Malgré le marasme économique mondial, les investissements directs étrangers (IDE) en Algérie pourraient bondir d’ici à la fin de l’année, attirés par une croissance soutenue.
Le pays se targue de soutenir une politique économique qui se traduit encore par des indicateurs positifs, dont une croissance soutenue, susceptible d’attirer des IDE. L’ANDI a enregistré un record d’un montant de 435 milliards de dinars (plus de 4 milliards d’euros. Il est très tentant d’attribuer aussi cette situation aux fondamentaux macroéconomiques solides du pays, une situation qui semble durer pour long- temps encore. Il y a toutefois, une ombre au tableau qui inquiète les pouvoirs publics, il s’agit de l’augmentation des importations. Aussi, pour encourager les groupes industriels suisses à investir et s’installer en Algérie, Alger fait miroiter sa solide croissance et ses investissements publics de 286 milliards de dollars et un marché domestique important. Plusieurs secteurs pourraient être ciblés, en dehors de l’énergie ; il s’agit notamment de l’agroalimentaire, les industries manufacturières, le ciment, le marché financier, la distribution… Nestlé, leader mondial de l’agroalimentaire, le groupe financier Valartis, la société genevoise MSC Mediterranean Shipping Company SA ont déjà pris pied en Algérie. S’appuyant sur un partenariat «exemplaire», les deux pays s’engagent à mettre les bouchées doubles pour consolider la coopération bilatérale. Au cours des travaux du premier symposium économique algéro-suisse, qui se sont déroulés jeudi, à Zurich (Suisse), M. Mohamed Benmeradi, ministre de l’Industrie, de la PME et de la Promotion des investissements, a indiqué que la présence des sociétés helvétiques en Algérie demeure modeste au regard du potentiel qui existe de part et d’autre. En fait, la Suisse est un partenaire important, mais n’a qu’une présence réduite en Algérie, représentée par certaines sociétés qui y travaillent depuis quelques années. Or ce serait justement une bonne opportunité pour les entreprises suisses que d’investir en Algérie, afin aussi d’y établir une tête de pont pour l’Afrique du Nord et le reste du continent. M. Benmeradi a éclairé les hommes d’affaires ayant participé à cette rencontre sur la situation du marché, ainsi que sur les prévisions économiques, notamment dans le cadre de la mise en œuvre du plan quinquennal 2010/2014, pour lequel est consacré un montant astronomique de près de 286 milliards de dollars. Le ministre algérien a également présenté toutes les grandes questions qui font aujourd’hui l’actualité économique du pays. Le taux d’inflation est maintenu à un niveau acceptable, un excédent commercial positif; à cela viennent s’ajouter une amélioration du climat des affaires et une avancée significative dans plusieurs dimensions de la gouvernance.
La Suisse un partenaire
très important pour l’Algérie
Pour sa part, Mme Marie-Gabrièle Ineichen, Secrétaire d’Etat suisse à l’Economie, après avoir souligné l’exemplarité des relations de coopération entre les deux pays et rappelé l’amitié algéro-suisse qui remonte à très longtemps, a exprimé le souhait de voir établir très rapidement entre les deux pays un accord de libre- échange, précisant que la Suisse demeure, à l’évidence, un des principaux partenaires de l’Algérie. Elle rappelle que la Suisse est un partenaire très important pour l’Algérie et souhaite aller le plus loin possible dans les relations économiques avec ce pays, à travers la mise en place d’un partenariat mutuellement bénéfique qui offrira, assurément, aux entreprises helvétiques une place de choix et une présence effective et durable dans l’espace économique algérien ainsi qu’une participation plus grande dans l’effort de développement national. Le moment est donc venu de faire pleinement jouer aux divers secteurs un rôle plus important dans la croissance des relations économiques entre les deux pays, a-t-elle lancé. Inscrire les compagnies suisses dans le vaste programme de développement économique mis en œuvre actuellement en Algérie, pourrait servir de rampe de lancement pour la promotion de ces relations. Et si le but de cette rencontre est de renforcer et de consolider les relations bilatérales entre les deux pays, sur le plan économique, c’est aussi le couronnement d’un partenariat et le stimulateur d’une coopération encore plus étroite, d’autant plus que si le commerce est florissant, les investissements tardent à venir et se situent en deçà des capacités qui existent de part et d’autre, est-il relevé. Alain Roland, le président de la Chambre de commerce et d’industrie