Algérie

Jeu dangereux à Ghardaïa


Jeu dangereux à Ghardaïa
Huit mois. Dix victimes. C'est le triste bilan des errements politico-sécuritaires du gouvernement à Ghardaïa. Cette ville, cultuellement différente sans être opposante du reste du pays, est en train de payer une sorte d'exception culturelle. Par un bizarre laisser-faire doublé d'une incompétence évidente des autorités à faire respecter l'ordre, Ghardaïa est devenue le mouton noir de la République. Stigmatisés, pointés du doigt et aujourd'hui assassinés dans des circonstances pour le moins troublantes, les Mozabites ont toutes les raisons du monde de crier leur colère à la face du pouvoir. Et pour cause, les tragiques événements de Ghardaïa alimentent une chronique macabre, comparable aux fameux bilans hebdomadaires de la gendarmerie sur les accidents de la route.C'est malheureusement l'image caricaturale que renvoie la «gestion» ? si tant est qu'il y en ait une ? de cette grave crise aux relents communautaires, voire racistes, partie d'un simple fait divers. Le gouvernement et les hautes autorités du pays sont coupables de n'avoir pas su et pu éteindre le feu à Ghardaïa avant qu'il n'embrase toute la vallée du M'zab. Ils sont coupables d'avoir nourri ce sentiment de haine des uns contre les autres. D'avoir exacerbé la tension par une approche sécuritaire incompatible avec les réalités sociologiques et historico-culturelles de la région.Ce qui se passe à Ghardaïa est grave. Ne pas le prendre au sérieux serait criminel tant est-on bien face à un risque sérieux sur la sécurité nationale. A tout moment, la situation pourrait déborder, surtout dans un contexte géopolitique régional qui se prête allègrement à des ingérences étrangères. Le pouvoir l'aura alors bien cherché à cause de sa cécité politique et de son jeu dangereux avec le feu à Ghardaïa.A l'heure où Bouteflika et son régime veulent se tailler une Constitution qui garantisse leur pérennité aux commandes, Ahmed Ouyahia serait mieux inspiré de donner un contenu à son article 24 qui stipule que «l'Etat est responsable de la sécurité des personnes et des biens».Il n'est pas sûr que nos compatriotes mozabites partagent ce sentiment, eux qui font face à des expéditions punitives, parfois même sous le regard des éléments des services de sécurité.Où sont les autorités à Ghardaïa ' L'Etat est-il à ce point impuissant à régler un conflit entre deux communautés qui dure depuis des mois ' Le président Bouteflika, qui vient d'être saisi officiellement par les populations éplorées du M'zab, est mis en demeure de ramener la paix dans cette région. Il en porte la responsabilité politique et historique. La situation est assez préoccupante pour se suffire de formules qui ne font plus rire et autres incantations patriotiques du Premier ministre. Si le ministre de l'Intérieur, Tayeb Belaïz, dispose, comme il s'en vante, d'un «plan ficelé» pour régler la crise, qu'attend-il alors pour le mettre en application ' Meurtris par huit mois de souffrances à huis clos, les citoyens de Ghardaïa n'en demandent pas plus. Le gouvernement doit comprendre que la paix se construit, elle ne se décrète pas.


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