Algerie - Hommage

Algérie - ASSASSINÉ LE 18 OCTOBRE 1970 À FRANCFORT EN ALLEMAGNE Krim Belkacem: l’homme qui dérange toujours le système



Algérie - ASSASSINÉ LE 18 OCTOBRE 1970 À FRANCFORT EN ALLEMAGNE Krim Belkacem: l’homme qui dérange toujours le système
Même si aucun officiel n’a marqué sa présence pour commémorer l’assassinat de Krim Belkacem, il y a 48 ans, ses fidèles étaient tous là. L’Histoire et l’émotion aussi. Une parfaite illustration que l’œuvre de Krim demeure intacte et porteuse d’un message aux générations futures.

La mémoire du peuple algérien a été au rendez-vous, jeudi dernier au carré des Martyrs, au cimetière d’El-Alia, à Alger, où des dizaines de citoyens, de personnalités nationales, d’anciens moudjahids et de fidèles de la Révolution sont venus pour déposer une gerbe de fleurs et rendre un vibrant hommage à l’un des piliers de la guerre de Libération nationale, en l’occurrence Krim Belkacem. Assassiné le 18 octobre 1970 à Francfort, en Allemagne. L’enfant d’Aït Yahia Moussa (Draâ El-Mizan), au sud de Tizi Ouzou, a eu droit à un hommage à la hauteur des géants qui ont confectionné le 1er Novembre 1954, et ce, même si le plus jeune colonel de la Révolution, comme l’appelaient ses compagnons de guerre, avait pris le chemin du maquis en 1947, en compagnie d’une poignée de combattants, pour braver le colon français. Quarante-huit ans après, l’œuvre de Krim Belkacem est restée intacte, inaliénable et toujours porteuse de messages aux futures générations.

Il n’y avait pas des masses au cimetière d’El-Alia, certes. Mais les fidèles à l’Histoire de l’Algérie contemporaine et au message du 1er Novembre 1954 étaient présents dès 8h du matin. Ils étaient venus de Tiaret, de Médéa, de Chlef, d’Oum El-Bouaghi, de Tizi Ouzou, d’Alger, de Tipasa, bref des quatre coins du pays, pour apporter des témoignages encore vivants sur celui qui avait apposé son empreinte lors des accords d’Évian, c’était le 18 mars 1962, où les négociations entre les représentants du gouvernement français et ceux du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) ont buté sur l’évidence historique pour mettre fin à une guerre qui avait duré sept longues années, mais surtout mettre un terme à une occupation qui avait duré 130 ans.

Il n’y avait pas des masses, certes, mais sa famille, les enfants de son village et ses amis de longue date étaient tous là pour rendre un hommage à un homme qui avait bousculé les mentalités et qui avait juré pour que la peur change de camp.

Ahmed Belkacem: “Ils l’ont tué car il a dit non au système”

Dans une courte allocution, son fils, Ahmed, déplorait l’absence des officiels, affirmant que “la qualité n’est pas dans la quantité. Car les fidèles à la mémoire de Krim Belkacem sont là. On ne peut pas accepter qu’il soit exclu ou marginalisé de l’Histoire. Il n’avait que 19 ans quand il s’était engagé dans le combat pour libérer l’Algérie. Il a mené un combat durant 28 ans, et ce, avant qu’il ne soit assassiné à l’âge de 48 ans”. Devant les fidèles de son père, Ahmed Belkacem a estimé que son père avait été assassiné car “il avait dit non au colonialisme, non à la France et non au système qui avait pris le pouvoir après l’Indépendance. Et à l’époque où mon père avait été assassiné, ce système n’acceptait pas d’opposition. Soit vous dites oui, soit vous vous taisez ! Mon père n’était pas d’accord, ce qui était de son droit, et ils l’ont assassiné. Mon père a payé de sa vie comme d’autres d’ailleurs.” Visiblement ému, Ahmed Belkacem a indiqué que son père avait un destin exceptionnel et qu’il méritait amplement cet hommage et cette reconnaissance populaire pour ce qu’il avait fait pour changer le cours de l’Histoire.

