
Par Badreddine Nouioua, ancien gouverneur de la Banque d'AlgérieCette question se pose plus particulièrement au sujet des responsables locaux, les walis, les chefs de daà'ra, les présidents d'APC et leurs collaborateurs. C'est d'eux que dépend le succès ou l'échec des tentatives faites par les pouvoirs publics pour relancer, sur le plan local, les investissements. Ces derniers qui sont faibles à l'heure actuelle risquent de diminuer à la suite de la baisse des ressources financières, baisse provoquée par la chute du prix du pétrole.Le gouvernement a eu raison de réunir les walis et d'insister auprès d'eux pour qu'ils se mobilisent et accomplissent leurs différentes missions d'une manière plus engagée, plus énergique. Ils sont notamment invités à intervenir, avec les autres responsables locaux, plus efficacement auprès des hommes d'affaires et à les encourager à investir. Chacun des walis est censé bien connaître les potentialités de sa wilaya, être sur le terrain en contact avec la population et disponible pour aider ceux qui ont des projets à réaliser et inciter ceux qui ont des moyens financiers à les investir.Après la réunion, la presse fait état de multiples actions menées par des walis dans différents domaines. Ils organisent des rencontres pour mieux faire connaître les dispositions destinées à faciliter et à soutenir les investissements. Ils tiennent des séances de travail qui regroupent les membres de l'exécutif et les présidents d'APC.Des instructions sont données aux uns et aux autres pour assurer leurs fonctions d'une manière plus satisfaisante. Ils font également des visites de chantiers pour accélérer l'achèvement des projets et prennent des engagements pour traiter les demandes d'investissement en instance. Pour que ce sursaut salutaire continue à donner des résultats et ne se réduise pas à un feu de paille, plusieurs mesures sont à prendre, notamment par le gouvernement :1- Le climat des affaires dont l'amélioration est un préalable à la relance des activités constitue une préoccupation à l'heure actuelle pour les opérateurs. Ces derniers, qu'ils soient du secteur privé ou public, se plaignent de la bureaucratie et des obstacles qui freinent toute progression. Des hommes d'affaires ne cessent de dénoncer le blocage de leurs projets d'investissement.Récemment, un nouveau wali a déclaré, selon la presse, qu'il a trouvé dans les services plus de 900 dossiers relatifs à des investissements qui sont restés sans suite, certains d'entre eux datent de plusieurs années. Pourquoi ne pas mettre fin à cette situation inacceptable en promulguant une réglementation claire, à faire impérativement respecter ' Une réglementation qui précise que toute demande d'investissement recevra, au terme d'une période déterminée (un, deux mois ou plus), une réponse, qu'elle soit positive ou négative.Dans ce dernier cas, des justifications seront fournies à l'appui de la réponse. Une telle mesure permettra de combattre le laxisme, l'incurie, l'arbitraire de certains responsables ainsi que la tendance à céder à la prévarication et à la corruption. Ces mêmes règles seront appliquées aux modalités de paiement concernant les situations de travaux exécutés pour le compte des administrations centrales, locales et pour le compte des organismes publics.Les retards excessifs et souvent injustifiés pour effectuer le règlement des situations en cause, mettent beaucoup d'entreprises en difficulté et acculent même certaines d'entre elles à la faillite. Afin que la réglementation proposée soit plus transparente, des informations comportant des données relatives au nombre de projets soumis, au nombre de ceux qui sont approuvés et ceux qui sont rejetés devraient être régulièrement publiées.Parmi les projets retenus il y a lieu d'indiquer le nombre de ceux qui sont mis en exécution et de ceux qui sont achevés ainsi que leurs impacts.La mise en place de procédures précises, connues de tous facilitera les relations entre les citoyens et les différentes administrations. Elle obligera également les fonctionnaires et les employés de tous rangs à mieux prendre soin des dossiers qui leur sont soumis, à les traiter dans les délais fixés et empêchera, en même temps, le recours à des pratiques douteuses.2- D'un autre côté, il est peu probable que tous les walis et les autres responsables locaux fournissent les mêmes efforts pour assurer le