Algérie - Revue de Presse

CALLIGRAPHIE



L?art habite toujours Baghdad Il y a longtemps qu?une exposition d?artistes arabes n?a pas drainé autant de monde, dans la capitale italienne. Soumis à une pernicieuse compagne d?islamophobie, les plus passionnés de la culture arabe et musulmane ont fini par se murer dans un scepticisme hostile et une curiosité qui fait la fine bouche devant le talent et le génie lorsqu?ils viennent du monde arabe. Deux calligraphes irakiens renommés, comme Mohammed Al Nori, diplômé de la prestigieuse et de la plus renommée des écoles de calligraphie, celle de Baghdad, qui fait partie de l?Ecole des beaux-arts, ou Wissam Al Hadad, diplômé en art de la céramique, ont fait souffler sur la ville éternelle la brise bienfaisante et mélancolique de l?Orient. Mohammed est un modèle de patience et d?humilité avec les visiteurs italiens qui lui posent, méfiants, la même question : « Tous vos cadres portent des inscriptions du Coran ? » Souriant, il répond : « Non ! Il y a aussi des proverbes et surtout des vers de poésie qui déclame l?amour »... Et devant leur mines mi-crédule, mi-amusée, le voilà parti dans une traduction qui fait s?exclamer les femmes et baisser leur regard aux hommes. « Les cils de tes yeux sont autant d?épines sur lesquelles je marche allègrement vers toi... » Eh oui, des poètes arabes ont chanté l?amour tout aussi brillamment que l?avait fait Dante ou Pétrarque. C?est la première fois que Mohammed et Wissam exposent en Italie, pourtant ils ont à leur palmarès plusieurs participations honorables à des expositions internationales et arabes de calligraphie. La charmante galerie des Colonnettes, située au c?ur de Rome, a pris des couleurs, surtout le bleu turquoise, « couleur de Baghdad », nous explique Wissam, et vert, marron et doré, « de la terre d?Irak », renchérit Mohammed. Baptisée « Les Mille et un signes, dialogues entre les civilisations », l?exposition se voulait un pont entre l?Occident et l?Orient. Les toiles de calligraphie arabe de Mohammed, faites d?encre sur acrylique, sont autant de figures de la perfection artisanale conjuguée au génie créatif. De l?écriture Fie à celle de Kairouan, Mohammed préfère la rigueur et l?austérité des calligraphies arabes les plus classiques, mais s?autorise, vu son immense expérience, des innovations modernes. Wissam, modèle la céramique et lui donne la forme qui interprète le mieux, selon lui, ses pensées du moment. Un modèle en particulier accroche le regard. Une espèce de harpe, en céramique peinte en bleu nuit. Mais non, c?est un objet sans nom que l?artiste a façonné en pensant aux détenus de la prison, sinistrement célèbre, d?Abou Ghraïb où les Américains s?adonnaient à des sévices barbares sur le corps des Irakiens. « Voyez ces grilles en haut, nous explique Wissam, elles laissent passer la lumière vers le fond. Je voulais exprimer ainsi l?espoir tenu mais réel de ces prisonniers qui voyaient la lumière du fond de leur geôle ténébreuse. Les visiteurs italiens n?aiment pas s?attarder devant cette sculpture, ils éprouvent un malaise, du reste compréhensible. » Mohammed et Wissam laissent les visiteurs romains à leurs interrogations et à leur émerveillement et repartent, après deux semaines d?échanges sincères et fructueux, retrouver leurs étudiants du centre pour la calligraphie et la décoration arabes de Sharjah (Emirats arabes unis), où ils enseignent. Ils savent que, leur art, ils pourront désormais le porter à travers le monde pour conter Baghdad en bleu et ocre.
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