Son compagnon de guerre, Si l’Hocine, originaire du village natal de Krim Belkacem, a estimé que “la date du 18 octobre est la plus sombre de toute la vie pour nous tous. Elle est sombre pour ce zaïm, tous les zouaâma et leurs compagnons que nous ne remercions jamais assez pour ce qu’ils ont fait pour libérer l’Algérie des affres du colonialisme. Le zaïm Krim nous a appris à faire de la vraie politique et à affronter les situations complexes de l’époque. Il a réussi à rallier en 1947 un groupe de sept hommes, tous des valeureux combattants. Ce n’était pas évident !” Pour Si l’Hocine, “Krim Belkacem et ses compagnons n’avaient pas peur du colon autant qu’ils avaient peur des populations qui ignoraient, à l’époque, les enjeux d’une telle action. Krim s’était donné un délai de deux ans pour réussir son défi et gagner la confiance des Algériens, nombreux à se joindre à son action. Il nous a vraiment éduqués”.

Benflis: “Krim était un géant !”

Pour une présence remarquée, et c’en était une, Ali Benflis, le président du parti Talaie El Hourriyet, a estimé que “cette cérémonie se veut un acte de fidélité et de respect à l’un des grands hommes de l’Algérie. Krim Belkacem fait partie de la liste des géants de ceux qui ont déclenché la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954. Krim Belkacem fait partie des sommités qu’a enfantées l’Algérie. Je m’incline devant sa bravoure et son sacrifice”. Accompagné de son staff, dont Malik Bentoumi, M. Benflis a rappelé que “Krim avait pris le maquis dès son jeune âge”, affirmant que “cet homme était très éveillé et avait une conscience politique et une agilité uniques. Il avait combattu, durant plus de 14 ans, l’armée française. Il était un politicien très remarquable, un militaire engagé, un diplomate hors pair et un ministre d’un rare charisme. Il était un leader dans la région de la Kabylie et un grand dirigeant dans la zone autonome de l’Algérois. La présence, ici, de ceux qui le respectaient et qui le respectent encore en sont la preuve de la grandeur de cet homme”.

Présent aux côtés du président Dr Mohamed Maïz, membre fondateur et ex-secrétaire général du Mouvement pour la défense de la révolution algérienne (MDRA), Arezki, le frère de Krim Belkacem, a exprimé sa gratitude aux fidèles de la Révolution et a remercié les présents d’avoir renouvelé un tel hommage à l’homme qui avait marqué l’Algérie durant 28 ans de combat et de sacrifice. “Nous sommes tous là pour Krim. C’est une journée pas comme les autres. On s’en souviendra à jamais de lui et de ses compagnons”, a affirmé Arezki Belkacem.

Pour Mohamed Saïdani, ex-wali de Chlef (1994-1996 pendant la lutte antiterroriste, ndlr) et de Médéa (1996-2000 pendant la lutte antiterroriste, ndlr), et néanmoins ancien moudjahid qui activait dans l’acheminement des armes depuis la Tunisie, en défiant les lignes Challe et Maurice, Krim Belkacem était le premier maquisard de l’Algérie. Même s’il n’avait pas connu Krim Belkacem durant la guerre de Libération nationale, M. Saïdani a affirmé que “c’est grâce à des hommes comme lui, comme d’ailleurs Abane Ramdane, qu’il y a eu le déclenchement de la Révolution. Si j’ai un message à délivrer à la jeunesse algérienne, c’est de lui dire de prendre exemple des jeunes de 1954 qui avaient renfloué les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN). Sauvez cette Algérie, comme nous l’avons fait en 1954, car elle est en danger”.

Venu d’Aït Yahia Moussa, un voisin à la famille de Krim Belkacem regrette que “cet hommage n’ait pas drainé la foule. Krim mérite l’attention de tous les Algériens. C’est un pan entier de l’Histoire de l’Algérie qui avait fait l’objet d’un assassinat politique. Même mort, il continue de déranger un système établi depuis l’Indépendance”.

Près d’un demi-siècle après sa liquidation physique à Francfort, Krim Belkacem dérange toujours un système qui ne voudrait, vraisemblablement, pas enseigner l’Histoire riche et authentique aux futures générations. Encore moins celle des hommes qui avaient libéré ce beau territoire pluriel: l’Algérie.

Photo: Émouvant hommage rendu au héros de la Révolution, jeudi, au carré des Martyrs au cimetière d’El-Alia (Alger). ©Farid Belgacem/ Liberté

Par : Farid Belgacem
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