Algérie

Béjaïa sous le charme


L’œuvre a été particulièrement appréciée par un public béjaoui venu, vendredi dernier, prendre une bonne cure de fous rires. Théâtre populaire par excellence, ce monologue est superbement façonné par une plume dramaturgique de haute tenue, avec un texte signé Bouziane Ben Achour et mis en scène par Azzedine Abar.Réfléchissant le terroir, la pièce, produite par le Théâtre régional d’Oran (TRO), est actuellement en tournée à travers les théâtres régionaux de l’Est, après avoir sillonné l’ouest du pays.Ce spectacle, d’une cinquantaine de minutes, est enflammé. Avec la force des gestes, Ahmed Ben Khal, qui a campé le personnage central, Kada Boujelal, a arpenté la salle, distillé silences et effets de voix et appuyé son propos de très nombreuses anecdotes tirées du terroir. La pièce a pour thème un sujet éminemment social, dans son acception la plus algérienne. Elle dissèque avec férocité un drame de société, qui n’a d’égal que le rire de soi-même.
La pièce met en relief la situation d’une femme (Sadda, malheureuse sœur de Kada), réduite à une condition féminine la plus dramatique. Kada n’a qu’une valise, une chaise et surtout une large scène lumineuse comme terrain de défoulement pour ses rêves les plus inaccessibles. L’auteur du texte prend un malin plaisir à installer les situations les plus dérisoires, les plus triviales, au point de jouer avec le non-sens en permanence. Mais très vite, le rire se fige et, ce qui interpelle, c’est l’incroyable cruauté, la noirceur de cette société qui renvoie chacun à ses propres zones de faiblesses. Chez Kada, la lucidité confine à la folie. Car Kada qui se confie, au bout du fil, au détour de chaque échec, à sa dulcinée Nouzha, étale ses travers ou ses mésaventures. Il fait rire de lui. Tour à tour, il devient piètre chansonnier, médiocre journaliste diffamant, rigolo footballeur, faux haut personnage politique... Il est en perpétuelle quête désespérée d’une notoriété. Il erre, trébuche, car victime d’une société qui a choisi la fuite en avant.Il fuit la vérité qui finit pourtant par le cerner de toutes parts. Le traumatisme psychologique de Kada est finalement et fatalement irréversible.
Il est mis en lumière un phénomène social ouvrant la porte à l’autocritique, permettant de mettre en mots une souffrance tue, et qui parfois tue.

 

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