Algerie - 08- La guerre de libération

Algérie, guerre de libértion : Infos ou intox ?





« Les hommes que nous glissons dans le dispositif adverse, souvent à des postes subalternes, nous les aidons à conquérir progressivement de l’importance au sein de la rébellion. Nous leur permettons par exemple de passer des armes, de l’argent pour le FLN. Leurs convois clandestins sont protégés par la DST., alors que les transports d’autres chefs fellagas sont bloqués, saisis.

Avec notre accord et la complicité de l’armée française, nos agents FLN., montent également des opérations bidons de manière à se couvrir de gloire aux yeux de leur état-major du Caire et de Tunis. Chaque fois nous organisons tout nous-mêmes pour rendre le coup de main rebelle totalement crédible.

Au fur et à mesure, nous déblayons le terrain devant eux. Leurs camarades se font prendre, leurs chefs jouent également de malchance. Ce qui leur permet de grimper dans la hiérarchie clandestine, de remplacer ceux que nous choisissons d’éliminer. Certains de ces agents vont atteindre les plus hauts échelons dans l’état-major du FLN. Il nous est arrivé de manipuler des chefs et des chefs adjoints de wilaya… »

Ces aveux n’ont pas été faits par un illuminé dans le brouhaha d’un souk mais par Roger Weybot, par l’un des fondateurs et chef de la DST pendant plus d’une décennie à Philippe Bernert, dans un salon feutré, qui les a consignés dans un livre best-seller, publié en France, en 1975 (1.)

Entre janvier 1957 et décembre 1960, j’avais entre 11 et 14 ans. Berger, j’étais également « Chouf » : les yeux, les oreilles, le flaire, le ravitailleur, l‘informateur, le guide… des plus fiables des maquisards affectés ou de passage dans l’un de secteurs de la zone IV de la wilaya IV, vallée de Kellal, arrière pays de Gouraya, ex. département d’Orléanville, actuellement de Tipaza.

A partir du printemps de 1958, j’ai pu voir, au coucher du soleil, à plusieurs reprises, Ahmed Bélardi, sans doute un haut responsable du FLN et Maamar, probablement son lieutenant, toujours ensemble et un certain Chérif, natif du secteur, toujours solitaire, se diriger vers la base du 2ème bureau du 22ème RI (régiment d’infanterie), dirigés par le lieutenant Jean Lacoste.

Les deux premiers étaient chacun armés d’un pistolet mitrailleur Mat49 qu’ils portaient dans un couffin recouvert d’un torchon. Je connaissais bien les deux armes pour les avoir souvent : soupesées, démontées, remontées, vidé et rechargé leurs chargeurs. Elles étaient dépourvues de munitions. Celle de Maamar était hors d’usage. Sans doute avait-elle été impactée par un projectile, son chargeur n’était plus démontable.

A leur retour de leur randonnée nocturne au Bois Sacré, quand je rencontrais mes plus fidèles pensionnaires, je remarquais qu’ils avaient les cheveux fraîchement coupés, chaussés de pataugas neufs et habillés : pantalon, chemise, veste, kakis sinon neufs du moins fraîchement lavés et impeccablement repassés. Par ailleurs, ils boudaient mes galettes et mon petit lait de chèvres. Ils leur préféraient des rations alimentaires identiques à celles distribuées aux troupes, qui ne se trouvaient dans aucun commerce local.

A l’occasion de l’une de ces mystérieuses visites nocturne au Bois Sacré, Maamar avait troqué son arme hors d’usage contre une autre du même type et trois chargeurs d’une trentaine de balles chacun.

Des membres de ma tribu, raflés et séquestrés au Bois Sacré, m’ont informé que Jean Lacoste, le chef du 2ème bureau, recevait sous une tente dressée dans l’enceinte du Bois Sacrés les trois individus cités, entres autres. Mes cousins, Ali Ezzine et son fils Mohamed, qui résidaient à Halla Embarkate, à environ 500 mètres à vol d’oiseau de la base militaire, d’où ils avaient une vue imprenable sur la base militaire et ses alentours m’ont informé qu’ils voyaient régulièrement, tôt le matin, les mêmes personnes en sortir pour se diriger les maquis avoisinants.

