Algérie

13es Journées Théâtrales de Carthage

Des hauts et des bas des tréteaux Les arts du spectacle, le chant, la danse et les numéros acrobatiques essayent de construire une histoire de jeunes où il est question de migration vers quelque part, une quête de soi peut-être. Carthage(Tunisie) : De notre envoyé spécial La mise en piste est une mise en action de figures de cirque. Les cordes n?arrêtent pas d?être sollicitées par des interprètes de sauts et de chutes calculés. Le théâtre n?arrive pas, il y a des sortes de cris collectifs mais pas de paroles, de mise en équation, en adéquation. Le 4e art n?est mis ni en toile de fond ni en toile de forme. Il est mis en position d?attente. A la frontière, mais jamais dedans, la symbiose attendue n?opère pas. Ce sont les effets du cirque qui mènent le bal. Une vieille chanson de la diva Oum Kaltoum entretient l?illusion pour ne pas dire le non-lien dans cette chorégraphie légèrement au dessus du niveau amateur. Les ressorts théâtraux demeurent v?ux pieux à l?intérieur d?une représentation plus sensible au tourbillon des airs qu?au toucher du sentiment. Les relations nouées sur scène sont des relations de muscles. A la fin de ce spectacle d?environ une heure, Halfaouine, nom emprunté au quartier, une cité ? mémoire de la ville de Tunis ? qui abrite l?équipe, le public découvre qu?il a plus assisté à des exercices chorégraphiques qu?à une réelle fusion entre le cirque et le théâtre. La fusion projetée n?aura pas lieu. Sur une toute autre direction, l?autre pièce tunisienne Paroles amères intervient sur le terrain de l?intime, à l?échelle de l?humain. Les trois personnages de l?histoire (deux hommes et une femme) expriment la tourmente du temps présent. Ils ont le mal-être du présent parce qu?ils découvrent sur le tard qu?ils ont été trompés dans leurs convictions, leur idéaux. Jouant juste, ils nous font revisiter leur hier fougueux et leur aujourd?hui désemparé, amer. Les personnages incarnés par les comédiens Wahiba Jendoubi, Tewfik El Ayeb et Lataiem sont otages de leurs croyances après avoir été prisonniers de leurs illusions. Leur agonie du verbe trahi se déroule dans une sorte de cabaret sombre et repoussant, c?est leur lieu de rencontre, c?est l?espace où ils dévoilent leurs égarement, c?est aussi le temps des aveux, aveux de la petitesse de l?être humain. Tout est sombre sur la scène de la salle Bouzaiene, les costumes, les éclairages, les chansons, la percussion, le dialogue échangé comme on s?échange des balles ennemies. Le spectacle qui dure une heure est d?une facture esthétique plus que satisfaisante. Visiblement les trois comédiens, notamment la comédienne, ont du métier. Ils arrivent, chacun dans son rôle à toucher du doigt l?oppression interne qui couve en chacun de nous. La mise en scène sobre sur un plateau nu ou presque pousse le spectateur à ne focaliser son écoute que sur ce que disent des interprètes et ce qu?ils disent est infiniment triste, infiniment amer. Ils sont tous les trois dans le renvoi d?images de passé cahoteux. Le public en symbiose totale avec le contenu applaudira longuement cette production de la société artistique Espaces. Autre lieu, autre sensibilité, à la salle Mondial, le public tunisois est convié à suivre la pièce égyptienne Paroles secrètes. Production mièvre d?un niveau artistique au-dessous de la moyenne exigée en pareille circonstance. La pièce du pays du Nil tente de raconter les fantasmes de trois jeunes femmes ? sur scène trois filles à peine sorties de l?adolescence. La première est danseuse selon l?histoire, la seconde actrice et la troisième chanteuse. Trois femmes avec le désir, le désir de l?homme. Elles ne parlent que de ça, se disputent entre elles pour ça, se réconcilient autour de ça. Dans une mise en scène d?une platitude inexprimable, la jeune metteur en scène Rihem Abderrazak tente d?insister sur le malaise qui ronge la femme égyptienne dans sa relation à son congénère l?homme mais elle ne fait qu?effleurer le sujet. Il n?y a ni profondeur philosophique ni épaisseur dramatique. Paroles amères reste un travail grandement inabouti et il serait préférable de laisser grandir les trois jeunes pousses éloignées de ce type de « réflexion » théâtrale. Les flaques de lumière tenues captives dans ces espèces de longs cornets en fils et les costumes noirs moulants ne pouvaient faire passer la pilule. On peut avoir de la sympathie pour les trois demoiselles qui se sont adonnées à cet exercice épuisant mais pas de mots d?excuse pour la réalisatrice. Il y a tromperie sur la marchandise, comme diraient les commerçants.
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