Algérie - Revue de Presse

Il y a vingt ansnous quittait Ferhat Abbas



Le 24 décembre 1984, vingt ans déjà, le président Ferhat Abbas « Da Ferhat » rendait l?âme à l?âge de 86 ans, après tant et tant de combats avec leurs doutes et leurs certitudes. Le 25 septembre 1962, première séance de l?Assemblée nationale constituante. Tous les ténors de la presse internationale et quelques « chats » de la presse nationale sont entassés dans la tribune de presse trop petite pour la circonstance. Beaucoup d?absents dans l?hémicycle, 59 candidats désignés par les wilayas sur les listes électorales, dont Abdelhafid Boussouf, Benyoucef Ben Khedda, Salah Boubnider dit Sawt el Arab, Abdellah Ben Tobbal, Mohamed Seddik Ben Yahya... ont été écartés des listes par Ahmed Ben Bella and co. Au nom de quoi et de qui des militants de la première heure se retrouvent-ils sur la touche par le bon vouloir d?un juteux de quartier « moussé » par la presse française depuis le rapt de l?avion de la Royal Air Maroc en octobre 1956 ? Comment peut-on se réclamer du peuple et le mépriser au point de faire injure à son intelligence ? Qu?avait donc « Hmimed » de plus qu?un Hocine Aït Ahmed, ou qu?un Krim Belkacem, ou qu?un Mohamed Boudiaf ou encore qu?un Benyoucef Ben Khedda ou combien d?autres ? Pourquoi ces « 59 » ne se sont pas manifestés ? Est-ce par lassitude après plus de sept ans de lutte ? Est-ce qu?ils voulaient épargner au peuple une autre épreuve à l?instar de la crise de 1962 ? Est-ce par lâcheté comme me l?a affirmé un militant de la première heure, maquisard depuis 1947 ? L?Algérie était dans le collimateur de De Gaulle et Ahmed Ben Bella à sa tête était le pire pied de nez qu?il pouvait être fait au peuple, aux héros de Décembre 1960. Pour des raisons différentes, Ben Bella sera « drivé » par Gamal Abdenasser. Secrétaire général du FLN, chef du gouvernement, président de la République... jamais l?ignorance n?aura réuni autant de pouvoirs en son sein. Jamais l?horizon du peuple n?aura été des plus sombres. Nous avons entendu des amis, qui ont tout donné, tout sacrifié pour ce pays, se demander pourquoi avoir bouté Joseph pour un « Ahmed » de triste acabit responsable de tous les maux du pays, au lendemain de l?indépendance ! Mais voir le drapeau national flotter au-dessus du palais du gouvernement et entendre Min djibalina sur les ondes nationales n?avaient pas de prix ! Le jour-même de son élection à la présidence de l?Assemblée nationale constituante, Ferhat Abbas aurait dû démissionner. Il ne l?a pas fait ! Pensait-il peut-être qu?être à l?intérieur valait mieux qu?être à l?extérieur ? L?émergence politique de Ferhat Abbas va vraiment commencer au lendemain du centenaire de la présence française en Algérie. Elle va se faire dans une atmosphère de crise économique, de bouillonnement et d?agitation politique. C?est la décennie de la Fédération des élus (1927), de l?Association des oulémas musulmans d?Algérie (AOMA 1931), de la glorieuse Etoile nord-africaine (ENA 1933), des congrès musulmans (1936/1938), du Parti populaire algérien (PPA 1937), du Parti communiste algérien (PCA 1936), de l?Union populaire algérienne (UPA 1938)... Aux jeunes qui penchaient vers le Parti communiste ou vers le mouvement Croix de feu, Ferhat Abbas, conseiller municipal de Sétif, leur lançait : « Nous ne devons pas lier notre sort à celui d?un parti, l?histoire de ces dernières années nous a prouvé que nous avons tort d?attendre tout des hommes et rien des doctrines. » La fraction néo-wahhabite représentée par l?Association des oulémas fera sa jonction avec la Fédération des élus aux élections des conseils généraux de 1934 à 1936. Un appel paraîtra dans El Ouma de décembre 1934. « Nous voulons, disait-il, déchirer le bâillon et briser nos chaînes. Nous voulons notre part de la vie de lumière et de liberté auxquelles nous aspirons de toutes les forces de notre âme. » Dissolutions, répressions, arrestations vont se succéder. Le 5 mars 1942, Ferhat Abbbas remettait au ministre de l?Intérieur une note réclamant la libération des Oulémas emprisonnés et la constitution d?associations culturelles musulmanes. Devant le silence de l?Administration, Abbas démissionne avec fracas en juillet 1942 de la commission financière algérienne. Le débarquement des Alliés dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942 va nourrir les plus folles idées d?espoir d?indépendance et de liberté ! Ferhat Abbas et 12 autres personnalités vont, le 20 décembre 1942, envoyer un message à l?Administration coloniale, dans lequel il subordonne la participation « des Algériens à l?effort de guerre, à l?