Algérie

Après le discours de Bouteflika, le parquet de la République s’autosaisit


Soltani doit présenter ses dossiers, sinon… Comme il fallait s’y attendre, le président de la République n’a pas raté l’occasion de rebondir sur les déclarations de Aboudjerra Soltani qui avait prétendu détenir des dossiers sur la corruption impliquant de hauts responsables de l’Etat. La rencontre d’hier entre le Gouvernement et les walis a été l’occasion pour le président Bouteflika de «carboniser», mais sans le citer nommément, Aboudjerra Soltani, mis en demeure d’apporter ses preuves. «Toute personne qui dit avoir des dossiers ou des preuves (de corruption) doit les soumettre impérativement et sans retard à la justice, sans attendre l’aval de quiconque et sans que cela ne prenne l’allure d’un règlement de comptes ou de calomnies», clame le chef de l’Etat. Et d’enchaîner sur le même sujet en promettant de donner «des instructions à la justice pour que tout responsable, prétendant détenir des dossiers, apporte des preuves ou, alors, il sera lui-même poursuivi». Quelques heures à peine après le discours du président, le Garde des sceaux a indiqué que le parquet de la République s’est autosaisi. «Si des personnes ont des dossiers comme elles le prétendent, elles doivent les remettre à la justice. Dans le cas contraire, elles se rendront coupables de délit de non-dénonciation ou d’outrage à corps constitué». Au chef du MSP d’apporter donc ses preuves car, pour le président Bouteflika, il n’est pas question de faire joujou avec l’image de l’Algérie, alors qu’elle est toujours en phase de restauration de cette image si écornée par la décennie terroriste. Quitte à prendre à témoin le peuple, comme il le promet. «Je prends à témoin, devant vous, le peuple algérien, pour affirmer que celui qui détient des preuves de cas de corruption doit les soumettre à la justice et si cette dernière se révèle incapable, je la dénoncerai devant le peuple algérien», a-t-il déclaré. La liberté de la presse, à la faveur de laquelle le chef du MSP a pu mettre les pieds dans le plat, ne doit pas être, selon le président, être utilisée par un citoyen, à plus forte raison par un chef de parti membre de la coalition présidentielle, comme un fonds de commerce politique. En effet, les propos d’Aboudjerra, qui n’est pas d’ailleurs au-dessus de tout soupçon, lui-même, avaient un relent politicien pour la bonne et simple raison qu’ils interviennent dans un contexte de pré-campagne électorale, les sénatoriales et surtout les législatives de mai 2007. Dans le même ordre d’idées, c’est-à-dire le recours à la presse, Bouteflika s’en prend également à ceux qui ont recours aux chaînes étrangères. «Certains se complaisent dans le recours à des chaînes de télévision arabes et veulent nuire à l’image de l’Algérie», en rappelant au passage «le travail titanesque accompli par l’Algérie, depuis 1999, pour recouvrer sa crédibilité», qui ne doit en aucun cas, a-t-il dit, «être ébranlée par des déclarations irresponsables». Et d’envoyer une ultime pique à Aboudjerra en lui demandant de choisir. «Celui qui veut faire de la politique qu’il le fasse, mais en dehors des cercles officiels», ajoutant que «la réussite personnelle ou politique ne peut, en aucun cas, se faire aux dépens de l’intérêt national». «Que cela soit clair pour tous», a-t-il averti. Après une telle algarade de la part du Chef de l’Etat, Aboudjerra Soltani a appris à ses dépens que l’on ne peut utiliser, sans coup férir, et à des fins politiciennes, un dossier aussi sensible que celui de la corruption. Il s’agit désormais pour lui d’apporter ses preuves ou de s’en aller. Car en tant que ministre de la République, il a enfreint l’obligation de réserve en parlant de façon aussi décapante et aussi osée d’un dossier aussi tabou. Il aura eu tout de même ce mérite.
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