Algérie

Du bleu il passe au vert

Mohamed-Khaled Belabbas. Un nom inconnu chez les non sportifs Algériens Pourtant il porte le titre de champion de France sur 3 000 m steeple. Un titre qui ne lui a pas permis de garantir une place dans la famille des Tricolores.
Ce qui signifie qu'il ne réalisera pas son rêve celui de participer aux Jeux olympiques de Londres. Que faire ' Profitant de sa double nationalité franco-algérienne, il se jette dans les bras du pays de ses parents pour y prendre part avec les couleurs algériennes. Sa décision repose sur ce constat : «C'est un peu solitaire l'athlétisme, surtout quand on fait du haut niveau», explique le sportif de 30 ans. Il s'est senti un peu abandonné, lâché, pourtant, c'est quelqu'un qui s'est de tout temps sacrifié pour réaliser des scores honorables pour les Tricolores. Mais ce n'est pas souvent la fête. Pour ne pas perdre pied, il s'entraîne en solo, résiste, fait face à ces comportements qu'il n'arrive pas à comprendre. Alors à quelques semaines des JO, il décide de passer de l'autre côté de la frontière pour honorer l'Algérie et démontrer toute sa valeur : «J'ai l'habitude de vivre ma passion à l'écart. Depuis des années, je me sens un peu seul contre tous.» Refusant de se taire, il raconte à Stéphanie Trouillard, un journaliste, sa vie d'athlète. Champion de France du 3 000 m steeple en 2007, le sportif était pratiquement convaincu que cette performance aller lui libérer le passage pour aller imposer son image aux JO de Pékin l'année suivante, en juillet 2008, soit quelques semaines avant les Jeux, il réalise les minima olympiques de cette course d'obstacles au meeting d'Athènes. Mais sa qualification n'est pas encore assurée. Dans l'équipe de France, écrit le journaliste, les places sont chères. Meilleur performeur national et européen, Bouabdellah «Bob» Tahri est déjà présélectionné. Il reste deux places et trois concurrents s'opposent : Mahiedi Mekhissi-Benabbad, Vincent Zouaoui-Dandrieux et Mohamed. Pour les départager, la fédération décide de se baser sur les résultats des championnats de France. «Quand on est arrivé sur place, raconte-t-il, ils ont commencé à changer les règles, comme quoi il ne restait plus qu'une place et que cela se jouait entre Mekhissi et moi. Ils avaient présélectionné Vincent Zouaoui alors qu'il n'avait pas de statut.» Il ne reste plus qu'un ticket pour la Chine. En finale, Mekhissi l'emporte devant Belabbas. Le représentant de Villejuif ne verra pas le Nid d'Oiseau de Pékin. Quatre ans après, il est toujours très amer, il poursuit : «Je le prends comme un vol, on m'a volé ! J'ai tout fait pour me qualifier, mais je n'ai pas pu m'exprimer comme je voulais, ils ont tourné leur sauce à leur envie.» «Ils», ce sont les entraîneurs de la direction technique nationale, Mohamed les accuse d'avoir des préférences : «Ils détestent voir les athlètes qui ne sont pas du milieu national réussir. Pour eux, ce sont toujours le fruit du dopage. En 2008, ils ont sali la médaille de Mekhissi (NDLR : vice-champion olympique) vu qu'il ne s'entraîne pas avec eux.» C'est mal vu d'être libre.... Blessé dans son orgueil, poursuit le journaliste, le spécialiste du 3 000 m steeple décide pourtant de ne pas baisser les bras. Depuis longtemps, une option lui trotte dans la tête. Né à L'Haÿ-les-Roses, dans le Val-de-Marne, de parents algériens, il possède la double nationalité. A l'approche des Jeux de Londres, il n'a pas voulu revivre la même épreuve : «J'ai 30 ans aujourd'hui, je ne vais pas encore me faire avoir. Je ne suis pas à l'abri de remplir les critères de sélection et qu'on me raconte encore une bêtise. J'ai préféré trouver un échappatoire et cela a été l'Algérie.» En août 2011, après avoir réussi les minima olympiques, il annonce qu'il portera désormais les couleurs du pays de ses ancêtres. La fédération algérienne a accepté sa demande et son homologue française lui a accordé une lettre de sortie. «C'était un soulagement, j'ai l'impression pour eux comme pour moi», estime l'ancien bleu devenu vert. Il sera bien du voyage à Londres. L'athlétisme algérien n'a pas encore trouvé de successeur à Laïd Bessou qui s'était qualifié pour les Jeux de Sydney. Son deuxième pays place donc de grands espoirs en lui, estime le rédacteur. «Quand je suis arrivé en Algérie cet hiver, j'avais l'impression que j'étais leur enfant. Le directeur technique national est venu me chercher à l'aéroport. L'accueil est différent», raconte-t-il avec émotion. Le Franco-Algérien est aussi agréablement surpris par les conditions de préparation : «Je n'ai jamais autant été aidé au plan sportif. On a des bourses. On n'est pas à plaindre. On a le droit à quatre stages dans la saison et en France avec le niveau que j'avais, je n'en avais aucun.» Plus libre dans ses propos, il se sent prêt à aller plus loin et plus haut avec les couleurs algériennes. Un défi à relever en quelque sorte. « uand on est à table des fois, ils m'appellent l'immigré. En France, on m'appelle aussi l'immigré. Des fois, on ne sait plus où on est. Mais c'est de la rigolade, ils me respectent !» plaisante l'athlète. Mohamed n'est pas complètement dépaysé. Il connaît bien le pays pour y avoir passé tous ses étés d'enfance dans sa famille à Mostaganem. «Ma mère nous emmenait trois mois dans l'année, c'était quelque chose. L'école finissait fin juin et on ne rentrait pas avant fin septembre», se souvient-il. Des parents qui sont aujourd'hui très heureux de le voir courir pour leur pays d'origine : «C'est un truc de fierté, malgré le fait qu'on a grandi en France. Ils sont aussi au courant de ce qui m'est arrivé en 2008.» A Londres, l'ancien Tricolore espère enfin tourner la page de Pékin. Dans sa tête, il est déjà plus libre : «Avant cela dépendait de moi et de la fédération, cela faisait un double stress. Aujourd'hui, je respire quand je vais aux sports. Même si cela ne va pas à l'entraînement, je ne me pose plus de questions. Je vis autrement l'athlétisme.»
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