Algérie

Chronique judiciaire


Les temps ont-ils changé dans le fonctionnement du système judiciaire algérien ? On est tenté de le croire quand on voit la polémique, par presse interposée, opposant le président de l?ordre des avocats, maître Sellini, au secrétaire général du Syndicat national des magistrats, M. Laidouni, autour de la question de l?indépendance du juge par rapport au pouvoir exécutif. En d?autres temps, une telle diatribe aurait été tout bonnement inimaginable. La moindre critique émise sur l?appareil judiciaire, la moindre illusion faite sur l?instrumentalisation de la justice par le pouvoir politique auraient envoyé, sans autre forme de procès, son auteur droit en prison. En cela, le président de l?ordre des avocats d?Alger qui vient d?être reconduit à son poste après une âpre bataille de succession dont il est sorti victorieux a brisé un tabou en osant s?attaquer de front aux fondements mêmes du système judiciaire algérien et, en amont, au système politique en place en évoquant les pressions exercées sur les juges dans le traitement de certaines affaires. La plaidoirie de maître Sellini aurait pu n?être qu?une tempête dans un verre d?eau si elle n?émanait pas d?un vieux routier du barreau qui sait parfaitement, par conséquent, de quoi il parle. Le président de l?Ordre des avocats qui avait été réélu dans des conditions qui avaient jeté la suspicion sur sa candidature quant à sa duplicité réelle ou supposée avec le système ? une accusation dont il s?est toujours défendu ? avait besoin de prouver à ses troupes ainsi qu?à ses détracteurs et, d?une manière plus générale, à l?opinion publique qu?il n?est au service de personne d?autre que du justiciable. Contrairement aux magistrats dont il trouve qu?ils ne sont pas assez libres et indépendants par rapport à l?exécutif. Le Syndicat national des magistrats qui est interpellé par ce procès en règle du juge et de la justice a vivement réagi aux propos du président de l?Ordre des avocats tenus au forum d?El Moudjahid en mettant au défi « quiconque de dire qu?il a reçu des pressions dans certaines affaires ». Réponse du berger à la bergère ? On voit mal, même si c?est le cas, un magistrat faire publiquement de la résistance à sa hiérarchie et au système et prendre l?opinion publique à témoin quant aux pressions qui s?exerceraient sur lui dans certains procès. Les juges qui ont osé franchir ce pas et qui avaient, on s?en souvient, notamment dans l?affaire du renouvellement des instances dirigeantes du FLN, défrayé la chronique judiciaire en dénonçant la « justice de la nuit » ont chèrement payé leur soif d?indépendance en se voyant radier du corps de la magistrature. La réforme de la justice, ce n?est pas seulement une affaire de chaises, de prime de logement et des conditions de travail et de vie décentes, dignes pour les juges, elle passe d?abord et avant tout par la réappropriation par les juges du pouvoir judiciaire, par une réelle et totale indépendance de la justice. Une justice qui ?uvrera à ce que tous les citoyens soient égaux devant la loi, et où « les privilèges de juridictions » ne seront pas un moyen détourné pour protéger des hommes du système.

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