Algérie

Expertise et expatriation



Comment ne pas applaudir à cette annonce de bon sens du ministre de l'Enseignement supérieur ? En effet, selon le ministre, les cadres qui ont acquis une expérience, un statut et des titres à l'étranger ne les perdront pas en retournant au pays. C'est bien la moindre des choses. Rien de plus choquant, en effet, que d'apprendre que des expertises étrangères, à compétence égale, soient trois fois plus rémunérées que l'expertise nationale. Envoyer un message aux cadres expatriés pour leur signifier qu'ils n'ont pas à perdre à revenir travailler au pays est donc parfaitement rationnel. Le désencadrement de l'Algérie est une réalité concrète et il est normal que l'on cherche à faire revenir les compétences des nationaux délocalisés. Cela ne fait guère débat. Un calcul économique simple, fondé sur l'impact financier de l'expertise étrangère, montre que l'Algérie a beaucoup à gagner à créer les conditions pour un retour de ces cadres. L'approche est de toute évidence plus sérieuse que les démarches fondées sur les appels - et les stigmatisations aussi - à la fibre patriotique. Ce serait ignorer les raisons élémentaires qui ont poussé ceux qui sont partis et ceux qui aspirent à le faire. Quand ces cadres trouvent à s'employer ailleurs dans de bonnes conditions, avec un meilleur statut et une meilleure qualité de vie, le choix rationnel s'impose. L'irrationalité n'est pas de leur fait, mais dans un système économique qui ne propose pas d'alternatives acceptables. Quand des banques et des entreprises pétrolières étrangères présentes dans notre pays attirent les compétences en offrant des salaires substantiellement supérieurs à ceux des entreprises algériennes, la réponse par l'appel au patriotisme ou par l'interdiction pure et simple est inopérante. Sonatrach l'a compris en adoptant de nouveaux barèmes. L'Association des banques et établissements financiers (ABEF) s'est inquiétée récemment de la forte migration des cadres bancaires vers les institutions étrangères. Ici également la seule réponse est d'ordre économique. Soumises à l'implacable loi de l'offre et de la demande, les entreprises étrangères adoptent naturellement une posture concurrentielle en matière de ressources humaines. Faute de s'aligner, les entreprises algériennes risquent d'en subir les conséquences. Bien entendu, la réalité objective du marché des cadres jouant déjà au niveau national, elle ne peut que jouer également pour ceux qui sont à l'étranger et dont on sollicite les compétences. Pourtant, l'annonce faite par le ministre de l'Enseignement supérieur pour inciter les cadres à l'étranger au retour devrait s'accompagner d'une démarche tout aussi convaincante pour retenir ceux qui sont encore au pays. Si à compétence égale, leurs collègues qui sont passés par l'étranger se retrouvent mieux lotis, le résultat en serait une sorte d'incitation implicite à aller faire le détour par l'expatriation. Comment ne pas songer au long combat des enseignants universitaires algériens qui ne songent pas à partir et qui prennent pour référence, non pas les revenus des universitaires européens, mais ceux plus comparables de leurs collègues maghrébins...?
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