Algérie

Dopages et addiction

L'Etat devra « continuer à doper les entreprises pendant  une dizaine d'années encore à travers les mesures de soutien financier en vigueur sur les plans notamment fiscal et des conditions de crédit ». Outre qu'elle montre qu'en Algérie on ne cesse de tourner en rond, la déclaration du responsable de l'association des banques a de quoi laisser rêveur..  Interrogé, un banquier a fait preuve d'une acide perplexité en se demandant pourquoi le responsable de l'Abef a limité à seulement dix années ce « dopage » d'Etat. Pourquoi pas trente ou quarante autres années en effet ?  Combien d'argent a déjà été dépensé au cours des dix ou vingt dernières années dans cette même politique ?  Le mot dopage étant très évocateur, ce pronostic (ou souhait ?) du patron de l'Abef amène à reposer - on est hélas dans la répétition - une série de questions essentielles.  Comment comprendre, plus de douze années après le premier programme d'ajustement structurel, que le Trésor Public continue à injecter des capitaux à fonds perdus dans des entreprises toujours déficitaires ? S'agit-il d'une politique économique de très longue haleine ou d'un plan social éternel qui ne dit pas son nom ?  Un concours financier à dix ans, cela s'appelle, dans le jargon bancaire, un crédit à long terme. Ces crédits, en général destinés à financer des investissements lourds, ne sont accordés que sur la base de dossiers et d'études particulièrement élaborés.  Ils sont assortis de conditions draconiennes en termes de performances sur la base d'objectifs contractuels.  A l'évidence, on n'est pas dans ce cas de figure. Il s'agit de « doper » des entreprises « qui ne tiennent pas la route » selon la formule automobile de notre expert. Le dopage, outre sa connotation péjorative voire pénale, consiste à stimuler fortement, au détriment de sa santé à terme, un corps sollicité pour un effort bref mais intense.  Traduit en langage bancaire, ce dopage-là consisterait en un crédit à court terme ayant pour objet de faire face à une situation particulière, limitée dans le temps et circonscrite dans ses effets.  Si le dopage est permanent, on est dans l'addiction, dans l'accoutumance pathologique à une drogue. Transposé dans le champ de l'économie, il ne s'agit plus de concours à l'activité économique mais de participer à l'entretien d'un penchant condamnable.  On l'a compris, le terme de dopage ne s'applique pas vraiment à cet état de choses. Il s'agit plutôt, en l'occurrence, de maintenir en survie artificielle des entités incapables de vivre et de se développer par elles-mêmes.  Sous d'autres cieux, cette perfusion budgétaire s'appellerait du mécénat ou du sponsoring, pratiques qui n'ont pas grand-chose à voir avec l'activité bancaire soucieuse de rémunérations et de remboursabilité de ses crédits.  Cette allocation « décennale » de ressources considérables et rares se fait au détriment de l'activité économique générale : en « dopant » des entreprises sans perspectives on prive des agents économiques de moyens additionnels souvent essentiels pour le développement de l'activité. Et ici les sens convergent : au final le dopage est une pratique nocive et dangereusement contre-productive.
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