Algérie

Almada, ville de mer et de théâtre

Coup d’envoi de la 25e édition du Festival international du théâtre Elle est à un vol d’oiseau de Lisbonne, dix minutes de bateau entre Cacilhas et Cais do Sodré. En d’autres termes, de Lisbonne vous traversez le «Tajo» (le Tage) et vous y êtes: Almada, une ville de 50.000 habitants; ville ouvrière à l’origine, dirigée par une femme, Maria Emilia Neto de Souza, maire communiste, pas très grande, élégante et surtout... elle a du caractère et se bat pour sa ville. La preuve? La ville est en train de mettre en place son tramway. Cette petite ville dispose d’un centre culturel géant -le Forum Romeu Correia- et d’un des plus beaux théâtres d’Europe. D’une capacité de 450 places assises, la scène est de la même dimension que la salle! Ce théâtre a été construit par des architectes portugais, sous la direction de Jean-Guy Lecat, scénographe -vous ne le connaissez pas? Lui connaît les théâtres algériens «Oran, c’est baroque» dit-il; «Alger a une âme, une force» et il continue sur Constantine «bâtie sur un site merveilleux; Annaba plus ouverte, plus sereine». Longtemps, scénographe auprès de Peter Brook (eh, oui !), il a donc construit le théâtre municipal de cette belle et petite ville d’Almada. Un théâtre où il y a bien sûr une salle de répétitions, une salle d’expérimentation, salle de réunion, une bibliothèque, des salons, des endroits où peuvent se reposer comédiens et comédiennes, et une crèche. Autrement dit, vous avez des enfants en bas-âge, vous les ramenez au théâtre, vous les mettez à la crèche et allez voir votre spectacle. Dans cette ville, il y a un homme, rescapé de la dictature de Salazar, journaliste à l’époque: Joaquim Benite. Après la révolution des œillets, il s’engage dans le théâtre, fonde sa compagnie et, en 1984, crée le «festival de théâtre d’Almada». C’est la 25e édition qui vient de s’ouvrir depuis vendredi 4 juillet, et jusqu’au 18 de ce mois. 25 ans, pas encore l’âge vénérable, l’âge adulte quand même. Mais 25 ans grâce à la ténacité, la détermination de Joaquim Benite qui a réuni autour de lui, au fil des ans, une équipe de comédiens et comédiennes de talent qui croient à ce qu’ils font et s’investissent totalement. Chaque année, le festival venu, les comédiens et metteurs en scène de la compagnie deviennent chauffeurs, accompagnateurs, hôtesses d’accueil, chargés de la logistique. Avec la même ardeur et conviction qu’ils mettent lorsqu’ils montent un spectacle théâtral. C’est la singularité de ce festival vraiment pas comme les autres. Autre particularité: dès sa création, les spectacles se tenaient dans la cour d’une école, la «Escola D. Antonio da Costa». C’est toujours le cas. En plus, la cour d’entrée de l’école sert de lieu de restauration chaque soir et là se rencontrent spectateurs, metteurs en scène, dramaturges, comédiens et journalistes: en toute simplicité. L’école reçoit toujours des spectacles, alors que la programmation est riche, diverse et dispersée dans plusieurs salles d’Almada et de Lisbonne. Pour fêter comme il se doit, le festival s’offre cette année le «Berliner ensemble», fondé en 1946 par Bertolt Brecht. 25 comédiens sur scène pour «Peer Gynt», le texte de Henrik Ibsen dans une mise en scène de Peter Zadek. Un effort considérable -du point de vue financier cela s’entend- que de programmer ce «géant» du théâtre mondial. Pensez donc: 25 comédiens, 20 techniciens, l’équipe de production, un matériel immense (décors, costumes...); la grosse machine, quoi! Depuis 25 ans, Joaquim Benite a à cœur d’inviter le monde à Almada: 600 spectacles venus de 28 nations d’Europe, d’Amérique (du Sud, principalement), d’Afrique, d’Asie, du Maghreb également. Fadhel Jaïbi est venu à trois reprises, avec quatre créations. D’Algérie, il y a eu la compagnie oranaise «Ibdae» -à l’époque parrainée et dirigée par la fondation Abdelkader Alloula. «Homk Salim» a été présenté ici, dans une mise en scène du prodige Jamil Benhamamouch -le neveu du «lion». Dès 1997, le festival avait rendu hommage au dramaturge algérien, en présence de Raja Alloula. En 2005, le festival récidive en organisant un colloque consacré au théâtre d’Abdelkader Alloula, avec Ziani Chérif-Ayad entre autres. Des contacts ont cours toujours avec les compagnies algériennes en vue d’une programmation éventuelle les prochaines années. C’est le festival international de théâtre d’Almada qui, en 1984, avait démarré avec des troupes amateurs portugaises, associant la population dans une ambiance de fête. L’organisation s’est professionnalisée, les compagnies les plus prestigieuses sont programmées, les journalistes viennent de partout, la fête y est toujours, le public est là: les mêmes -ils ont grandi et pour certains vieilli avec- et leurs enfants devenus adultes! Un couple de retraités me disait «bientôt, nous viendrons avec nos petits enfants». Ainsi, il n’y a pas de miracle: la culture commence au berceau! De Lisbonne, Yahia Belaskri
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