Les Tunisiens ont certainement remarqué le rappel des troupes qu'Ennahda a lancé depuis l'échec de sa marche de samedi dernier, au lendemain des obsèques de Chokri Belaïd. Ghannouchi veut s'assurer, ou du moins faire croire à ses détracteurs, qu'il en est sorti plus puissant et que sa popularité n'a pas reculé. En fait, à travers la manifestation d'hier, loin d'être spontanée comme celle ayant marqué les funérailles de Belaïd, et aussi importante puisque les Tunisiens sont sortis dans les rues de toutes les villes de Tunisie parallèlement à la grève nationale, Ennahda risque de produire l'effet inverse de ses objectifs. Les Tunisiens, tout autant que tous les Maghrébins, n'ont pas oublié et ne doivent pas oublier la décennie rouge qu'a traversée l'Algérie avec son lot de douleurs, de deuils et surtout de pertes de temps et d'arrêt de tout processus de développement. Ennahda, qui était à l'origine un courant islamiste modéré, qui a su, sous Bourguiba, exploiter toutes les opportunités légales pour se construire, qui a été le premier mouvement islamiste dans la région arabe à investir l'action syndicale pour défendre le droit des travailleurs et masses populaires, a commencé depuis son écrasement par le régime de
Ben Ali, à se transformer en nébuleuse islamiste traversée par tous les courants radicaux non seulement de salafistes conservateurs pacifistes, mais surtout d'adeptes d'El Hijra oua Ettakfir (Exil et excommunication) qui veulent imposer par le feu et le sang leur vision du monde. Plus grave encore, Ennahda s'est laissé bercer par les promesses et la générosité du Qatar, qui ne recule devant rien pour atteindre ses objectifs hégémonistes, belliqueux et interventionnistes. Si la violence latente qui couve en Tunisie est en soi un danger réel pour la cohésion, la stabilité et la sécurité du pays, les manipulations extérieures constituent le détonateur de ce baril de poudre qu'Ennahda est en train de répandre. Le jeu d'Ennahda risque de saper la dynamique démocratique en Tunisie. En accusant timidement l'Algérie d'être l'instigatrice de l'assassinat de Chokri Belaïd, Ennahda et ses apprentis sorciers, révèlent leur vrai visage alors que ce sont leurs protégés salafistes qui ont menacé publiquement et nommément Chokri Belaïd et d'autres militants de gauche et laïcs qui dérangent le processus de mise au pas des Tunisiens. A travers la manifestation d'hier, Ennahda a démontré son affolement et son désarroi face aux perspectives de son rejet par les urnes dans quelques mois. Ennahda, tout comme la majorité des mouvements islamistes portés au pouvoir par les urnes, refuse de faire une lecture objective de la majorité des votants qui lui ont donné leurs voix. Les Maghrébins, d'Agadir à Benghazi, sont attachés de façon viscérale à leur islam séculier, tolérant et pacifique. En accordant leur confiance à des partis islamistes, les Maghrébins expriment leur foi sincère en des discours axés sur la justice, l'égalité et le développement et leur rejet du népotisme, de la corruption et la stagnation économique.
A. G.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdelkrim Ghezali
Source : www.latribune-online.com