Algérie - A la une

Camille Sari. économiste et financier


Camille Sari. économiste et financier
Lors de son premier mandat, Abdelaziz Bouteflika avait bénéficié d'une conjoncture pétrolière favorable. Aujourd'hui, la tendance est inversée. Cela remet-il en cause les promesses pré-électorales 'Les émeutes dans plusieurs villes algériennes et la crainte d'un remake d'octobre 1988 ont incité les autorités algériennes à injecter près de 45 milliards de dollars sous forme d'augmentations de salaires, de subventions à l'Ansej (dont les résultats sont fort maigres), au logement et différents dispositifs de soutien aux prix des produits de base.Des recrutements dans la Fonction publique et dans les entreprises nationales accroissent les déficits budgétaires sans améliorer la productivité des administrations.Ces dérapages sont nuisibles à long terme et ne feront que retarder une explosion sociale si rien n'est fait sur le front de l'emploi durable dans le secteur productif marchand. Rappelons que les recettes en devises provenant des hydrocarbures représentent près de 700 milliards de dollars de recettes entre 2000 et 2013, alors que sur la même période les importations ont avoisiné les 500 milliards de dollars.La loi de finances 2015 entérine la poursuite du programme de logements destinés aux classes moyennes supérieures et les aides aux jeunes créateurs d'entreprises : l'Ansej. Faire le choix de puiser dans le Fonds de régulation des recettes (FRR), ainsi que dans les réserves de change signifie à terme un retour au surendettement du pays. L'Algérie risque de perdre près de 20 milliards de dollars en 2015. Il en résulterait un solde budgétaire négatif de 15,1% du PIB pour l'exercice. Les réserves de change ne pourraient demeurer positives à moyen et long termes si la chute des prix se poursuit.Au vu de la conjoncture actuelle, que peut-on craindre pour la suite 'L'Algérie est constamment sous la menace d'un possible recours au Fonds de régulation des ressources pour équilibrer le budget en cas de baisse des recettes pétrolières. 62% de la fiscalité proviennent de celles-ci. Le point de rupture se situerait à 110 dollars le baril. En soi, le déficit budgétaire peut être facteur de relance si les dépenses sont dédiées à des investissements productifs. Le développement des infrastructures qui absorbent 70% de la dépense publique dans le cas de l'Algérie relève du rattrapage de retards accumulés. Cela contribue à améliorer l'environnement de l'économie, mais n'est pas suffisant. La base productive reste l'entreprise.Ce qui est inquiétant, c'est la progression faramineuse des dépenses publiques qui croissent de façon exponentielle, entre 7 et 10%, alors que le PIB oscille entre 3 et 5%. Le modèle de développement algérien est déséquilibré. Il préconise un mode d'industrialisation centralisé qui a échoué partout. Le retour à l'Etat omniprésent ces dernières années est à double tranchant ; il laisse croire qu'il est possible de tout régler au niveau central. L'échec des privatisations est un signe annonciateur d'un manque de vision à long terme.Les plans de restructuration des entreprises publiques sont un échec. L'économie rentière empêche le développement de secteurs productifs. En 2014, la chute des recettes des hydrocarbures, conjuguée à la dégringolade des prix de l'or noir sur les marchés internationaux, ont affecté grandement les recettes fiscales qui ont connu une baisse de 10%, comparativement à 2013. Le gouverneur de la Banque d'Algérie a déclaré devant l'Assemblée populaire nationale (APN), le 15 décembre 2014, que «si les réserves de change peuvent amortir un choc externe dans l'immédiat, elles pourraient s'effriter en cas de baisse prolongée des cours du pétrole».La balance des paiements affiche un déficit de 1,32 milliard de dollars au premier semestre 2014, impactant négativement les réserves de change. Le FMI confirme que «le déficit budgétaire devrait se creuser à plus de 7%, en raison du recul des recettes d'hydrocarbures, de la nette hausse des dépenses d'investissement et de la poursuite des fortes dépenses courantes». Le Fonds souligne aussi que «l'épargne budgétaire devrait baisser pour la deuxième année consécutive».Il est difficile de mettre en pratique une loi de finances 2015 prévoyant 110 milliards de dollars de dépenses, dont 60 milliards de dollars dans le cadre du budget de fonctionnement. Si l'Algérie à l'instar de tous les pays en développement a besoin de développer ses infrastructures, les prochains budgets devraient consacrer davantage de moyens à l'économie productive et le soutien à l'activité économique privée, seuls générateurs de richesses et d'emplois.La restructuration du secteur industriel public s'inscrit justement dans ce contexte?L'industrie algérienne ne pourra pas sortir par le haut seulement. L'Etat doit créer l'environnement adéquat pour favoriser l'émergence d'une génération d'entrepreneurs et impulser une vraie politique industrielle tournée vers le marché intérieur. Les entreprises publiques, faute de privatisations, continuent à s'empêtrer dans l'inertie et l'assistanat public.L'Etat doit soutenir d'abord les sociétés de production aux dépens des importateurs. Je pense que l'Algérie a les moyens de créer des entités économiques de production de biens et de services, non pas selon le système centralisé qui a fait faillite, mais avec de nouveaux entrepreneurs privés à encourager. Un taux de croissance minimal de 8 à 10% sur une dizaine d'années est certes nécessaire pour résorber le chômage dans un pays à forte évolution démographique, mais il ne peut être atteint que par des changements macro-économiques globaux.



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