Warda El Djazaïria, qui a chanté pour le dixième anniversaire de l'Indépendance de l'Algérie sur sollicitation du président Houari Boumediène, en 1972, n'assistera pas au cinquantenaire de l'Indépendance algérienne. La grande artiste et patriote est décédée jeudi à l'âge de 72 ans, d'une crise cardiaque au Caire, en Egypte, pays où elle résidait depuis de nombreuses années.
Avec le décès de Warda El Djazaïria, c'est «l'une des plus belles voix d'Algérie et du monde arabe (qui) vient de se taire à jamais», a déclaré la ministre algérienne de la Culture Khalida Toumi. «Elle nous a quittés en laissant derrière elle un silence assourdissant et une profonde tristesse», a ajouté la ministre dans son message de condoléances. La dépouille de la chanteuse sera rapatriée en Algérie après une brève cérémonie au Caire, ont fait savoir hier des responsables égyptiens. «Un avion militaire a atterri à l'aéroport du Caire pour rapatrier la dépouille. Il s'envolera pour l'Algérie vers 12h GMT», a indiqué l'un d'eux. L'enterrement est prévu aujourd'hui au cimetière El Alia, à Alger. Warda El Djazaïria, de son vrai nom Warda Ftouki, est née le 22 juillet 1940 en France de père algérien originaire de Souk Ahras et de mère libanaise. A l'âge de onze ans, elle commence à chanter au «Tam-Tam», un établissement du quartier Latin à Paris, appartenant à son père. Elle reprend, notamment, des chansons de grands artistes orientaux comme Oum Kelthoum, Mohamed Abdalwahab ou Abdelhalim Hafez, avant d'interpréter ses propres chansons sur des airs composés par le Tunisien Sadeq Thuraya. Au déclenchement de la guerre de Libération nationale en Algérie, elle se fait connaître par ses chansons patriotiques en donnant des concerts à travers le monde arabe et en faisant don de ses recettes au FLN. En 1958, suite à son militantisme pour l'indépendance de l'Algérie, elle est obligée de quitter la France pour Rabat puis Beyrouth. Après l'indépendance, elle rentre en Algérie et se marie en 1962. En 1972, le président Houari Boumediène lui demande de chanter pour célébrer l'indépendance de l'Algérie, ce qu'elle fait accompagnée d'un orchestre égyptien. Mais, son mari demande le divorce et c'est ainsi qu'elle décide de consacrer sa vie à la chanson. Elle s'installe par la suite en Egypte et se marie avec le compositeur Baligh Hamdi. Warda connaît un énorme succès en Egypte et ailleurs et travaille avec les plus grands compositeurs arabes, comme Mohammad Abdalwahab, Riyadh Al Soumbati, Hilm Bakr ou Sayyed Mekkawy. Elle joue aussi dans plusieurs grands films égyptiens. A la fin des années 1990, elle fait un retour éclatant avec l'album Nagham el hawaqui mêle orchestration classique et arrangements modernes. Warda El Djazaïria a toujours chanté pour l'Algérie, surtout lorsqu'il s'agit de célébrer l'anniversaire de l'Indépendance ou celui du 1er Novembre 1954. Les gens se rappellent ses mémorables prestations à la Coupole du 5-Juillet, à la salle Harcha ou à l'Atlas à Bab-El-Oued. Notre Warda El Djazaïria (la Rose algérienne) est aimée et adulée pour sa belle voix, sa magnifique interprétation, ses chansons patriotiques... Avec plus de 300 chansons, cette authentique diva de la chanson d'amour a vendu plus de 100 millions d'albums. A l'étranger, El ouyoun essoud, Khalik hena, Dendana, Fi Youm ou leila Lola el malama, Batwannes bik et Harramt ahibbak figurent parmi ses chansons les plus connues. En Algérie, les gens citent plus fréquemment les chansons patriotiques Aïd el Karama ou Biladi ouhibboukidédiées à l'Algérie. Il y a quelques semaines, la diva avait enregistré une dernière chanson, composée spécialement pour le cinquantenaire de l'Indépendance algérienne.
Kader B.
Warda, une voix, un engagement
Warda El Djazaïria aurait bien déclenché des passions, des critiques et des débats au regard de ses positions, de ses chansons et éventuellement de ses choix. Adopter l'Egypte comme terre d'élection n'a pas été non plus du goût de certains, ni l'accent pris pour chanter, ni certains de ses textes. Mais son nom, quoi qu'on dise, reste associé à l'Algérie dans tout ce qu'elle a de beau et d'engageant.
