Algérie

Des Affaires étrangères, aux affaires très religieuses


C'estune tradition politique ancestrale dans la terre du Maghreb, depuis lespremiers royaumes : les chefs de crise finissent presque toujours un peumystique, un peu confrériste, un peu soufi, trèsreligieux, s'ils ne sont pas tués ou démis très tôt. Il suffit de se souvenirde l'Emir Abdel Kader pour s'en convaincre : le jeune homme a commencé commeguerrier visant une terre pour finir en soufi visant un ciel. La redécouvertede Dieu par le biais du Pouvoir a souvent été illustrée. Boudiaf l'a fait avecune balle dans le dos, Messali, avec une tombe où onl'a enterré avant sa mort, Boumediene a redécouvert Dieu avec sa mort, Chadlila redécouvert parce qu'il n'avait plus rien à faire comme Benfliset Zeroual. Et aujourd'hui, c'est le tour de Bouteflika.Pour certains, depuis sa maladie, le bonhomme n'attend plus que Dieu quil'attend. On le dit donc déjà mystique, à moitié soufi, profondément inquiétépar le sens du monde, à peine intéressé par les agitations d'ici bas entre deuxablutions et deux méditations. Finalisant une biographie typique, l'homme parledéjà comme un Imam, construit les mosquées et explique l'Algérie par l'insoumission d'Iblis, plutôtque par la crise de l'été 62 ou par la nomination de Chadli à sa place en 79. Cet« hyper repentir » n'est cependant pas sans dégât. L'auditoire de Bouteflika n'est pas un pays sain, une foule calme etcomplètement guérie ni une classe politique mentalement équilibrée. Un confrèreavait remarqué que lors de son discours dans la Maison de l'Imam, Bouteflika a parlé comme un imam là où le ministre desAffaires religieuses a parlé comme un politique. C'est dire que finalementtoutes les affaires sont religieuses. L'inversement des rôles était un peuplaisant mais, en profondeur, il est grossement catastrophique. Une surchargede références religieuses ne pouvant, dans une Algérie qui n'a rien tranchédans sa tête, que provoquer une revitalisation des islamismes dormants etpassifs du pays. Le courant de fond est là et il suffit que le président de la République se laissepousser une barbe invisible pour que certains, foules et peuplades comprises, prennentle message comme un agrément et une confirmation du projet national le plusévident pour les Algériens : construire des mosquées partout pour s'yrassembler et laisser Chinois, Japonais et Français construire le reste du pays.Ilsuffit de rien pour que nous retombions dans l'ancienne équation et que lecourant de cet islamisme horizontal, qui travaille l'Algérie en douce, prennentune nouvelle santé et se sente convoqué pour une nouvelle mission à la place decelle qui s'impose : de meilleures écoles, de meilleurs cerveaux, une frontièreclaire entre l'intolérance et l'identité et la fabrication d'usines et de main-d'oeuvreplus spécialisée dans la création de richesses que dans les techniques desablutions. On peut certes comprendre que l'on essaye de « doubler » les djihadistes du GSPC en offrant à voir une religion mieuxvécue, mais on risque aussi d'y prendre goût et de finir par rêver d'une utopieconforme au phantasme collectif qui persiste depuis Ibn Tûmart,là où il s'agit de construire un pays et pas la plus grande mosquée del'Afrique. Viser le Pouvoir par la religion est dangereux, mais ne viser que lareligion quand on a le Pouvoir l'est peut-être encore plus.

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