Algerie - Actualité littéraire

Abdelhafidh Yaha, l'homme constant Il laissera à la postérité ses mémoires



Abdelhafidh Yaha, l'homme constant Il laissera à la postérité ses mémoires

Nadir Iddir - Publié dans El Watan


Il aurait eu 84 ans aujourd'hui. Grand résistant devant l'Eternel, l'ancien commandant de l'ALN et cofondateur du FFS, Abdelhafidh Yaha, est décédé l'année dernière.
S'il y a un mot qui pourrait résumer le parcours de Si Lhafidh, c'est celui-ci : la constance. Depuis toujours. Depuis les rangs des Scouts musulmans (SMA) qu'il a rejoints au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L'organisation lui a permis de connaître le vieux leader nationaliste. A la mi-mars 1947, Messali Hadj s'est rendu, en effet, à Michelet (actuel Aïn El Hammam). Parmi les scouts rameutés par le PPA/MTLD local, il y avait le jeune Yaha. «J'allais sur mes 14 ans.
Ce jour-là, j'étais parmi les jeunes scouts qui avaient constitué une haie d'honneur au leader. De mémoire d'adolescent, je n'ai jamais vu autant de personnes réunies en un même lieu», raconte dans le premier tome de ses mémoires Abdelhafidh Yaha. Deux ans après, le jeune marié émigre en France, où il s'installera avec son père, Bachir Yaha, à Charleville-Mézières, dans les Ardennes. Dans cette ville ouvrière, il intègre une cellule locale du PPA/MTLD. Militant actif, il participe aux manifestations organisées par le parti nationaliste.
En septembre 1954, de retour au pays, il prend tôt contact avec les responsables locaux du parti. «A mon humble niveau, instruit par ma modeste expérience de militant de base actif au pays et dans l'émigration, je m'étais attelé dès mon arrivée en Kabylie à tisser un réseau de connaissances au niveau des archs (tribus) des Illilten, Illoulène et Ath Itsoura. Je pris rapidement mes responsabilités devant la nouvelle situation», raconte plus tard Yaha.
A ses côtés s'engage toute sa famille. Pour le jeune maquisard et ses proches, rejoindre l'insurrection armée, «c'était comme épouser une religion». «Nous n'en sortirons que de deux façons : la mort au combat pour certains, ou alors pour les plus chanceux, assister en acteurs à la fin de la guerre de libération», tranche-t-il. Ils étaient en tout «onze hommes et femmes embarqués dans l'une des plus belles guerres de décolonisation du siècle dernier. Nous le fîmes naturellement. Sans demi-mesures ni calculs».Le père de Yaha et lui étaient les premiers à prendre les armes. Suivront son frère Larbi et Amrane. Les trois mourront.
Commandant de la Compagnie du Djurdjura, Yaha mène sans rechigner le combat jusqu' à la fin. Malgré les privations. Les faits d'armes, qui ont permis d'asseoir sa stature, ne manquaient pas : attentat contre l'administrateur de la commune mixte du Djurdjura, Bighetti de Flogny, opérations contre les soldats, organisation de la région, etc. L'indépendance acquise, le commandant ne baissera pas la garde, puisqu'il reprendra le «combat inachevé» en organisant le maquis du FFS pour lutter contre la dictature naissante, avant d'être contraint de rejoindre l'exil.
L'ultime mission
Selon le journaliste Hamid Arab, qui a recueilli ses mémoires, Si Lhafidh a connu des moments particulièrement difficiles pendant les deux maquis, «mais que le travail pour son éloignement du FFS au lendemain de l'ouverture démocratique l'a marqué plus qu'un autre événement». «Sans Si Lhafidh, il n'y aurait plus de FFS, pour deux raisons au moins. La première, quand en octobre 1963, le colonel Mohand Oulhadj a décidé de se retirer, un seul homme pouvait encore tenir les anciens maquisards, c'était Si Lhafidh (&hellip).
Le FFS ne pouvait tenir sans un homme comme Si Lhafidh, de nombreux anciens militants me l'ont confié. Ensuite, pendant l'exil, Aït Ahmed étant en Suisse, Si Lhafidh était celui qui dirigeait et maintenait le FFS vivant en France, au Maroc et en Algérie, puisqu'il rencontrait les militants et était toujours en contact avec eux», détaille Hamid Arab. Le résistant offrira à la postérité un témoignage saisissant sur cette période, avec ce récit sans pathos, où il ne se mettra pas en avant.
Il faut souligner que les dernières années de sa vie, Si Lhafidh avait senti plus que par le passé le besoin d'écrire sa vie. Mais pas seulement. Comme le montrent ses mémoires, il voulait témoigner et porter la voix, pour ne pas dire faire revivre ses nombreux compagnons d'armes morts pendant la guerre pour l'indépendance et au cours des maquis du FFS. C'était un peu son ultime mission. Une mission qu'il avait prise avec beaucoup de c&oeligur.
Tant est si bien qu'il ne vivait que pour finir ses mémoires. La dernière année, il m'avait confié ceci : «Je veux voir ce livre édité et puis partir rejoindre mes parents et mes anciens compagnons. Il avait mis ses dernières énergies dans l'écriture de ses mémoires.» Hamid Arab a commencé a rencontré Si Lhafidh à Alger puis à Paris. Selon le journaliste, «les moments d'écriture étaient très intenses». «Nous pouvions rester plusieurs jours à travailler jour et nuit sans sortir de la maison. C'était une superbe expérience pour moi. L'évocation de certains compagnons ou situations était particulièrement très douloureuse. Comme ses rapports avec son père.
Un père avec qui il n'avait pris le temps d'échange, car pris par ses responsabilités, la mort d'Aït Medri, les cas de torture de certains compagnons d'armes n'étaient pas faciles aussi. Si Lhafidh tenait à chaque mot, chaque phrase et à chaque nom», se rappelle-t-il. «Personnellement, je garderai toujours de lui l'image d'un homme bon, droit, entier qui avait une très haute idée de la Révolution et de l'Algérie. C'était un homme du peuple qui donnait de l'importance à tout un chacun», poursuit-t-il.  


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