élaboration d?un statut leur assurant leur affranchissement politique ». Devant le silence des autorités françaises, Ferhat Abbas et ses amis vont lancer un « appel aux nations alliées » sous la forme d?un Manifeste qui fut élaboré en septembre 1942 à Sétif par le Dr Lamine Debaghine. Il sera paraphé, par ce dernier pour le PPA, par Ferhat Abbas, pour l?APM, par Cheikh Maïza, pour l?AOMA, par Ahmed Francis, pour les anciens combattants et le Dr Ahmed Ben Djelloun pour la Fédération des élus. Il avait été décidé que le Dr Ben Djelloun remettrait le Manifeste aux forces de l?Axe au cas où celles-ci triompheraient, Ferhat Abbas devait le remettre aux Alliés si ces derniers l?emportaient. Ce qui fut le cas. Le Manifeste sera adressé aux Nations unies le 10 janvier 1943. Une version plus « cool » revue par Ferhat Abbas et Ahmed Boumendjel sera remise officiellement le 31 mars 1943 au gouverneur Peyrouton et le 1er avril à Robert Murphy, le représentant des Alliés à Alger. Le Manifeste revendiquait le droit du peuple algérien à disposer de soi-même. Un « Additif » sera remis le 10 juin 1943 au général de Gaulle. Cet additif réclamait « la résurrection du peuple algérien par la formation d?un Etat algérien démocrate et libéral ». Un refus catégorique fut opposé à la demande des Algériens, aussi bien par le général Catroux qui avait succédé à Peyrouton que par le général de Gaulle. Après la protestation de 15 des 24 délégués financiers algériens, le général Catroux réplique par la mise en résidence surveillée de Ferhat Abbas et de Sayah Abdelkader. Seul le PPA va réagir. Des manifestations auront lieu à Alger le 30 septembre 1943 avec les mots d?ordre : « Pour la Charte Atlantique » « Libérez Sayah et Abbas », « Vive l?Algérie libre. » Ferhat Abbas déclarera que le discours du général de Gaulle du 12 décembre 1943 venait trop tard ! Une grande déception s?empara des Algériens. Ferhat Abbas va essayer de créer le mouvement L?Algérie libre. Il prendra contact avec Messali Hadj, cheikh Bachir El Ibrahimi, Dr Lamine Debaghine et Dr Ahmed Francis. Les contacts aboutiront à la création le 14 mars 1944 des Amis du manifeste et de la liberté (AML) qui tiendra son premier congrès le 22 mai 1944. La revendication de l?indépendance filtrait dans les articles du statut des AML qui se dotèrent, dès septembre 1944, d?un hebdomadaire Egalité, très largement diffusé et qui allait mener campagne pour la libération de Messali Hadj. La conférence nationale des AML du 2 au 4 mars 1945 allait radicaliser le mouvement et porter Ferhat Abbas à la présidence du « Comité provisoire de l?Algérie musulmane ». L?idée d?une indépendance de l?Algérie qui serait accordée à la conférence des Nations unies de San Francisco était largement répandue dans l?opinion algérienne. Le 19 avril 1945, Messali Hadj était arrêté, expédié manu militari à El Goléa puis à Brazzaville. 60 autres arrestations allaient suivre. Le 1er mai, Fête du travail, fut choisi par les organisations nationales pour l?organisation de manifestations pacifiques à travers tout le territoire pour réclamer la libération de Messali et l?indépendance de l?Algérie. Le 1er mai le sang algérien coulait à Alger. Les cinq premiers martyrs de Mai 45 tombaient sous les balles assassines de l?ordre colonial à l?entrée de la rue d?Isly aujourd?hui la rue Larbi Ben M?hidi. Recevant Ferhat Abbas, le secrétaire général de la préfecture d?Alger lui déclarera : « Les Algériens tués ou blessés détenaient une carte des AML par conséquent, c?est vous qui êtes responsable ? » Le 8 mai 45 à Sétif, Guelma, Saïda, Annaba..., les manifestations politiques pacifiques suite aux provocations policières allaient dégénérer. Une répression atroce s?abattra sur les Algériens et l?on comptera 45 000 morts : un crime de plus contre l?humanité. Le 8 mai 1945, Ferhat Abbas, qui s?