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Controverses françaises picrocholines : L'«intérieur» vu de l'extérieur



Les ministres de l'Intérieur français ont toujours posé problème. De Joseph Fouché à l'actuel résident de l'hôtel de Beauvau[1], en passant par Adolphe Thiers, Pierre Laval, le méconnu (à tort) Joseph Darnand, l'inoubliable François Mitterrand, l'inqualifiable Manuel Valls, l'exotique Charles Pasqua, Michel Poniatowski…

Lorsque Bruno Retailleau déclare mardi dernier 22 juillet : «Le macronisme s'achèvera avec Emmanuel Macron, tout simplement» parce qu'il «n'est ni un mouvement politique, ni une idéologie : il repose essentiellement sur un homme»

«Je ne vois pas (...) ce que j'ai pu dire de nouveau que je n'aurais pas dit depuis déjà des mois». (Valeurs Actuelles, 22 juillet 2025)

Il n'y a là rien qu'un constat que n'importe quel observateur qui suit vaguement (et de loin) la mare aux canards dans laquelle barbotte l'actualité politique française, peut facilement confirmer.

A l'évidence, Jupiter n'est plus maître chez lui.

- En décembre 2024, F. Bayrou force sa porte et s'impose à lui en Premier ministre.

- Tous les jours, depuis sa nomination à Beauvau, B. Retailleau, profitant de la faiblesse chronique et publique de E. Macron, s'improvise maître céans et s'adjuge tous les pouvoirs.

Voilà qu'il s'en prend directement à l'Olympe.

Le problème de E. Macron et du bric-à-brac qui lui sert de «majorité» minoritaire («Bloc Central» pour les intimes), c'est de s'être coltiné un ministre de l'Intérieur entièrement obnubilé par «2027», comme de très nombreux compétiteurs plus ou déclarés sur le marché électoral et aussi comme de très nombreux président de la République qui sont passés par l'«intérieur» avant lui (Léon Blum, F. Mitterrand, J. Chirac, N. Sarkozy) et beaucoup de ceux qui auraient volontiers sacrifié pères et mères pour le devenir.

Les candidats se bousculent au portillon et n'attendent même pas la mort du roi.

Depuis des mois son ministre de l'Intérieur, porté à bout de bras par une campagne sondagière partisane très favorable, a lancé à partir de Beauvau, une OPA sur le Quai d'Orsay, la Chancellerie, Bercy, Matignon et même sur une large part des domaines réservés élyséens.

Cela rappelle N. Sarkozy au summum de sa gloire qui s'en prenait à J. Chirac auquel il devait pourtant son accès aux lumières des tréteaux et l'essentiel de ce qu'il allait devenir. Pas les casseroles qu'il traîne encore devant les tribunaux. Encore que…

Le fait est que B. Retailleau désire rester à l'intérieur, en bénéficiant de tous les avantages conférés à ses fonctions, tout en continuant de l'extérieur à critiquer le président d'un gouvernement auquel il trouve avantage d'appartenir. Une position ubique qui dispute à Macron son piédestal céleste et son «en même temps.»

Un pied dedans, quand ça lui convient, un pied dehors quand ça l'arrange.

Des sondages flatteurs l'égarent et le fourvoient. B. Retailleau gagne en popularité ce que la France perd en prestige et en stabilité. Il prospère alors que la gouvernance française se délite.

Ce qu'il est facile de constater est que ce ministre, dévoré d'ambition, en son état, s'est ménagé un nombre incalculable d'ennemis résolus à sa perte.

Un éléphant dans un fragile magasin de porcelaine

Il y a d'abord E. Macron qui ne le supporte plus, au point d'annuler un rendez-vous avec lui ce jeudi 24 juillet, laissant le soin à Matignon de s'occuper du «cas», le Quay d'Orsay dont B. Retailleau piétine les prérogatives, «Moussa» Darmanin qui lui aussi lorgne sur l'Elysée, ainsi que tous les autres membres du gouvernement bousculés et plus qu'irrités par les ambitions du ministre de l'Intérieure et ses empiètements cavaliers sur leurs plates-bandes.

