« Le journalisme n'est pas une carrière, c'est une exigence morale. Il ne suffit pas d'écrire, il faut savoir quand se taire, quand résister,et surtout, pour qui l'on écrit. » Ali Draa
L'Algérie vient de perdre l'un de ses derniers grands serviteurs de la plume et de la parole responsable. Ali Draa, figure tutélaire du paysage médiatique national, s'est éteint ce mardi soir à l'âge de 78 ans à l'hôpital militaire d'Aïn Naâdja, après un long combat contre la maladie. Avec lui, c'est une certaine idée du journalisme – exigeant, rigoureux, profondément éthique – qui quitte la scène.
Un parcours au service de l'intérêt général
Né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans une Algérie encore sous occupation coloniale, Ali Draa s'est très tôt engagé dans le journalisme avec une vision claire : informer, éveiller, élever. Il fit ses premières armes à la radio nationale, avant de rejoindre la télévision publique où il occupera des postes de grande responsabilité, notamment à la direction de l'information.Son style était sobre, sa diction ferme, son ton mesuré mais jamais neutre. Il refusait le sensationnel vide et privilégiait toujours l'analyse profonde. Il forma plusieurs générations de journalistes, qu'il encourageait à « refuser le copier-coller des dépêches et le confort de l'anonymat ». Pour lui, la fonction journalistique devait toujours s'inscrire dans une forme de courage civique.
Le sens de l'État, mais pas de la soumission
Ali Draa ne s'est jamais positionné comme opposant ni comme courtisan. Il avait le sens de l'État, mais refusait toute forme de servilité. Proche des sphères décisionnelles à certains moments de sa carrière – notamment en tant que conseiller à la communication au sein de la Présidence –, il avait cette rare capacité à préserver une forme de distance critique.À plusieurs reprises, il s'était opposé à des orientations éditoriales dictées par des logiques de propagande, préférant le silence à la compromission. Ce qui lui valut l'estime même de ses contradicteurs. Il disait souvent :« Le journaliste n'est pas le porte-voix du pouvoir, mais le miroir de la société. »
Un legs moral pour la génération montante
Dans un contexte où le journalisme algérien, comme ailleurs, vacille parfois entre précarité économique et appauvrissement du contenu, la disparition d'Ali Draa a la saveur amère d'un testament non écrit. Son héritage est cependant bien vivant, à travers tous ceux qu'il a formés, conseillés, corrigés, parfois rudement mais toujours avec bienveillance.Il appelait les jeunes journalistes à ne jamais « écrire avec la peur de déplaire », et à cultiver l'exigence de la vérification, la précision lexicale, et surtout, le sens de la responsabilité vis-à-vis du peuple. Il leur rappelait inlassablement cette maxime :« Le pouvoir passe, l'actualité s'efface, mais l'écrit demeure. Soyez dignes de votre encre. »
Un départ qui réveille les consciences
La direction générale de la communication de la Présidence a exprimé ses condoléances, saluant la rigueur, la loyauté et le professionnalisme du défunt. Mais au-delà des hommages officiels, c'est toute une frange de la société algérienne – journalistes, intellectuels, citoyens – qui ressent la perte d'un repère, d'une conscience tranquille dans un monde médiatique souvent bruyant.Son départ interpelle. Il pose, une fois de plus, la question du journalisme en Algérie : à quoi sert-il ? À qui doit-il répondre? Quelle trace laisse-t-il dans le réel ? Et surtout : qui sont aujourd'hui les héritiers spirituels d'un Ali Draa ?
Conclusion : Ne pas trahir sa mémoire
Rendre hommage à Ali Draa ne consiste pas à l'embaumer dans le formol des éloges posthumes, mais à faire vivre ses principes : rigueur, indépendance, lucidité. Il ne voulait pas de statues, mais une presse debout. Il ne rêvait pas de prix, mais d'un lectorat éclairé. Il n'ambitionnait pas la postérité, mais l'utilité sociale de son métier.Alors, plutôt que de pleurer son absence, engageons-nous à raviver ce qu'il a incarné : un journalisme algérien libre, exigeant, national sans être nationaliste, critique sans être cynique, et surtout, profondément humain.Ali Draa, votre plume s'est posée, mais votre encre continue de couler dans les veines de ceux qui n'ont pas renoncé.Reposez en paix, maître.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : le marché de change formel : une nécessité
Source : www.lequotidien-oran.com