était rendu à Alger pour féliciter le gouverneur général de la victoire des Alliés, est arrêté et emprisonné et les AML furent dissous. A sa sortie de prison en 1946, il fonde l?Union démocratique du manifeste algérien (UDMA). En juin 1953, rencontrant le général Bonois Alphonse Juin à Constantine, Ferhat Abbas lui confie : « Il n?y a plus que les mitraillettes... ». Le déclenchement de la guerre de libération par une poignée de jeunes nationalistes résolus va prendre Ferhat Abbas et beaucoup d?autres de court. Cependant, dès janvier 1955, des contacts sont pris entre Ferhat Abbas et le FLN plus précisément avec Abane Ramdane par l?entremise d?abord de Messaoud Boukadoum puis de Amara Rachid, le 26 septembre 1955, 61 délégués à l?Assemblée algérienne (2e collège) vont, dans une motion inspirée par Da Ferhat, refuser l?intégration redéfinie par Jacques Soustelle et faire ainsi avorter toute tentative de création d?une troisième force. Le 22 avril 1956 Abbas rejoint les instances du FLN au Caire : « L?insurrection étant devenue le plus sacré des devoirs de l?homme. » Le 19 septembre 1958, il présidera le premier Gouvernement populaire de la République algérienne (GPRA). A l?indépendance, le 25 septembre 1962, il présidera la première Assemblée nationale constituante de 196 membres. Le 12 août 1963, moins d?un an après son élection, il annonçait sa démission pour le 20 août 1963. Par cette démission, il s?élevait contre le projet de constitution concocté au cinéma Atlas. Il considérait le procédé commandité par le « juteux de quartier » Ahmed Ben Bella, peu cavalier, relevant de la mystification et en violation de la loi. Alors que Abbas affichera sur opposition, un grand nombre de pseudopolitiques et d?intellectuels vont se complaire dans le larbinisme pendant plus de 30 ans pour se découvrir aujourd?hui des vertus démocratiques. La nature des pouvoirs multiples exercés par un seul homme aura pour conséquence inévitable l?instauration du zaïmisme et du culte de la personnalité... plus facilement manipulable par le tuteur colonial ! D?ailleurs, le 3 juillet 1964, Da Ferhat est arrêté sur ordre de Ben Bella et envoyé en résidence surveillée à Adrar. Il ne sera libéré que le 8 juin 1965. Au printemps 1976, alors qu?il s?était retiré de la vie politique, il signait avec Youcef Benkhedda, Hocine Lahouel et cheikh Kherredine un texte dénonçant, « le pouvoir personnel » et « le culte de la personnalité » Il va se retrouver une fois encore en résidence surveillée jusqu?en 1979. Libéré à l?occasion du 25e anniversaire du déclenchement de la Lutte de libération, il recevra enfin chez lui la Médaille du résistant ! Son dernier livre L?Indépendance confisquée, paru en 1984, sera pendant longtemps interdit ; et pour cause, il dénonçait le pouvoir personnel et ses errements. Le 24 décembre 1984, il s?éteignait chez lui à l?âge de 86 ans.L?Aigle de Sétif venait de tirer sa révérence. L?homme est mort, mais ses idées de démocratie et de justice lui survivront à jamais dans cette « Algérie maudite » où « le peuple finira par exiger ce qu?on lui refuse ». Dans sa fameuse lettre du 12 août 1963 « Pourquoi je ne suis pas d?accord », il déclarait notamment : « Donner une Constitution à la République est un acte d?une extrême importance. Il requiert notre réflexion, notre raison, notre sagesse. Après l?héroïque combat pour l?indépendance, c?est un autre combat qui s?impose à nous. Le peuple tout entier, en premier lieu ses représentants, doit faire preuve de lucidité et de courage... La loi du silence que nous nous sommes imposée durant les sept années de lutte, parce que l?adversaire était au milieu de nous, n?a plus sa raison d?être. Le silence doit être rompu. Avant d?engager l?avenir, celui du pays, celui de nos femmes et de nos enfants, chacun de nous doit prendre conscience de ses responsabilités pour mieux les assumer. Sinon, il renonce par un lâche opportunisme, au devoir élémentaire de tout citoyen... » Procédure et droit « Sur le plan de la procédure et du droit, l?Assemblée nationale constituante et législative a été élue, sur proposition du FLN avec mandat de doter le pays d?une Constitution démocratique et populaire, dans le délai d?un an. Détentrice exclusive de la souveraineté nationale, elle est donc seule habilitée à connaître des lois dont elle a, concurremment avec le gouvernement, l?initiative. Ces lois avant d?