens priaient sans chercher à imposer leurs croyances aux autres et surtout sans essayer d’être des super musulmans. Bref, chacun respectait l’autre et ne cherchait nullement à en faire un adepte de l’intégrisme. A telle enseigne que Belhadj, alors ténor du parti dissous, devait dire, lors de l’un de ses discours haineux et incendiaires que, «quand il partait vers l’est du pays, il devait traverser une région de kouffars»... C’est comme si, pour cet individu, concentré de haine et de bêtises humaines, la Kabylie était tout simplement «terra incognita». Mais la région ne devait pas rester tout le temps à l’écart du reste du pays. Quand Alger brûlait, les gens de Tizi-Ouzou avaient peur car ils savaient que la contagion était là, et que ce n’était qu’une question de jours. Il faut dire qu’avec l’apparition de la violence, les massifs forestiers et le relief de la région ont attiré, très tôt, les hordes assassines. Les groupuscules du GIA et de ce qui était l’AIS ont ainsi tôt fait de trouver en Kabylie les refuges idoines. Certes, l’apparition du terrorisme, notamment l’utilisation d’engins explosifs, ont marqué le quotidien des gens de cette région et compliqué le travail des partis qui ont ainsi éprouvé mille et un problèmes à activer normalement. Les deux forces bien implantées dans la région ayant appréhendé différemment la situation, on assista alors à une grosse césure. Une césure qui, en réalité, a des racines antérieures, notamment lors des législatives avortées de décembre 1991. Puis, est venu un peu plus tard le fameux «Contrat national de Sant’Egidio». Les déchirures entre familles étaient des plus importantes, les frères ne se parlaient plus pour des raisons politiques et les votes étaient craints dans les villages et souvent, on en arrivait aux mains. Jusqu’aux comités de villages qui étaient pris d’assaut par des militants, perdant de ce fait presque leur pouvoir d’entregent. Il a fallu le doigté et la diplomatie des vieux pour que les choses reprennent peu à peu leur cours normal. Devant l’avancée du terrorisme, la région a ainsi perdu presque ses principes, et ce qui restait comme valeurs semble menacé par la violence et par le terrorisme. Les années 1990 sont loin et les années 2000 se sont ouvertes sur la violence, encore et toujours. M. Chabane
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