Il y a ensuite, ses amis Les Républicains. De l'illisible et insoluble patron des députés, Laurent Wauquiez, son alter ego de LR qui n'a pas digéré sa défaite du 27 avril pour la présidence du parti, à Eric Ciotti, une recrue qui a fait illusion, de Marine Le Pen en juillet 2024, qui rêve de l'Union des Droites.

Et il y a enfin, le RN, le trou noir autour duquel gravite toute la faune au service de l'extrême-France, un attrape-tout électoral soutenu de manière active et généreuse des Vincent Bolloré et des Pierre-Édouard Stérin. Le Pen et Bardella ne supporteront pas les importuns qui braconnent sur leur terrain de chasse. Digérés ou éliminés, c'est le seul sort qu'ils leur destinent.

Rester à l'écart

Il est des Algériens qui cultivent une affection nostalgique pour une France qui au fond n'a jamais existé, de lointaines retombées du projet Blum-Violette comme on sait sans lendemains.

D'autres, bien connus des services français, grenouillent dans l'ombre ici et là, permutant les passeports en vol au-dessus de la Méditerranée, selon les troubles de la conjoncture, espèrent conserver quelques entregents et liens profitables.

En ces circonstances, il serait prudent pour l'Algérie de prendre distance avec des querelles qui sont, on le voit bien, pour l'essentiel franco-françaises. Elles parlent de l'Algérie mais c'est d'une lutte sans merci entre carnassiers en France dont il s'agit.

Certes, il est encore en France des diplodocus qui veulent réécrire l'histoire et l'instrumentaliser en des controverses sans importance qui ne concernent au fond que très marginalement son ancienne colonie.

En sorte que se laisser entraîner dans des débats sur ces questions n'est ni dans l'intérêt de l'Algérie ni dans celui de sa communauté installée en Europe.

Le mieux serait de renforcer, comme cela a déjà commencé, ses échanges avec les pays européens disposés à faire prospérer des secteurs d'activité profitables à toutes les parties sans que nul ne s'avise de se mêler des différends internes de chacun, comme le prescrivent le droit et l'usage.

L'état de la France est, tout le monde en convient, objectivement difficile sous quelques angles qu'on le considère : politique, comme on le voit ci-dessus, mais aussi économique, financier, commercial, industriel, technologique… diplomatique. La France n'est plus un acteur pesant sur le sort des grandes questions internationales, dans la crise ukrainienne, en Afrique, au Proche-Orient, en Asie et même pas en Europe où les moyens lui manquent pour la défense légitime de ses intérêts, comme on l'a vu dans l'affaire du traité du Mercosur (décembre 2024) ou dans les négociations des droits de douane en cours avec les Etats-Unis.

Menacée par les marchés, par ses partenaires plus prospères, par une Amérique omnipotente, par une économie mondiale en pleine mutation, il ne s'agit plus d'un déclin, mais de handicaps fondamentaux, d'obstacles majeurs que nos voisins auront de grandes difficultés à lever.

En l'état actuel du monde, l'Algérie a des préoccupations et des tâches plus urgentes :

- Une insécurité multiforme en ses frontières[2],

- Un commerce extérieur révélateur d'un déficit économique structurel,

- Une valeur ajoutée chroniquement dépendante de ses ressources naturelles,

- Une démographie à fort contenu culturel multidimensionnel et géopolitique,

- Un environnement à protéger : par exemple, la désalinisation de l'eau de mer serait une grave illusion sans une conception globale de la gestion de l'eau, en commençant par la consommation citadine et agricole, et son recyclage, un contrôle drastique de la pollution littorale et péri-urbaine, un développement maîtrisé des villes.

- Une éducation nationale à orienter vers la connaissance approchée de ce que nous sommes et, mieux encore, de ce que nous devenons. Il ne s'agit pas de la définition d'un état, mais de l'accompagnement raisonné d'un processus dynamique qui intègre ouverture sur un monde en évolution rapide avec un développement technologique imprévisible, sous diverses facettes.

- Une planification impérative des actions publiques et privées en leur articulation.

Notes :

1. Qui hébergea un éphémère ministre de l'Algérie et des Colonies Napoléon III…

2. La prolifération de toutes sortes de drogues, en grandes quantités que traquent sans relâche les forces de l'ordre, fait penser à la guerre de l'opium imposée à la Chine par le Royaume-Uni, la France et les Etats-Unis, dans la première moitié du XIXème siècle.


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