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Le ciel s'est encore voilé avant-hier pour l'économie française, après l'annonce d'une forte baisse de la production industrielle en mai, qui fait craindre une nouvelle stagnation de l'activité sur l'ensemble du deuxième trimestre.La production industrielle de la France a chuté de 1,7% sur un mois en mai après un petit rebond de 0,3% en avril, a annoncé l'Insee jeudi.La production dans le seul secteur manufacturier a elle chuté de 2,3% après un mois d'avril stable (chiffre révisé), a précisé l'Institut national de la statistique et des études économiques dans un communiqué qui a suscité sur Twitter des commentaires affolés d'analystes anglo-saxons, parlant de chiffre "horribles" et "effroyables" pour la "pauvre France". Les économistes français, s'ils ont un vocabulaire plus modéré, ont eux aussi été désagréablement surpris."On s'attendait à un mauvais chiffre mais l'amplitude est inquiétante", souligne Alexandre Mirlicourtois, de la société d'études économiques Xerfi. "Il y a bien sûr eu un impact des ponts du mois de mai", dont "l'effet est toujours difficile à appréhender à l'avance", reconnaît-il, en lançant toutefois que "l'Allemagne, qui n'a pas de jour férié le 8 mai, a aussi vu sa production chuter", de 1,8% par rapport à avril. De manière générale en Europe, le mois de mai a été mauvais pour l'industrie, avec une production en recul aussi en Italie (-1,2%) et en Grande-Bretagne (-0,7%).Pour l'économiste, l'inquiétude à propos de la France va se nicher dans le détail, en particulier concernant les biens d'équipement pour les entreprises: selon l'Insee, la baisse de production en mai dans les équipements électriques a atteint 4,9%, dans les produits électroniques et informatiques; 2%, et dans les machines; 2,4%. Ce qui signifie "qu'il ne faudra donc pas attendre de miracles du côté de l'investissement", prévient M. Mirlicourtois. Rechute plutôt que reprisePour Denis Ferrand, de Coe-Rexecode, "c'est ce qui distingue la France des autres grands pays européens", qui ont pour certains vu leur production fléchir mais qui "sont sur une pente de reprise des investissements". "La France reste en décalage", selon l'économiste. Ce décalage devrait selon M. Mirlicourtois se traduire au deuxième trimestre par une évolution du produit intérieur brut "autour de zéro", après déjà une stagnation en début d'année. "Nous sommes plus proches d'une rechute que d'une reprise", ajoute-t-il. Il trouve toutefois quelques raisons d'espérer dans des annonces de bon augure pour la production automobile et dans les enquêtes sur le moral des entrepreneurs français, qui n'est pas trop mal orienté."Le cycle manufacturier est le plus sensible aux évènements extérieurs", or le mois de mai a connu "un cocktail d'effets négatifs extérieurs", entre mauvais PIB américain et crise ukrainienne, ce qui "devrait être en partie corrigé le mois suivant", espère pour sa part Frederik Ducrozet, économiste au Crédit Agricole.Reste qu'après deux premiers trimestres au ralenti, il sera difficile pour le gouvernement de s'accrocher encore longtemps à son scénario d'une croissance de 1% cette année.Pour Olivier Passet, de Xerfi, la clef de la reprise ne réside de toute façon pas en France, mais dans une demande dynamique en Allemagne. Or selon lui les salaires allemands ne décollent pas, ce qui prive l'Europe de "locomotive" et met en danger la reprise dans des pays du Sud encore très fragiles, comme le montre une crise bancaire en voie d'escalade actuellement au Portugal."Cela compromet tout le calendrier de la politique économique française", qui, selon M. Passet, "mise tout" sur un effet d'entraînement des autres poids lourds européens. Dans un scénario idéal pour l'exécutif, une forte demande européenne permettrait aux entreprises françaises de convertir en investissements et en emplois les baisses de charges décidées par le gouvernement, tout en atténuant les effets de la rigueur budgétaire. La production n'est pas le seul indicateur inquiétant. L'Insee a aussi fait état jeudi d'une inflation toujours très molle en France en juin, de 0,5%, ce qui est symptomatique d'une activité ralentie et nourrit les craintes d'un phénomène de déflation, une baisse prolongée des prix paralysant l'économie.


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