
Depuis l’été 2024, les relations entre la France et l’Algérie traversent l’une de leurs phases les plus tendues depuis plusieurs décennies. Malentendus politiques, crispations mémorielles et blocages diplomatiques ont progressivement installé un climat de défiance durable entre les deux pays.
C’est dans ce contexte délicat que Ségolène Royal, récemment élue présidente de l’Association France–Algérie (AFA), a pris la parole le 18 janvier 2026 pour proposer une voie de sortie structurée et assumée : un plan en trois points fondé sur la reconnaissance historique, la restitution patrimoniale et la transparence archivistique.
Son message central se résume en une formule claire et volontairement forte :
« Il faut reconnaître, réparer et s’excuser. »
Au cœur de son intervention, Ségolène Royal a insisté sur la nécessité d’une reconnaissance explicite des crimes commis durant la période coloniale en Algérie. Elle a fermement rejeté la notion de « rente mémorielle », souvent invoquée dans le débat politique français pour relativiser les revendications algériennes.
Pour elle, la mémoire des violences coloniales ne relève ni de l’instrumentalisation politique ni d’un calcul diplomatique. Elle constitue un droit fondamental des peuples à voir leur histoire reconnue dans toute sa vérité.
Selon Royal, de nombreuses blessures demeurent ouvertes parce qu’elles n’ont jamais été clairement nommées, ni réparées, ni accompagnées d’excuses officielles.
Cette reconnaissance, affirme-t-elle, ne doit pas être perçue comme une humiliation pour la France, mais comme un acte de maturité politique et morale, indispensable à l’établissement de relations équilibrées et apaisées avec l’Algérie.
Le deuxième axe du plan concerne la restitution des biens culturels algériens conservés en France, un dossier ancien mais toujours sensible.
Ségolène Royal a cité plusieurs exemples emblématiques :
Les objets personnels de l’Émir Abdelkader – sabre, tente, manuscrits – conservés au musée Condé de Chantilly.
Le canon Baba Merzoug, symbole majeur de l’histoire d’Alger, exposé à Brest.
Les dépouilles et crânes de résistants algériens, encore conservés dans des institutions françaises.
Pour la présidente de l’AFA, ces restitutions ne relèvent pas uniquement du patrimoine matériel. Elles constituent des gestes politiques et moraux forts, capables de restaurer une confiance profondément altérée.
Elle considère que la restitution de ces symboles est une étape indispensable pour reconnaître la dignité historique du peuple algérien et rétablir une relation fondée sur le respect mutuel.
Le troisième volet du plan porte sur un sujet particulièrement sensible : les essais nucléaires français menés dans le Sahara algérien au début des années 1960.
Ségolène Royal a exigé la transmission complète et sans restriction des archives relatives à ces essais, ainsi que la reconnaissance officielle de leurs conséquences sanitaires et environnementales.
Selon elle, l’accès à ces archives est une condition essentielle pour établir la vérité scientifique, évaluer l’ampleur réelle des contaminations et répondre aux attentes des populations affectées.
Mais elle voit également dans ce dossier une opportunité de coopération bilatérale : dépollution des sites, recherche scientifique conjointe, projets liés à la transition énergétique et à l’environnement.
Transformer une tragédie historique en chantier commun serait, selon Royal, un moyen concret de dépasser le passé sans l’effacer.
Au-delà de ces trois axes, Ségolène Royal a appelé à rebâtir des passerelles entre les sociétés civiles, en particulier entre les jeunes générations, les chercheurs, les artistes et les acteurs culturels des deux pays.
Pour elle, la mémoire n’est pas un obstacle à l’avenir, mais son fondement :
se souvenir pour que le “plus jamais ça” ne reste pas une formule vide.
Cette prise de position tranche avec les discours prudents habituellement tenus dans les sphères officielles. Elle a suscité de nombreux espoirs, tant en France qu’en Algérie, chez celles et ceux qui aspirent à une relation débarrassée des non-dits, des ambiguïtés et des tensions récurrentes.
Le plan en trois points proposé par Ségolène Royal ne constitue pas une solution immédiate à la crise diplomatique franco-algérienne. Mais il offre une grille de lecture cohérente et structurée pour sortir de l’impasse actuelle :
assumer le passé, réparer les injustices symboliques et construire une coopération fondée sur la vérité.
Reste désormais à savoir si cette vision trouvera un écho concret auprès des décideurs politiques des deux pays, ou si elle demeurera une voix morale dans un paysage diplomatique encore marqué par la méfiance.
Communiqués et prises de position de l’Association France–Algérie (AFA)
Articles de presse publiés en janvier 2026 dans la presse française et maghrébine
Déclarations publiques de Ségolène Royal sur la mémoire coloniale
Travaux historiques et rapports sur les essais nucléaires français en Algérie
Posté par : patrimoinealgerie
Ecrit par : Rédaction