Algérie - Revue de Presse


Qu?elle soit souterraine, bénite, minérale ou autre, l?eau reste toujours égale à elle-même. Et même lorsqu?elle devient Al Oued Al Kabir, cette rivière qui traverse toujours la ville de Cordoue, Guadalquivir, Rio Grande, ou encore Ighzer Amokrane, elle ne se permet aucun glissement sémantique. Indépendamment de ses composés, sa première acception demeure intangible depuis que le monde est monde. Les cours d?eau sont les cours d?eau, et les rivières sont les rivières. Le seul changement dont s?autorise cet élément essentiel à la vie, c?est de se donner, parfois, de nouvelles identités, momentanées, il faut le dire, à travers le déchaînement qui s?opère dans le vaste monde de la nature. Il arrive toutefois que l?eau affiche encore un autre aspect de sa nature, à travers la littérature. On la chante, mais, par ailleurs, on craint son humeur qui se révèlerait changeante ici et là. L?ancien président de la République dominicaine, Juan Bosch (1909-2001), qui fut également un grand écrivain, nous livre, dans l?une de ses nouvelles, une vision où le côté mythique, donc magique de l?eau, se taille une bonne place dans la vie de peuplades évoluant à l?écart du monde aux fins fonds de la jungle. Un Indien vivant avec sa petite famille au bord d?une rivière, mène une vie heureuse et en complète harmonie avec la faune et la flore de son environnement direct. Il lui arrive de philosopher le monde aquatique, de se dire qu?il a une âme, comme lui ou comme n?importe quel animal de la jungle. A ses yeux, l?eau est placide en hiver et tumultueuse au printemps avec la fonte des neiges, même si la neige n?existe pas autour de lui, sinon dans les histoires qu?on lui raconte de temps à autre. L?été, il la voit, desséchée et renfrognée, dans le lit pierreux ou sablonneux de certains cours. Un jour, la rivière, sa source principale de vie et son alter ego depuis sa tendre enfance, se révolte, emportant maison, femme et enfants. L?inexplicable s?installe donc dans son petit monde. Lui, qui arrive à peine à nommer les choses qui l?entourent, se sent incapable de comprendre comment la rivière, qui est une créature comme lui, s?était décidée d?un coup à tout renverser sans aucune raison, du moins, pour son entendement. Sa propre logique le mène vers une seule décision : comment prendre sa vengeance sur la rivière cruelle et dévastatrice ! Le voici donc, machette à la main, descendant en direction de la rivière pour lui livrer bataille. Pas question de céder, se répète-t-il avec rage et fureur. Il faut qu?elle me restitue mon bien ! Il passe ainsi une heure entière dans les eaux à donner des coups de machette, à lancer des cris rageurs, croyant pour de vrai avoir finalement la peau de cet ennemi implacable. A bout de force, et voyant qu?aucune goutte de sang n?est venue entacher les berges de la rivière, le lutteur finit par comprendre qu?il n?a d?autre choix que celui de trouver un arrangement avec ce voisin versatile, et de continuer à mener sa vie et de coexister avec lui. On le voit, en fin de compte, rebâtir sa case et prendre à nouveau épouse. Est-il vrai que l?on ne peut rien contre l?eau, comme le dit un proverbe de chez nous ?


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