J’avais fait part de mes observations au responsable zonal, à Djelloul Abidat qui avait souhaité entendre mes cousins. Une fois ces derniers entendus, le zonal nous avait solennellement ordonné de ne plus jamais en parler, de rompre tout contact avec tout élément inconnu ou douteux.

Quelques jours plus tard, Djelloul Abidat avait souhaité m'entendre répéter mes observations à un certain Si Kouider. Une fois mes propos réitérés devant les deux authentiques baroudeurs de la révolution algérienne, ils m’ont demandé de les laisser seuls sans toutefois m’éloigner de leur refuge, une maison en ruine abandonné qui se trouve dans un endroit nommé « Akebli anta3zibth ». Quand ils m’ont rappelé, ils se détournaient pour me parler. Sans doute m’avaient-ils invité à les laisser seuls pour donne libre cours à leur intenses émotion. En effet, j’ai pu aisément constater qu’ils avaient les yeux rouges pour avoir pleuré pendant mon absence. L’émotion était si forte qu’ils se sont jetés, l’un dans les bras de l’autre, ils ont littéralement éclatés en sanglots, comme des gamins, devant l’adolescent que j’étais, en balbutiant d’une voix saccadée :

« Khad3ouna ! (Ils nous ont trahi!) Allah Yerham echchouha ! (Qu’Allah ait les âmes de nos martyrs. Nous sommes vaincus… »

Ils m’ont à nouveau demandé de les laisser seuls quelques instants. Par suite, ils m’ont ordonné, d’un ton on ne peut plus solennelle, de rompre tout lien avec les nationalistes algériens y compris avec ceux que je connais depuis fort longtemps. Ils m’ont déclaré que ce que je savais était grave. Djelloul Abidat m’avait donné 300 anciens francs pour prendre le car des messageries Maury et d’aller me mettre à l’abri à Castiglione (Bou-Ismaïl) en attendant que les traîtres soient identifiés et mis hors d’état de nuire.

J’apprendrai plus tard que la wilaya IV avait été pacifiée et passée sous le contrôle des services coloniaux sous la houlette du colonel Jacquins, du patron du BEL (bureau étude et liaisons.) Parmi mes anciens pensionnaires une douzaine ralliera les forces coloniales pour y former un redoutable commando qui sèmera la terreur et la mort parmi les populations civiles jusqu’au terme de la guerre d’Algérie.

A partir de janvier 1960, mon secteur sera classé par les forces coloniales : « Zone interdite. » Les populations proches du FLN, qui refusaient de collaborer avec les félons, seront déplacées et placées dans des camps de concentrations clôturés par de large et haute haies de fil de fer barbelé, mis sous surveillance militaire permanente. Or, il serait plus aisé à un poisson de vivre hors de l’eau pendant 24 heures qu’à un maquisard de survivre 24 heures dans un maquis sans le concours de ses habitants.

Donc j’ai perdu à jamais tout contact avec Djellou Abidat qui est tombé au champ d’honneur dans des conditions fort mystérieuses. Il semblerait qu’il ait été éliminé par des traîtres aux ordres et à la solde du 2ème bureau. Derrière le pseudonyme de Si Kouider, se cachait le commandant Si Lakhadar, celui qui avait tenté d’abréger l’agonie du peuple algérien en allant à l’Elysée pour tenter d’arracher au Général de Gaulle une indépendance honorable, qui sera traitreusement assassiné par ses compagnons.

A 1958-59, ma famille, ma tribu, les habitants des douars : Aghzou-Yettou, Nouraya et Bouankoud (Vallée de Kellal) feront l’objet d’une atroce répression coloniale non pas pour leur soutien aux nationalistes algériens mais pour avoir dénoncé et refusé de collaborer avec les éléments félons infiltrés par les services de Jean Lacoste dans leur zone.
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