Algérie - Diverses relations internationales

IngErence, internationalisation, Petrole et Sahel



IngErence, internationalisation, Petrole et Sahel
Crise libyenne: un «Irak» à quelques mètres de l’Algérie

Tribunal pénal international, sanctions mondiales, clauses d’interventions militaires, enjeux des gisements pétroliers et de la sécurité des approvisionnements, soutiens «commerçant» du front intérieur…etc, la Libye offre aujour-d’hui, derrière l’image d’une révolution en acte, le champ d’une irakisation à quelques mètres de… l’Algérie. De quoi en faire un risque algérien. La réaction algérienne à la crise libyenne a été «tiède» selon beaucoup d’observateurs. Le principe de non ingérence a imposé une sorte de réplique par un «nous suivons la situation avec préoccupation», sans aller plus loin. Un principe de base qui a été déjà défendu lors de la révolution du Jasmin en Tunisie et même avec la Révolution égyptienne contre Moubarak, sans parler de ce qui se passe au Yémen et au Bahreïn. Un principe de précaution qui vise à ne pas s’aliéner une quelconque partie, à limiter la révolution dans le cadre «de l’affaire interne» pour lui dénier toute signification panarabe et pour éviter d’hypothéquer les relations stables lors de périodes de transitions souvent dangereuses.

Pour le cas libyen, la diplomatie algérienne, malgré l’enjeu, a évité de faire plus et s’est contentée d’un discret effort de rapatriement des expatriés algériens en Libye et d’une aide toute aussi discrète aux Libyens en transit par les frontières sahariennes que l’Algérie partage avec le pays voisin. Il aura fallu attendre donc l’immense rumeur sur des avions militaires algériens qui auraient servi au transport de mercenaires africains pro-Khadafi pour voir les Affaires Etrangères algériennes réagir avec fermeté et d’une manière directe expliquant qu’il s’agit de «allégations insidieuses (qui) vont à l'encontre de la position doctrinale, bien connue, de l'Algérie qui récuse, de manière absolue, l'ingérence dans les affaires intérieures des Etats» expliquera un communiqué des AE avant-hier. Vendredi 25 février, El Husseini, deuxième secrétaire de l'ambassade de Libye à Pékin, avait accusé sur des chaînes satellitaires le gouvernement algérien de mettre à la disposition du colonel Kadhafi des avions algériens pour le transport des mercenaires vers la Libye. Une rumeur appuyée par l’agence officielle libyenne, Jana, qui rapportera que Mouammar Kadhafi, avait reçu dimanche 20 février des appels téléphoniques de soutien de plusieurs chefs d’Etats africains dont le président algérien Abdelaziz Bouteflika, le Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz et le président malien Amadou Toumani Touré. Cette réaction constituant un indice majeur sur le tournant que prend désormais la crise libyenne qui est passée du stade «classique» d’une révolution arabe en cours, conséquence d’une dictature directe et d’un effet domino inévitable, à celui d’un cas panarabe. Une crise qui a mué du statut d’affaire interne à celui d’un risque régional majeur pour tous les pays voisins, surtout l’Algérie. En dix jours de soulèvements, la Libye offre aujourd’hui la scène d’un véritable cas d’Irakisation en cours si le conflit n’est pas résolu par la promptitude et selon un équilibre entre parties libyennes. La carte sociologie tribale du pays, l’isolement «criminalisant» du Colonel et de ses fils, l’implication du TPI, les sanctions onusiennes, l’insistance des Etats-Unis pour la légalisation d’une éventuelle intervention militaire, l’ingérence au nom de la protection des peuples et l’enjeu pétrolier, ont transformé cette révolution en une sorte de poudrière qui peut avoir un impact sur la région du Maghreb. Outre le marché pétrolier et les gisements qui intéressent en priorité les occidentaux, prompts à saisir le prétexte du sauvetage des peuples en détresse, la Libye va constituer, en cas de persistance de la crise, un véritable Irak-Bis dans la région du Maghreb, avec un impact sur le leadership algérien dans la région, une conséquence frontale sur la rente pétrolière algérienne et ses capacités de négociation, et un cas de figure d’internationalisation déjà préconisé, sans succès dans la région du Sahel et de ses poches de terroristes et de non-Etats. Le conflit n’impose pas seulement la facture d’un déplacement désastreux des populations dont la Tunisie et l’Egypte en font déjà les frais, mais aussi une perte d’autorités et de capacité d’organisation sur la bande nord du Sahel, une politique interventionniste qui sera difficile à déloger par la suite (L’Irak en est l’exemple direct en plus de l’Afghanistan), et une mort clinique officielle des ambitions régionales de l’Union du Maghreb arabe. Loin du cas de la Tunisie ou de l’Egypte avec son enjeu stratégique régional au Moyen-Orient, la Libye offre le cas d’un pays dont le bonheur et le malheur reste sa richesse pétrolière qui va fausser ses ambitions de démocratisation et de liberté. Pour l’Algérie, une politique d’excès de prudence, de neutralité attentive ou d’isolement par principe de précaution est déjà une position contre productive. La Libye est désormais un enjeu algérien majeur, impliquant une facture à long terme et une déstabilisation qui va isoler le pays et le mettre au front d’une pression occidentale directe, difficile à contrer avec une politique de souveraineté non négociable. Avec La Tunisie instable à l’est, une Libye encore plus instable au sud est, un Maroc peu allié à l’ouest et un Sahel sans autorités au Sud, le pays se trouve au nombril d’un ouragan qui lui impose des politiques plus offensives et une action à même de défendre les intérêts d’un pays voisin, un peuple voisin mais aussi des intérêts algériens bien compris

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