être examinées doivent être déposées sur son bureau sous forme de projets ou de propositions. Ces projets ou propositions ne sont rendus publics qu?après que l?Assemblée en eut été officiellement saisie. Or, le gouvernement vient de violer cette règle fondamentale. Il a soumis à de prétendus cadres d?un parti qui, en fait, n?existe pas encore, un projet de Constitution sans que l?Assemblée en ait été informée. Faire approuver par des militants qui n?ont reçu aucun mandat de cet ordre, un texte fondamental relevant des attributions essentielles des députés, c?est créer la confusion et violer la loi. Humilier une Assemblée souveraine, qui a toujours apporté sa collaboration loyale et son appui au gouvernement, est un geste extrêmement grave. Le procédé relève de la mystification, de l?action psychologique. En tout état de cause, il laisse entrevoir le rôle que l?exécutif entend réserver au législatif. Avant même que la Constitution de type présidentiel n?ait été adoptée par l?Assemblée, avant qu?elle n?ait été soumise au référendum populaire, nous assistons à une action destinée à faire pression sur les constituants et à mettre le peuple en condition... » « Les commandements de l?Islam, en matière d?éducation religieuse, de droit de propriété, de droit à l?héritage, d?assistance sociale... Sans déroger aux préceptes de l?Islam, sans heurter les m?urs et traditions de notre peuple, nous pouvons engager résolument le pays dans une révolution qui aura pour objectifs : 1 - L?industrialisation de l?édification d?une économie dirigée et planifiée. 2 - La nationalisation des grands moyens de production et son corollaire, le développement des coopératives de production et de consommation. 3 - La limitation des fortunes et le contrôle du capital national privé pour l?amener, par une fiscalité appropriée, à participer au développement du secteur socialiste. 4 - La défense des conquêtes sociales (allocations familiales, congés payés, sécurité sociale, salaire minimum interprofessionnel garanti) et leur extension. 5 - La mobilisation de tout le peuple autour de la sainte loi du travail, de l?effort, de la morale et de l?honnêteté. Le néocolonialisme ne menacera notre pays que si la médiocrité, la paresse et la corruption s?y installent. » Le régime présidentiel et le pouvoir personnel La concentration des pouvoirs entre les mêmes mains relève d?une autre forme de délire. Le projet de constitution fait du président de la République, en même temps que le chef de l?Etat, le chef du gouvernement et le chef de parti. Pratiquement, il n?y a plus de démocratie. L?assemblée est sous la dépendance d?un homme qui nomme les ministres et qui, par le truchement du parti, choisit les membres de l?Assemblée nationale, après avoir été choisi lui-même par le parti (aujourd?hui par l?odjak). Le dialogue entre le législatif et l?exécutif, si fructueux pour le pays, devient un simple monologue. Le peuple est absent et n?est pas représenté. Ses représentants sont de simples figurants. « La révolution se fait par le peuple et pour le peuple. Elle n?est ni l??uvre d?une seule personne ni celle d?un seul individu. Elle se fera par le peuple et pour l?intérêt de tout le peuple » (sic). Ce slogan officiel, affiché sur nos murs et repris par la radio, est une contrevérité. Il masque la réalité. Quant à notre jeunesse, elle sera condamnée à ne plus penser. Le régime fabriquera des robots, des opportunistes et des courtisans. Assurer le pain au peuple est, certes, un objectif primordial. Lui assurer cet autre pain, qu?est la liberté de pensée et d?expression, est également un bien précieux. La jeunesse algérienne en sera privée. La nature même des pouvoirs multiples exercés par un seul homme aura pour conséquence inévitable le culte de la personnalité. Et celui qui n?applaudira pas inconditionnellement le « maître » sera considéré comme un mauvais citoyen. L?