Algérie - Revue de Presse

Calligraphie



Massoudy en noir et sombre Le calligraphe irakien Hassan Massoudy apporte un regard sombre sur Baghdad sous occupation. Son qalam s?indigne, se rebelle et s?interroge sur le sort de son pays. L?Histoire de Gilgamesh, premier texte connu de l?humanité, est une opportunité saisie par l?artiste pour exprimer sa douleur. L?art peut rattraper la réalité et même la questionner en faisant appel au passé. Pour exorciser sa douleur, Hassan Massoudy s?est réfugié dans son art : la calligraphie. Rarement ses ?uvres ont été aussi noires, aussi dépressives. Finis les langueurs orientales, l?amour chevauchant et la sensualité abrasive. Dans L?histoire de Gilgalmesh, éditions Alternatives, le calligraphe irakien a un regard introverti. Une observation douloureuse de son pays en guerre. Le bruissement du qalam n?arrive pas à étouffer les explosions des bombes. La mort, la mort, la mort, à l?infini. Deux de ses tableaux, sombre et sobre, offrent une image délibérément pessimiste, à l?instar de Baghdad sous occupation. D?abord sur fond blanc, il écrit continuellement en arabe, comme pour l?éloigner, Maout, la mort. Plus tard, il reprendra le même thème, en couleurs cette fois-ci, comme pour dire qu?elle peut représenter le repos, la délivrance. Malgré quelques sursauts poétiques, d?une composition aérée tout irisée de nuances de couleurs chaudes, on retombe très vite dans la douleur. Hassan Massoudy n?a pas choisi la facilité pour accompagner le récit de Pierre Grimal, une odyssée d?un roi mi-homme mi-dieu qui affronte Endiku une créature, un démon envoyé par les dieux. Les exploits de ce roi, qui régna en Mésopotamie vers 2600 avant notre ère, ont donné lieu à un long poème épique qui reste à ce jour, selon le latiniste Pierre Grimal, le premier texte littéraire connu de l?humanité. La légende veut que les deux personnages deviennent amis - on est loin de la fameuse dualité du Bien et du Mal - jusqu?à la mort du démon. Et le monarque Gilgalmesh, fou de douleur, se lance dans une quête insensée de l?immortalité. Hassan Massoudy rêvait depuis des années de s?attaquer à ce texte antique. La guerre en Irak lui donnera de s?y atteler. C?est une forme d?exorcisme pour l?artiste. Jamais, peut-être, l?ancien enfant de Baghdad n?a érigé autant de citadelles, construit des formes en bunkers, solides et dérisoires, et accompagné la mort dans son absurdité.


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