Avec sa disparition, c'est tout un symbole qui s'en va, elle qui a marqué plus d'une génération pas que de ses chansons sentimentales ou patriotiques mais par son charisme, sa résistance, sa passion et ses rigueurs. Le monde de la chanson et de l'art en particulier reste pour celui qui le foule un monde à part fait surtout de sacrifices et de volonté. Ni l'un ni l'autre n'ont manqué à Warda El Djazaïria qui a su s'imposer à une période assez complexe et difficile où une belle voix ne suffisait pas et où la chanson était loin des standards d'aujourd'hui, avec les bimbos siliconées libanaises et égyptiennes qui envahissent les ondes, Warda a été de la trempe de celles qui ont hissé la chanson arabe à un niveau jamais égalé comme Oum Keltoum, Fairouz, Ismahan, Najet Essaghira pour ne citer que celles-là. Elle a su apporter sa marque de fabrique et rendre grâce à la chanson arabe. Elle laisse en héritage un répertoire riche et important fait de chansons sentimentales qui donnent l'envie d'aimer «mais aussi de chansons patriotiques qui donnent la chair de poule». La vie de la petite Warda ne ressemble pas trop à un conte de fées, son ascension n'a pas été des plus faciles, au regard des épreuves qu'elle a traversées. Née à Paris d'un père algérien et d'une mère libanaise en 1939, elle commence à chanter très tôt dans un établissement du quartier Latin le Tam-Tam tenu par son père Mohamed Ftouki. Mais au regard du caractère patriotique des chansons que la petite Warda âgée de onze ans chantait non seulement en France mais aussi dans les pays arabes et dont les recettes revenaient au FLN, elle fut obligée, en 1958, de quitter la France. Warda s'installe alors à Rabat au Maroc, puis à Beyrouth au Liban avant de se fixer à Alger en 1962, suite à l'indépendance du pays. Après un divorce mouvementé venu après avoir chanté à la demande de Houari Boumediène pour les festivités de la fête d'Indépendance en 1972. Son mari n'approuvait pas qu'elle poursuive sa carrière de chanteuse, elle s'installe alors en Egypte qui va devenir une véritable terre d'adoption mais aussi de réussite. Sa rencontre avec le compositeur Baligh Hamdi, avec qui elle se marie, va lui permettre d'enrichir son répertoire de très belles chansons devenues des morceaux cultes pour des milliers d'admirateurs. Warda a vendu plus de 100 millions d'albums à travers le monde pour un répertoire comprenant plus de 300 chansons. Elle a travaillé également avec les plus grands compositeurs arabes, comme Mohamed Abdelwahab ou Sayed Mekawi et tenu aussi des grands rôles dans le cinéma algérien. La dernière sortie ou coup de gueule de Warda aurait été, selon plusieurs médias, la lettre écrite aux responsables de la chaîne Al-Jazeera, il y a juste trois mois, critiquant leur manière d'avoir couvert le printemps arabe : «Vous avez tué des milliers de Libyens et vous continuez de faucher un grand nombre d'innocents en Syrie (…) Vous jurez n'avoir porté aucune arme, et moi je vous réponds que vous avez l'arme de destruction massive la plus puissante : les médias. Si vous faites un mauvais usage des médias, vous tuerez les fils de l'arabisme.» Elle aurait écrit dans la même lettre «si vos maîtres touchent leur salaire du pétrole, vous touchez les vôtres du sang arabe parce que vous êtes des marionnettes dans leurs mains sales, et plus vous mentez, lancez des fatwas et faites perdre la vie aux gens, plus vous êtes payés». Dans cette prise de position, elle aurait rejoint certaines voix qui se sont élevées contre la manipulation et les détournements des revendications légitimes des peuples arabes comme Majda Roumi, entre autres. Décédée le 17 mai au Caire d'une crise cardiaque, la diva algérienne reposera désormais en Algérie. Elle sera inhumée aujourd'hui au cimetière El-Alia.
Nassira Belloula
Bouteflika rend hommage à Warda
Le président Abdelaziz Bouteflika a rendu hommage à la chanteuse Warda El Djazaïria qui a «dédié son art entièrement» à l'Algérie. «Sawt Younadi Ouhibouki ya biladi (Une voix s'élève pour dire je t'aime ô mon pays), des paroles chantées par la diva de la chanson arabe qui auront couronné sa longue carrière artistique et consacré les derniers vers dédiés à sa patrie qu'elle a tant aimée», écrit le chef de l'Etat. Warda «est décédée en Egypte loin de sa patrie. Elle a certes passé sa vie au Caire où elle a gravi les marches de la gloire et côtoyé de grands artistes mais elle sera inhumée dans son pays, celui auquel elle aura voué un amour sacré avant de rejoindre l'Eternel», a encore affirmé M. Bouteflika. La chanteuse «a été rappelée à Dieu alors qu'elle s'apprêtait à célébrer aux côtés de ses concitoyens et concitoyennes le cinquantenaire de l'indépendance et à y apporter sa contribution par ses créations sublimes», a ajouté M. Bouteflika. «La défunte a consacré toute son existence à son art, cet art qu'elle aura entièrement dédié à sa patrie. Elle chantera son pays à travers le monde et fera entendre la voix de sa patrie dans toutes les arènes de l'art, un don de soi qui scellera sa grandeur d'âme», a-t-il encore dit.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Soir d'Algérie
Source : www.lesoirdalgerie.com