développement de leurs régions respectives. Certains se montreront plus dynamiques, plus efficaces que d'autres.En vue de les emmener tous à effectuer les tâches jugées nécessaires pour faire avancer les choses, il serait indiqué de préparer une feuille de route qu'ils devront suivre et appliquer. La feuille de route précisera les tâches en question, indiquera, à titre d'exemple, la périodicité des réunions à organiser avec les responsables de l'exécutif de la wilaya, les chefs de daà'ra, les présidents d'APC et les rencontres à tenir avec les hommes d'affaires.Elle fixera également la périodicité des déplacements à faire pour suivre l'état d'avancement des travaux relatifs aux projets, les visites de contrôle à effectuer par les membres de l'exécutif dans leurs domaines respectifs, les comptes rendus à fournir, etc. La feuille de route sera établie par le ministère de l'Intérieur en concertation avec les autres ministères et les walis et fera l'objet d'un suivi de la part de ses services.3- Les initiatives provenant des responsables locaux et des particuliers donneront certainement un élan aux activités économiques. Cependant, il est préférable que ces initiatives se déroulent dans le cadre d'un plan de développement de la wilaya. Le plan établi en tenant compte des potentialités existantes dans tous les domaines mentionnera les branches où il convient d'intervenir et orientera ainsi les actions à mener. Il permettra, en outre, de suivre l'état d'exécution des programmes retenus, de mesurer les progrès réalisés et de faire ressortir les lacunes à corriger.4- Il est à noter toutefois que des doutes existent malheureusement quant à l'aptitude des responsables locaux à mener à bien les missions qui leur sont confiées. Vont-ils être capables de promouvoir les investissements, de découvrir des entrepreneurs, de les accompagner, de les encourager, d'enlever les obstacles qui les handicapent, et ce, d'une manière sérieuse et continue ' Sauront-ils mettre de l'animation dans les activités qui créent des richesses, réduisent la pauvreté, le chômage et améliorent le niveau de vie des populations ' Les doutes en question sont le produit de l'état de délabrement et d'anarchie dans lequel se trouvent toutes les agglomérations presque sans exception. Partout on constate des chaussées défoncées, des trottoirs dénivelés, des rues sans nom, des ordures répandues même dans le centre des villes, l'absence de feux pour régler la circulation,etc. Des quartiers entiers sont construits sans le respect des règles les plus élémentaires de l'urbanisme, d'autres sont livrés à eux-mêmes et se transforment en lieux où prolifèrent de nombreux fléaux (vente de drogues, écoulement d'objets volés, etc.) et où règne l'insécurité. Une campagne a été engagée pour réaliser des marchés couverts ; une fois achevés, certains sont à l'abandon, d'autres sont occupés. Parmi ces derniers, quelques-uns sont dans un état de saleté repoussante. Entre-temps, le commerce informel s'installe en toute liberté là où il y a un espace libre, empêche les négociants qui sont en règle de travailler, gêne le déplacement des piétons, la circulation des voitures et perturbe les habitants des alentours. D'autre part, des produits alimentaires sensibles tels que le pain, le fromage, le poisson, les dattes sont vendus sur les trottoirs ou au bord des routes sans déranger personne.Des zones industrielles où activaient plusieurs entreprises publiques, nationales et locales ont été désertées après la liquidation massive de ces entreprises. Elles sont restées longtemps à l'abandon, en train de se dégrader puis elles ont été, petit à petit, occupées pour servir de dépôts à des marchandises importées et de parkings pour des bus et des camions. Par contre, on n'arrête pas de déplorer paradoxalement le manque de terrains fonciers.Tout le monde sait que les carences et les insuffisances dans la plupart des domaines sont nombreuses au niveau local. Pourtant dans chaque wilaya se trouvent, en plus du wali, des chefs de daà'ra, un exécutif comprenant des directions (agriculture, industrie, commerce, santé, urbanisme...) représentant les différents ministères. Comme il existe au niveau de chaque commune un président d'APC avec des élus disposant de structures administratives.Quant aux services de sécurité, ils sont implantés en nombre dans les principaux endroits.Tous ces