Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Ajouter aux Favoris Version imprimable Envoyer par email à un ami
Le journaliste et écrivain Ali Douidi vient de faire paraître en France son deuxième ouvrage intitulé La Place publique. Il s’agit d’une pièce théâtrale qui traite de faits historiques dans un contexte de guerre de décolonisation. L’auteur parle de cette œuvre et de ses aspirations.
La Dépêche de Kabylie : Pourquoi avoir choisi cette période précise de l’Histoire franco-algérienne ?
Ali Douidi : C’est une période charnière où le peuple algérien a commencé à prendre conscience de son identité en tant que nation et a commencé à lutter pour recouvrer son indépendance. Le sujet s’est imposé à moi.
La Place publique raconte l’histoire en général ou un fait précis qui vous a marqué ?
L’histoire que je traite commence en mai 1948, au moment où le sentiment nationaliste s’exacerbait chez nous, après la création clandestine du parti de Messali El Hadj et le 8 mai 45 dans le constantinois. Le joug colonial pesait trop. Les algériens sont sortis dans les rues et ont manifesté pour crier leur ras le bol. Mais j’ai tenu à montrer que même dans une société aussi clivée que celle de cette époque-là, des liens se sont créés entre des ‘’indigènes’’ et des colons. Dans leurs discours, à l’occasion de la célébration de l’armistice (9 mai), le maire, l’adjoint et le sous-préfet, en s’adressant à la foule massée ce jour-là sur la place de la République, annonçaient une ère de paix et de prospérité pour tous. Ce qui n’est pas du goût de ce vieux couple français, les Vincent, qui incarne le colonialisme pur et dur. Je pense avoir réussi à rendre assez fidèlement ce climat particulier où en dépit d’une société éclatée, avec d’un côté les possédants, c'est-à-dire les colons qui régnaient sur d’immenses terres fertiles, et de l’autre les paysans spoliés, une voie était encore possible avant le premier novembre 54, date du déclenchement de la lutte armée. Cette voie, c’était l’assimilation.
Pourquoi avez-vous opté pour une pièce théâtrale plutôt qu’un roman ?
Les voies de la création, comme celles du Seigneur, sont impénétrables. Quand j’ai écrit ‘’Les jumelles’’ je ne pensais pas au théâtre. L’idée primitive était d’écrire une courte nouvelle. Ma rencontre avec un homme de théâtre et ses encouragements m’ont poussé dans cette direction. La pièce a failli s’appeler ‘’La roulette russe’’, mais l’espace public exerce sur moi une formidable fascination. J’aime à tout moment du jour m’y trouver avec un carnet et croquer de chaque passant un petit portrait.
Plusieurs faits historiques sont retracés dans cette histoire. Quel message vouliez-vous transmettre aux lecteurs ?
La paix et l’amitié. Et ce message est porté tour à tour par les différents personnages de la pièce : les Gillet et plusieurs journalistes de l’Humanité, de Paris Match et du Monde. Mais il est surtout porté par le procureur de la République qui enquête sur la mort de Maitre Marco, un ancien agent nazi qui travaillait dans la commune comme contremaitre. C’est lui qui sauve in extrémis du peloton d’exécution deux soldats indigènes accusés d’insubordination. J’espère que cet appel sera entendu. Nous en avons tout autant besoin, aujourd’hui, en ces temps troubles.
Quel fut votre moteur pour écrire cette pièce ?
L’idée été fort confuse au début. Je fréquentais beaucoup la place devant la maison de la culture. Je trouve cet endroit plein de charme. Quand j’habitais à Bouira, j’y allais pendant la nuit. Sous la lune, c’est féérique. Les personnages sortis de mon imagination hantent à jamais cette place : Les Vincent, leurs amis les Gillet, maître Marco, l’agent nazi qui pour tromper tout le monde fait d’abord semblant de s’éprendre de Melle Gillet, puis de sa mère, Le maire et le commissaire, les écoliers indigènes, Lyès et Mouloud, les travailleurs de la commune Tayeb, Hassène et d’autres et enfin Jacques Lefranc qui aime Melle Gilet et qui finit par obtenir sa main. Je croyais avoir exorcisé cette «possession» par ces fantômes. Il faut reconnaitre qu’il n’en est rien.
Le livre est publié en France par une maison d’édition française. Pourquoi ne l’avez-vous pas fait en Algérie ?
Le livre existe actuellement sous une forme numérique. Il sera prochainement disponible sur Amazon, Fnac et point com. Ceux qui souhaitent avoir le livre papier pourront en faire la demande auprès de la maison d’édition Edilibre qui existe depuis 2007. Si j’ai choisi de confier mon manuscrit à cette maison, c’est parce qu’elle l’a publié gratuitement. Une maison d’édition locale a accepté le manuscrit mais elle demandait une somme que je n’étais pas en mesure de donner. Et la direction de la culture ne subventionne les auteurs qu’une seule fois et elle m’a déjà donné 5 millions de centimes pour la publication de Les jumelles.
Le livre sera-t-il disponible en Algérie ?
N’importe quel lecteur pourra se procurer la version numérique sur le net et n’importe quelle librairie désireuse de l’acquérir peut le faire. Pour terminer si vous me le permettez, je voudrais exprimer le vœu de voir instituer un prix en Algérie pour récompenser la meilleure œuvre, comme cela se fait en France avec le prix Goncourt par exemple.
Entretien réalisé par Oussama Khitouche
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : tlemcen2011
Source : http://www.depechedekabylie.com/