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Béjaïa - KHALED DRARENI LORS D’UNE RENCONTRE DÉBAT: “Il y a deux ans, on ne mettait pas les journalistes en prison”



Béjaïa - KHALED DRARENI LORS D’UNE RENCONTRE DÉBAT: “Il y a deux ans, on ne mettait pas les journalistes en prison”


La Ligue algérienne des droits de l’Homme (Laddh) a repris, hier, ses activités après une trêve qui aura duré plusieurs mois en raison de la crise sanitaire. Elle a ainsi repris son cycle de formation avec, pour invités, le journaliste Khaled Drareni et l’avocat et ancien bâtonnier de Béjaïa, Me Khatri Salem, conviés pour débattre “de la question de la presse, de la justice et des droits de l’Homme”. Pour le représentant local de la Ligue, Hocine Boumedjane, le choix de cette thématique n’est pas fortuit. “Le pouvoir a essayé de mettre au pas et la presse et la justice”, a-t-il soutenu. La preuve, regrette M. Boumedjane, “ils ne sont que quelque 200 avocats à demeurer actifs et à défendre les hirakistes” sur les 47.000 en exercice à travers le pays.

“Et l’on a que quelques journalistes pour résister au rouleau compresseur du régime”. Premier à intervenir, le journaliste Khaled Drareni qui a indiqué d’emblée qu’il ne voulait “pas faire de la résistance”. “Mais mon travail de journaliste indépendant”. “Un journaliste peut-il être militant?”, s’interroge-t-il. Selon lui, la question se poserait si l’on est journaliste au Danemark, en Suède. “Mais en Algérie, non!” “On doit militer au quotidien pour exercer notre métier de journaliste et pour la liberté de la presse”. Il est revenu succinctement sur son métier de journaliste d’abord dans la radio publique, au quotidien La Tribune et dans des chaînes de télévisions privées.

Tout en assurant avoir toujours travaillé en tant que journaliste libre, il a eu la faiblesse de croire que le Hirak allait libérer la parole des journalistes. “Il y a deux ans, on ne mettait pas les journalistes en prison. La situation est devenue pire qu’avant”. Loin de lui l’idée de dédouaner les tenants du pouvoir d’alors, il constate avec regret que la corporation a même perdu des acquis avant de dévoiler que le nouveau rapport de RSF, qui sortira prochainement, pourrait se révéler accablant. Ce qui pourrait faire perdre des places à l’Algérie dans le classement de la liberté de la presse dans le monde.

Bien qu’il soit toujours en instance judiciaire — il attend la date de son procès en appel —, Khaled Drareni dit qu’il continuera à être un journaliste indépendant car le choix pour lui est simple: “Soit on est fonctionnaire, soit on est journaliste.” Il espère voir les journalistes algériens — mais aussi marocains et tunisiens — prendre conscience du danger qui menace leur métier et décider de relever le défi de l’indépendance éditoriale.

Pour sa part, l’avocat et ancien bâtonnier de Béjaïa, Me Khatri, a axé son intervention sur l’indépendance de la justice, laquelle est passée, selon lui, “du mauvais au plus mauvais”. Avant, dit-il, “on respectait les formes. C’était le cas à l’époque du président Boumediène, mais aussi de Chadli. Mais aujourd’hui, depuis le début du Hirak, on n’a pas cessé de violer la loi”. “Le cas du procès de Karim Tabbou est édifiant”, déclare-t-il avec insistance.

“Non seulement, on a bafoué la loi, mais on a insulté l’intelligence du collectif d’avocats et des Algériens”, a-t-il déploré. Et d’ajouter: “Il a été condamné à une année de prison sans avoir été assisté de ses avocats. Un flagrant délit d’atteinte à la loi. Ce sont des images qui nous ont marqués. Le collectif d’avocats aurait pu boycotter les procès suivants — on n’aurait jamais cautionné cette justice-là —, mais on l’aurait fait au détriment des détenus d’autant que nous sommes le seul rempart contre ces dérives.”




Photo: Le journaliste Khaled Drareni

M. OUYOUGOUTE


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