responsables sont dotés de l'autorité et des pouvoirs nécessaires pour exercer leurs fonctions.Le manque de ressources financières ne peut être avancé, du moins pas dans tous les cas, pour excuser le nombre élevé des insuffisances.En effet, le développement local a toujours bénéficié d'une part importante des fonds de l'Etat et les budgets des différentes instances locales ont été renfloués par les mêmes fonds d'une manière régulière. Etant donné la situation décrite ci-dessus, la population se demande si des tâches ordinaires et souvent simples ne sont pas prises en charge correctement, comment des actions plus complexes qui requièrent un savoir-faire, de l'engagement, de la persévérance, de l'intégrité, le rejet de l'attrait de l'affairisme pourraient-elles être accomplies d'une manière satisfaisante?'5- Il est certain que les agissements et les comportements d'une grande partie des citoyens, qu'ils soient de condition modeste ou fortunés, vont souvent à l'encontre d'une bonne gestion des collectivités locales et ne contribuent pas à leur développement effectif.Leur absence de civisme, leur indiscipline, leur non-respect des règles d'hygiène, leurs multiples nuisances sèment le désordre, l'anarchie et sont à l'origine du délabrement des agglomérations. En ce qui concerne les citoyens fortunés, leur souci est de continuer à s'enrichir en utilisant parfois les moyens les plus faciles et les plus rapides pour y parvenir.La plupart pratiquent des activités de services : commerce, transport, import, restauration, sinon ils investissent dans l'immobilier ou procèdent à des transferts de fonds vers l'étranger en se servant de canaux illégaux. Certains d'entre eux n'hésitent pas à recourir à la spéculation, à la contrebande et à la fraude pour accroître leurs gains.Les entreprises qui se créent dans d'autres secteurs que les services sont le plus souvent de petite ou de moyenne taille et sans envergure. Celles qui relèvent du secteur des travaux publics et de celui de l'habitat par exemple travaillent, la plupart du temps, sans méthode, sans qualification technique, sans équipements suffisants et sans effectifs bien formés. D'où des chantiers qui traînent, des mois, des années parfois, et des travaux qui, une fois terminés, présentent des malfaçons. Quant aux entreprises, qui opèrent dans le secteur industriel, elles se contentent de faire plutôt du montage et du conditionnement. Les matières premières et les produits naturels disponibles sont rarement exploités. Notre pays importe, à titre d'exemple, des quantités énormes de matériaux de construction alors qu'on trouve partout de l'argile, du calcaire, du gypse, du marbre, du granit, etc.. Dans le secteur agricole, des étendues importantes de terre sont en friche, notamment dans les Hauts-Plateaux. Même dans les régions cètières, des plaines fertiles sont à l'abandon ou occupées très partiellement par des serres. Dans plusieurs cas, elles sont envahies par des constructions. Un peu partout des flancs de montagne sont dénudés. Il y a quelque temps, un ministre de l'Agriculture a annoncé qu'un million d'oliviers allaient être plantés, mais depuis, il n'y a eu aucune suite. Les agriculteurs se résignent, les années où ils ont une bonne récolte, à jeter des fruits et des légumes faute d'installations pour les traiter. D'une manière générale, rares sont les entrepreneurs qui s'appliquent, qui cherchent à exploiter et à mettre en valeur les potentialités qui existent dans le pays, qui introduisent des innovations, qui se conforment aux normes et aux standards internationaux, qui s'efforcent d'atteindre des performances et qui visent le long terme.6- Pour toutes les raisons signalées ci-dessus et à cause plus particulièrement des carences des responsables locaux et du manque de civisme des citoyens, aucun village, aucune ville n'offre un cadre de vie agréable où les beautés et les avantages inestimables dont notre pays est doté sont mis en relief. Le paysage urbain se distingue par des bâtiments construits sans soin et qui n'ont aucun cachet, à l'exception de quelques immeubles qui datent du temps de la colonisation.Leurs murs défraîchis sont couverts d'appareils de climatisation et d'antennes de télévision et à leurs fenêtres pend, à longueur de journée, du linge multicolore exposé au soleil pour sécher. Les rues principales où s'alignent, dans la plupart de