Certains Marocains en veulent à l'Algérie parce que, expliquent-ils, son refus d'ouvrir sa frontière terrestre avec le Maroc aggrave la crise sociale dans Oriental. D'autres estiment qu'à trop se focaliser sur cette frontière fermée, on oublie que l'économie marocaine a des problèmes structurels dus à sa trop grande dépendance de l'économie européenne, aujourd'hui en crise.
Abdessamed est taxieur. C'est un Marrakchi qui connaît comme sa poche l'ancienne capitale des Almoravides et des Almohades. Il nous promène entre les quartiers cossus - où résident la ''Jet set'' marocaine, les stars internationales du cinéma et les ''politiques'' et grands couturiers français - et les quartiers pauvres de la Médina, où les gens vivent avec moins d'un euro (10 dirhams) par jour. La promenade se termine au point de chute de tous les touristes de passage dans la ville ocre: la Place de Jamaa Lafna, où, du temps des dynasties islamo-berbères marocaines, avaient lieu les exécutions des criminels et autres mécréants et apostats. ''Ici, nous ne comprenons pas pourquoi les dirigeants des pays du Maghreb, et surtout nos dirigeants (marocains et algériens, s'entend) ne mettent pas, une fois pour toutes, leurs différends de côté pour réaliser le v'u des peuples de la région.
Au café des ''Négociants'', implanté sur un des plus célèbres boulevards du quartier de Guéliz, où sont concentrés les magasins de luxe et des grandes franchises du textile-habillement, Allal a une autre vision des choses. Il est direct, comme tous les Marocains: ''Pourquoi on n'ouvre pas cette frontière' '' tempête-t-il. ''Les gens de l'Oriental (provinces du Nord-est marocain, NDLR) souffrent, le commerce est mort, il n'y a pas d'investissements. La situation est difficile'', ajoute t-il, exprimant sa colère contre ''les dirigeants du Maghreb''.
Vu de Marrakech, la situation sociale dans l'Est du Maroc paraît pénible. Les frontières terrestres entre les deux pays ont été fermées en 1994 par l'Algérie comme mesure de réciprocité après que Rabat ait imposé le visa aux Algériens à la suite de l'attentat terroriste de l'hôtel Atlas-Asni à Marrakech. Le Maroc, à l'époque, soupçonnait les services secrets algériens d'en être les commanditaires.
L'Algérie, un pays de ''riches''
Nous reprenons le taxi pour revenir à notre hôtel, sur la route des montagnes de l'Ourika, là où les cimes sont toujours enneigées, été comme hiver. La sentence tombe, soudaine: ''Vous les Algériens, vous avez de l'argent à n'en savoir que faire. Votre argent dort et ne travaille pas, c'est dommage pour le Maroc et la solidarité maghrébine'', nous assène ce chauffeur de taxi, dont la belle famille est algérienne, de Touggourt.
La même conviction est celle d'un cadre de la deuxième plus importante banque du Maroc, Attijariwafa Bank: ''Vous avez beaucoup de liquidités, beaucoup d'argent, mais qui n'est pas investi ni rentabilisé''. ''Pourquoi toutes ces réunions (de l'UMA, NDR) pour rien ' s'interroge-t-il. ''Nous attendons plus de concret, la fin des fausses promesses. Comme la réouverture des frontières entre le Maroc et l'Algérie'', affirme t-il.
Pourtant, la fermeture des frontières terrestres algéro-marocaines ne semble pas empêcher un lucratif commerce au noir de prospérer. ''J'ai un parent qui fait la navette Rabat-Oujda et Bouarfa. Il travaille dans le trafic d'essence (les hallabas). Ca marche plutôt bien pour lui'', résume pour Maghrebemerbent.info un agent commercial d'une franchise européenne de montres de luxe à Rabat.
''Le Maroc a d'autres problèmes que la fermeture des frontières algéro-marocaines''
''Vu sous cet angle (celui de la réconciliation algéro-marocaine, NDR), il est certain que le rapprochement entre les pays maghrébins est remis aux calendes grecques'', estime un membre d'une association de la société civile marocaine à Rabat. ''Ici au Maroc, on focalise trop sur la réouverture des frontières, comme si elle était la réponse immédiate aux problèmes économiques structurels du pays, dont l'économie est arrimée à l'UE, qui traverse une sévère période d'austérité'', ajoute t-il. Et puis, ''la réouverture des frontières ne va pas faire revenir les grands donneurs d'ordre des secteurs les plus performants, comme le textile-habillement'', souligne t-il.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Boualem Alami
Source : www.maghrebemergent.info