Sur les routes de la wilaya de Mascara, l’accident n’est plus un événement exceptionnel mais une réalité quotidienne qui s’impose dans les chiffres, les témoignages et les bilans officiels.
Depuis le début de l’année 2025, 1.072 accidents de la circulation ont été enregistrés, faisant 32 morts et 1.384 blessés.
Derrière ces données froides, des familles brisées et une inquiétude diffuse qui traverse toute la société. Au fil des années, la courbe des accidents ne cesse d’alerter. En 2022, la wilaya avait comptabilisé 988 accidents, causant 1.240 blessés et 30 décès. L’année 2023 a marqué une aggravation avec 1.098 accidents, 1.418 blessés et 41 morts. En 2024, 1.169 accidents ont été recensés, faisant 46 victimes mortelles et 1.552 blessés.
L’année 2025 affiche certes une légère baisse, mais le niveau reste élevé et inquiétant, confirmant que la route demeure l’un des principaux facteurs de mortalité évitable.
Au siège de la Protection civile, les chiffres sont analysés avec prudence.
«La baisse enregistrée ne doit pas masquer la gravité de la situation», insiste le directeur de la Protection civile de Mascara, le lieutenant-colonel Madani Kamel.
Les statistiques montrent que les accidents impliquent majoritairement des voitures de tourisme, mais aussi des motos, des camions, des bus de transport de voyageurs et même des tracteurs agricoles. Cette diversité révèle que le danger ne se limite pas à une catégorie de véhicules, mais concerne l’ensemble des usagers de la route. Les profils des victimes renforcent l’ampleur du drame.
Les jeunes âgés de 19 à 50 ans représentent la tranche la plus touchée, c’est-à-dire la population la plus active.
«Ce sont des pères, des mères, des travailleurs et des étudiants qui disparaissent ou restent handicapés», confie un agent de secours habitué aux interventions nocturnes.
Chaque accident laisse des séquelles visibles ou invisibles, souvent irréversibles. L’analyse des types d’accidents met en lumière des comportements à risque persistants. Dérapages incontrôlés, collisions frontales, sorties de route suivies de renversements et chocs impliquant des motos reviennent de manière récurrente.
La vitesse excessive et le non-respect des règles sont omniprésents.
Les campagnes de sensibilisation se multiplient, mais leur impact semble limité face à l’indiscipline persistante de certains conducteurs. Dans ce contexte, l’attente autour du nouveau code de la circulation est forte. Le durcissement annoncé des sanctions contre les comportements dangereux, qu’il s’agisse de véhicules légers, de transports en commun, de bus scolaires ou de camions, suscite de grands espoirs.
«Ce texte est très attendu pour réduire au moins le nombre des victimes de chauffards qui continuent de tuer sur les routes», souligne un spécialiste des questions routières.
Beaucoup y voient une réponse nécessaire à une violence routière qui s’installe durablement.
- Quand les vitres teintées favorisent l’anonymat
Un autre phénomène alimente les débats et les inquiétudes à Mascara, celui de la prolifération des vitres teintées. De plus en plus de véhicules circulent avec des vitres entièrement noircies, transformant l’habitacle en une zone opaque. Cette mode, visible aussi bien en milieu urbain que sur les routes périphériques, pose de sérieuses questions en matière de sécurité et de respect de la réglementation.
Pour certains conducteurs, les vitres teintées sont synonymes de modernité, de confort et de protection contre le soleil.
«Cela donne une meilleure esthétique et plus d’intimité», avance un automobiliste interrogé.
Mais pour d’autres, elles favorisent l’anonymat et encouragent les infractions.
Des manœuvres dangereuses, le non-respect des feux tricolores et des excès de vitesse sont souvent signalés chez des véhicules dont les occupants restent invisibles. Les conséquences sont parfois dramatiques. En cas d’accident suivi d’un délit de fuite, l’identification du conducteur devient presque impossible.
«Les victimes ne peuvent même pas décrire celui qui les a percutées», regrette un citoyen.
Sur le plan technique, les vitres teintées réduisent la visibilité, surtout la nuit ou par mauvais temps, augmentant considérablement le risque d’accident. Malgré ces dangers, les commerces spécialisés dans la pose de films teintés se multiplient pour répondre à une demande croissante.
«La personnalisation du véhicule ne doit jamais se faire au détriment de la sécurité routière», rappelle un expert en prévention.
A Mascara, la situation révèle une réalité complexe où statistiques, comportements à risque et nouvelles tendances se croisent. Les chiffres ne sont pas de simples données, ils sont le reflet d’un mal profond. Tant que les mentalités n’évolueront pas, la route continuera de faucher des vies.
«Chaque accident évitable est un échec collectif», résume un secouriste, encore marqué par les scènes de drames qu’il affronte au quotidien.
Photo d'illustration. El Watan
Abdelouahab Souag
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Posté par : akarENVIRONNEMENT
Ecrit par : Abdelouahab Souag
Source : elwatan.dz du mardi 23 Décembre 2025