équilibre des pouvoirs n?existe pas. Aucun recours contre les abus d?autorité n?est prévu. Il y a bien une disposition du projet de la constitution qui prévoit que l?Assemblée nationale peut voter une motion de censure et renverser le chef de l?Etat. Cette disposition est un non-sens. D?abord, il n?est pas souhaitable qu?un chef d?Etat soit renversé. Il laisserait un vide redoutable. Ensuite, et surtout n?ayant pas été investi par l?assemblée, cette dernière ne peut le renverser. Cette disposition est donc de pure forme. Elle est une simple clause de style. Nous jouons à « pile ou face » le sort du pays. Si le chef de l?Etat est un homme sage, modeste et clairvoyant, nos libertés seront sauvegardées. S?il a l?étoffe d?un Batista, le pays vivra sous la terreur. Pourquoi donc nous placer, délibérément, dans cette dangereuse alternative. Autre inconvénient d?un tel régime. Aucun Algérien ne peut, à lui seul, porter, à bout de bras, l?Algérie, le fardeau est trop lourd. Il arrivera que le chef de l?Etat, qui est en même temps chef du gouvernement, ne pourra pas tout faire. Il se déchargera fatalement, sur son entourage, d?une partie de ses responsabilités. Des hommes non mandatés par le peuple souvent des étrangers au pays, deviendront ainsi ses véritables dirigeants. Ils ne manqueront pas d?expérimenter, au détriment de l?intérêt national, les théories les plus fantaisistes. Un tel régime finira par engendrer des activités subversives, des coups d?Etat et des complots. A vouloir un « régime fort », on ouvre la porte à la subvertion et au désordre. Un seul régime : la démocratie « La démocratie seule est salutaire. Elle ne signifie pas l?anarchie. Elle ne signifie pas un pouvoir faible. Elle signifie : le gouvernement du peuple par le peuple. Elle signifie un Etat hiérarchisé. Une bonne Constitution doit donner la parole au peuple. Elle doit permettre la libre discussion. Cette libre discussion, loin de nuire à la discipline nationale, permettra de révéler des cadres valables et enrichira les institutions de l?Etat. Un Etat ??confisqué?? est un Etat mort-né. » Un chef du gouvernement, investi par une assemblée nationale souveraine devant laquelle il est responsable, est la seule formule qui corresponde à notre devise « Par le peuple et pour le peuple ». Il est indispensable que le chef du gouvernement soit contrôlé. Il est indispensable qu?il rende des comptes aux représentants de la nation. Si nous voulons éviter les aventures, il est vital et salutaire d?associer le peuple, par sa majorité et par sa minorité, aux affaires publiques. Aux anciens peuples colonisés, nous devons donner l?exemple de la maturité politique et de la cohésion. Nous devons leur donner l?image d?un peuple majeur qui gère sainement et démocratiquement ses affaires. Avec la constitution qui nous est proposée, c?est toujours le provisoire qui dure, et aucun problème fondamental ne reçoit de solution valable. Il nous faudra cependant sortir de ce provisoire. Nous avons perdu un temps précieux. La querelle des frères ennemis doit prendre fin. Donnons le pouvoir au peuple en lui donnant la parole. Lui seul est le souverain juge. Pour ma part, je ne dérogerai pas à la loi. Mon mandat prendra fin le 20 septembre prochain. Il n?ira pas au-delà parce que, en toute honnêteté, je considère que nous avons eu tout le temps nécessaire pour accomplir la mission essentielle qui nous a été confiée. « Depuis l?indépendance, le peuple n?a pas encore été une seule fois librement consulté. Il est temps de le faire participer à la vie publique. Il est temps qu?il retrouve son enthousiasme et sa foi. Ce peuple sait voter. Il l?a hautement prouvé. Il a surtout su résister, pendant sept ans, à l?une des plus grandes armées du monde. Il a acquis par son héroïsme le droit de choisir ses représentants et de se donner le gouvernement de son choix. Nous devons lui faire confiance. Et même s?il se trompait, cette erreur serait moins grave de conséquence que le fait de le museler, et de lui imposer une camisole de force. Il a mérité mieux que cette suprême injure. » Pour célébrer sa mémoire, il nous revient de l?honorer par ces vers d?Aragon dans le Siècle d?or : « Voici la grande nuit sans justice et sans fin Il n?y aura pour vous ni grâce ni revanche et, c?est de vous tuer qu?ils auront des dimanches pour prier leur seigneur et dormir à leur faim ».


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