Suisse-Algérie (CCISA), indique que la force des relations de partenariat économique entre l’Algérie et la Suisse se retrouve dans les chiffres de la balance commerciale. La Suisse se place ainsi au 17e rang des Etats clients de l’Algérie. Chiffres à l’appui, il relève que la valeur des importations suisses en provenance d’Algérie s’élevait à 128,8 millions d’euros en 2010, alors que la valeur des marchandises helvétiques livrées à l’Algérie avoisinait les 400 millions d’euros, ce qui place la Suisse au 12ème rang des fournisseurs de l’Algérie. Parmi également les entreprises suisses exportant une part de leur production en Algérie, il cite la maison thurgovienne Stadler Rail Group qui a livré 64 automotrices à la SNTF. Cette manifestation, la première du genre, était l’occasion pour les opérateurs économiques d’explorer les opportunités réelles d’affaires et de contrats mais aussi de débattre et de s’informer sur les opportunités d’affaires. La politique d’encouragement à l’investissement que le gouvernement est en train de mettre en place est recentrée fondamentalement sur l’industrie, seul secteur qui permettrait de reconstituer l’économie et d’assurer une croissance durable, a expliqué la partie algérienne. Le ministre algérien a tout lieu d’être satisfait de cette rencontre, un sentiment partagé par la ministre suisse. Les deux hauts responsables ont exprimé leur conviction quant à la nécessité d’amorcer un renouveau dans les relations de coopération bilatérale. Organisée par la Chambre de commerce et d’industrie Suisse-Algérie, en partenariat avec l’ambassade d’Algérie à Berne, cette manifestation a été l’occasion pour les représentants des deux pays, notamment les opérateurs économiques, d’examiner en commun les possibilités de travailler ensemble. L’heure est à un optimisme pragmatique, nous dit-on. En tout cas, ce premier symposium économique algéro-suisse est perçu de part et d’autre comme un événement qui fera, désormais, date. C’est une heureuse initiative à plus d’un titre, souligne d’entrée M. Alain Roland, président de la CCISA, qui en parfait connaisseur de l’Algérie, fait remarquer que notre pays possède un formidable potentiel économique.
Prélude aux renforcement des relations
Forte d’atouts et d’une attractivité exceptionnels à tout point de vue, l’économie algérienne, explique M. Man-souri, directeur général de l’ANDI, est en bonne santé financière et se porte bien, et tous les indicateurs sont au vert, à commencer par des réserves de change importantes. Une situation, certes, imputable aux performances du secteur pétrolier, mais pas seulement. M. Mansouri a passé en revue les grandes lignes de l’aménagement du cadre institutionnel, juridique et économique, destiné à stimuler l’investissement étranger et grâce à la faible fiscalité pour les sociétés et l’engagement à les financer ainsi que les premiers acquis d’une vaste campagne d’information et de sensibilisation engagée depuis plusieurs années. Il a ensuite invité les communautés d’affaires des deux pays à mettre à profit cette conjoncture pour favoriser la coopération bilatérale. Cette rencontre participe à intensifier les contacts économiques au plus haut niveau, mais aussi en impliquant les communautés d’affaires des deux pays, a souligné, pour sa part, notre ambassadeur M. El Haoues Riache.
Ce symposium se veut également un prélude, non seulement au renforcement des relations commerciales, mais aussi au développement d’un flux d’investissements directs significatifs en direction de l’Algérie. C’est cette problématique des IDE qui en a fait l’objet central ou le thème principal. Les participants ont saisi l’occasion pour faire également un vaste tour d’horizon sur la question et sur les résultats de cette coopération. Côté suisse, la conjoncture s’annonce favorable, étant un des rares pays européens en ce moment à être au sommet des palmarès de la performance économique internationale.
L’économie suisse jouit de résultats flatteurs, en dépit des incertitudes qui planent en Europe en raison de la crise. In fine, les deux hauts responsables repartent satisfaits, avec l’intention de renforcer et de consolider ce partenariat traditionnel. Voilà qui met l’Algérie et la Suisse sur la même longueur d’onde.
F. B.
Trois Questions à M. Mohamed Benmeradi, Ministre de l’industrie, de la pme et de la promotion de l’investissement
“La règle du 51/49 ne peut en aucun cas constituer un frein à l’investissement”
El Moudjahid : Qu’est-ce qui doit constituer aujourd’hui le moteur pour la politique de coopération économique entre les deux pays ?
