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Il y a quarante ans, l’assassinat d’Olof Palme : un ami de la Révolution algérienne et une voix mondiale pour la justice



Il y a quarante ans, l’assassinat d’Olof Palme : un ami de la Révolution algérienne et une voix mondiale pour la justice

Le 28 février 1986, au cœur de Stockholm, le Premier ministre suédois Olof Palme était abattu en pleine rue, à la sortie d’un cinéma, sans escorte rapprochée. Quarante ans plus tard, son assassinat demeure l’un des plus grands traumatismes politiques de l’Europe contemporaine. Figure majeure de la social-démocratie scandinave, Palme fut aussi un ardent défenseur des luttes de libération nationale, un critique constant des injustices internationales, et un ami déclaré de l’Algérie indépendante.


Un soutien précoce à l’Algérie en lutte

Dans les années 1950 et 1960, alors que la guerre d’indépendance algérienne faisait rage, la Suède – pays neutre – voyait émerger une génération politique sensible aux combats anticoloniaux. Olof Palme, alors jeune responsable social-démocrate, s’engage publiquement contre le colonialisme et en faveur du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Son soutien moral à la Révolution algérienne s’inscrivait dans une vision universaliste : la liberté, selon lui, ne pouvait être divisible. L’Algérie indépendante trouva en Palme un partenaire politique attentif, favorable à une coopération Nord-Sud plus équitable et à un dialogue entre l’Europe et le tiers-monde. Dans les années 1970, il développa une diplomatie active en direction des pays non alignés, dont l’Algérie constituait un acteur majeur.


Une voix occidentale pour la cause palestinienne

Au-delà de l’Algérie, Olof Palme fut l’un des rares dirigeants occidentaux de son époque à défendre ouvertement les droits nationaux du peuple palestinien. À une période où la question palestinienne était souvent réduite à une problématique sécuritaire, il insistait sur sa dimension politique : reconnaissance d’un peuple, d’un territoire et d’un droit à l’autodétermination.

Il plaida pour une solution négociée fondée sur la coexistence et la reconnaissance mutuelle, soutenant l’idée qu’aucune paix durable au Moyen-Orient ne pouvait être construite sans justice pour les Palestiniens. Cette position lui valut critiques et tensions diplomatiques, mais elle renforça son image dans le monde arabe comme dirigeant courageux et cohérent.

Palme condamnait également l’occupation et les violences contre les civils, tout en défendant la sécurité d’Israël. Son approche se voulait équilibrée mais profondément attachée au droit international.


Un homme de convictions face aux grandes puissances

Olof Palme s’illustra aussi par ses critiques virulentes de la guerre du Vietnam menée par les États-Unis, qu’il compara à certains des pires crimes du XXe siècle. Cette prise de position lui attira l’hostilité d’une partie des élites occidentales. Il dénonça l’apartheid en Afrique du Sud, soutint activement les mouvements anti-apartheid et appuya les initiatives de désarmement nucléaire pendant la guerre froide.

Il incarnait une social-démocratie combative, attachée à la justice sociale, à la solidarité internationale et à l’indépendance diplomatique.


L’assassinat : un choc national et international

Le soir du 28 février 1986, Olof Palme est assassiné d’une balle dans le dos, en plein centre de Stockholm, alors qu’il rentrait chez lui avec son épouse. Le crime stupéfie la Suède, pays réputé sûr et peu marqué par la violence politique.

L’enquête, l’une des plus longues et complexes de l’histoire européenne, fut marquée par des erreurs initiales, des fausses pistes et une pression médiatique intense. Pendant des décennies, plusieurs hypothèses circulèrent :

  • L’implication de groupuscules d’extrême droite suédois hostiles à ses positions progressistes

  • Une piste liée à des réseaux sud-africains en raison de son opposition à l’apartheid

  • Des ramifications internationales en lien avec ses prises de position sur le Vietnam ou le Moyen-Orient

  • La thèse d’un tueur isolé

En 2020, le parquet suédois annonça considérer comme principal suspect un individu décédé, souvent désigné comme un marginal hostile à Palme. Faute de preuves matérielles décisives et en raison de son décès, l’affaire fut classée sans procès. Cette conclusion n’a toutefois pas dissipé tous les doutes dans l’opinion publique.


Les zones d’ombre persistantes

Quarante ans après les faits, plusieurs questions continuent d’alimenter le débat :

  • Comment un chef de gouvernement pouvait-il circuler sans protection dans un contexte de tensions internationales ?

  • Pourquoi certaines pistes internationales ont-elles été explorées puis abandonnées ?

  • Des informations sensibles ont-elles été mal exploitées au début de l’enquête ?

L’absence de condamnation judiciaire laisse un sentiment d’inachevé. Pour beaucoup, l’assassinat de Palme dépasse le cadre d’un crime isolé et s’inscrit dans les turbulences idéologiques de la fin de la guerre froide.


Héritage et mémoire

En Suède comme dans de nombreux pays du Sud, Olof Palme reste associé à une diplomatie éthique et à un engagement constant en faveur des peuples opprimés. Son nom est souvent cité comme symbole d’une Europe capable de tenir un discours indépendant face aux grandes puissances.

Pour l’Algérie, il demeure l’un des dirigeants occidentaux qui comprirent très tôt la légitimité du combat anticolonial. Pour la cause palestinienne, il incarna une voix européenne exigeant que la paix passe par la justice.

Quarante ans après son assassinat, la figure d’Olof Palme interroge encore : peut-on concilier pouvoir et radicalité morale ? Son destin tragique rappelle que les engagements internationaux ont parfois un coût politique — et, dans son cas, peut-être un coût ultime.



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