cas, des gargotes étroites et obscures, où flottent des mauvaises odeurs et des boutiques achalandées sans goût sont encombrées par des voitures dont les conducteurs ne respectent rien et accentuent par leurs comportements le chaos. Elles sont également occupées par des femmes et des hommes avec des mines, le plus souvent, renfrognées et qui circulent d'une manière indisciplinée dans tous les sens. Beaucoup de ces femmes sont enveloppées dans des vêtements sans éclat qui font disparaître les formes de leurs corps et font ressembler certaines d'entre elles à des baluchons. C'est là le résultat d'une obéissance aveugle aux injonctions menaçantes de charlatans et de psychopathes misogynes qui propagent des interprétations tendancieuses ou plutôt inexactes des textes sacrés. Comme ils sont incultes, ils sont insensibles à la beauté et indifférents aux principes et autres valeurs qui font l'essence de l'islam. Leur attachement à la religion se manifeste par l'importance exagérée accordée aux apparences qui sont souvent trompeuses et qui sont l'apanage des hypocrites et que l'islam rejette avec force. Quant aux hommes, plusieurs d'entre eux sont accoutrés d'une drèle de façon. Quelques-uns d'entre eux exhibent leur prétendue piété à travers de longues barbes, des kamis raccourcis et un langage où le nom de Dieu est évoqué, à tort et à travers, à chaque phrase.Par contre, ils ne montrent aucun civisme dans leur conduite. Par ailleurs, des sites magnifiques, situés au bord de la mer qui auraient dû être préservés sont enlaidis par un habitat précaire hideux ou par des constructions édifiées, comme d'habitude, sans originalité. Aucune région, d'autre part, n'a connu un développement économique et social réel qui est le résultat d'activités diversifiées, saines, tournées vers l'avenir. Des activités qui engendrent des richesses, qui créent des emplois, qui aident les travailleurs à se perfectionner et à augmenter leur productivité, et qui contribuent ainsi à améliorer les conditions de vie.7- Après les instructions claires et fermes données par le gouvernement, il est attendu des walis et des autres responsables locaux qu'ils se mobilisent pour apporter des changements profonds dans la manière d'exercer leurs fonctions, ainsi que dans leur environnement. Ils devront utiliser l'éducation, la persuasion et la coercition lorsqu'il le faut pour inciter et forcer les citoyens à mieux se comporter dans la cité. Beaucoup de walis ont fait preuve ces derniers temps de dynamisme pour mettre de l'ordre dans leurs services, pour régler les problèmes qui se posent, pour promouvoir les investissements.Il importe que ce sursaut se généralise, perdure, donne lieu à une meilleure prise en charge des tâches administratives habituelles ainsi que celles relatives à la gestion locale. Il importe également que le souci du développement économique et social prenne place parmi les priorités et se traduise par des actions qui contribuent à le concrétiser.A cet effet, il s'agit tout d'abord d'accélérer l'achèvement des programmes en cours de réalisation, d'aider les entreprises en activité à évoluer, à devenir plus performantes et à atteindre un niveau d'intégration plus élevé. Il faudrait, d'autre part, persuader les hommes d'affaires à investir en vue d'exploiter les potentialités de la wilaya et d'introduire de nouvelles activités susceptibles de préparer un avenir meilleur pour eux-mêmes et pour leurs enfants. Il appartient toutefois aux pouvoirs publics, à l'échelle centrale, de faciliter et de soutenir le travail des responsables locaux en leur accordant plus de pouvoirs et de moyens, en cas de besoin, en comblant les vides juridiques et en instaurant un environnement favorable.La crainte de ces responsables que la fermeté risque de provoquer des troubles n'est pas justifiée. La majorité de la population approuve, au contraire, l'exercice rigoureux de l'autorité, exercice qui se fait dans le respect des règlements, des personnes et des biens et qui met fin au laisser-faire, aux dépassements et aux abus. De la sorte, la confiance de la population sera restaurée.C'est là une condition pour obtenir son adhésion et son soutien, lesquels permettent aux actions entreprises d'aboutir et aux différentes régions du pays d'avancer dans la voie du progrès.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : B N
Source : www.lesoirdalgerie.com