M. Mohamed Benmeradi : La Suisse souhaite soutenir l’Algérie dans ses efforts de développement, et l’Algérie de son côté veut ouvrir de nouveaux horizons de partenariat avec la Suisse sur des bases solides. Il faut noter que nous avons des échanges commerciaux et une balance commerciale qui est en faveur de la Suisse. Ce n’est pas une fixation, mais nous souhaiterions également rétablir un petit peu l’équilibre dans le cadre de notre relation commer- ciale. Ceci étant, nous travaillons aussi à rebâtir notre tissu économique dans tous les secteurs d’activité, dans le cadre de notre programme public d’investissement, notamment. Etablir des partenariats pour développer un savoir-faire dans tous les domaines d’activité pourrait aider nos entreprises à bénéficier du savoir-faire et de l’expérience des autres. Dans l’industrie, en particulier, nous avons identifié 51 filières industrielles dans lesquelles nous avons un potentiel, public et privé. Nous encourageons les partenariats pour améliorer la compétitivité et la rentabilité de ces investissements. Nous voulons travailler avec tous les pays du monde et avec les sociétés suisses, dans la perspective de diversifier notre économie. Le savoir-faire, les produits et la technologie suisses sont appréciés et reconnus, mais nous privilégions des relations diversifiées avec de nombreux pays émergents et développés.
Qu’en est-il de l’accord de libre-échange que la partie suisse souhaite conclure très rapidement avec l’Algérie?
Nous sommes en train de l’évaluer. C’est un dossier ouvert depuis quelques années. Mme Ineichen a évoqué le déséquilibre des échanges par rapport à d’autres pays de l’UE, qui, eux, travaillent dans le cadre de l’Accord d’association. Avec l’UE nous voulons surtout marquer une pause pour ce qui est du démantèlement tarifaire, et les doléances du gouvernement algérien ont été acceptées. Le déman- tèlement total prévu pour 2017 est reporté à 2020. Nous avons expliqué à nos partenaires que pendant 4 à 5 ans, nous voulons surtout protéger notre économie en cours de reconstruction. La Suisse insiste beaucoup sur l’accord de libre-échange. Nous verrons aussi en fonction de nos intérêts cette question.
On évoque toujours la règle du 51/49 comme étant un frein pour l’investissement...
C’est connu, dans les relations économiques internationales, il y a des rapports de force, cha-que partie essaie de vendre ses arguments. Nous avons toujours expliqué pourquoi nous avions mis en place ce dispositif. Selon le bilan fait par l’ANDI, pendant dix ans, entre 2000 et 2009, les IDE ont représenté 1%, alors que nous étions dans un cadre tout à fait libéré. Ce qui a augmenté, ce sont les importations, qui ont atteint 40 milliards de dollars. Ce sont donc les importations qui ont augmenté, c’est-à-dire que durant toute cette période, nous avons eu des rela- tions commerciales et non des relations économiques. Ce dispositif n’est pas là pour mettre des barrières. Bien sûr que nous voulons d’abord attirer les IDE, d’autant plus que l’Algérie et le Maghreb représentent un marché de 100 millions d’habitants, et un marché en évolution. La règle du 51/49, n’est pas du tout un obstacle. Ce qu’il faut savoir, c’est que nous avons consulté des experts internationaux, qui nous ont dit que pour la problématique de la consolidation des bilans, il n’y a aucun problème à partir du moment où les groupes internationaux, lorsqu’ils prennent des participations en tant qu’actionnaires de référence à 30%, peuvent déjà être majoritaires pourvu qu’il n’y ait pas d’autres actionnaires qui en aient plus qu’eux. Donc, aujourd’hui, avec 49%, nous leur avons dit, puisque les 51%, nous les partageons entre 3 ou 4 partenaires, vous devenez de fait, à 49%, l’actionnaire majoritaire. Il y a des grou-pes internationaux qui l’ont accepté, comme Mercedès et Lafarge. Aujourd’hui, nous ne communiquons peut-être pas suffisamment. C’est pourquoi nous devons faire un effort de communication dans ce sens.
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Posté par : infoalgerie
Ecrit par : Farid Bouyahia
Source : elmoudjahid.com