
Visiblement, le Président va mieux. Ce n'est pas un bulletin de santé officiel sorti de la Présidence qui le dit, mais le tout nouveau patron du FLN. Avec une certaine assurance dans les propos, peut-être parce qu'en tant que médecin il pense avoir la faculté de pouvoir établir un diagnostic à distance.Le toubib de circonstance va même plus loin, en affirmant que «le Président se remettra à marcher dans quelques mois». Bouteflika, selon lui, retrouvera donc bientôt l'usage de ses membres inférieurs et pourra renouer avec ses déplacements. L'information, qui a valeur de scoop, est livrée subrepticement pour mieux distiller l'effet de surprise, mais sûrement pour enlever tout doute sur l'évolution positive de l'état de santé du premier magistrat du pays, qui, rappelons-le, traîne un handicap physique suite à un AVC.Mais sans pour autant préciser si la lecture ? ou la spéculation ? qui est tirée de cette évolution est scientifiquement crédible. L'ambiguïté est dans la spontanéité de l'affirmation. Ould Abbès a-t-il cédé à un caprice d'optimisme en faisant une telle projection, alors que les experts médicaux conseillent la prudence dans ce type de pathologie, même si les soins et les traitements administrés pour la circonstance sont intensifs et surtout de pointe 'La vraie question, en fait, est de savoir si le cacique du vieux parti a, par excès de confiance (ou de zèle) pris sur lui le risque de balancer une nouvelle aussi sensible dans une perspective politique à géométrie variable qu'il prend en charge immédiatement dans son programme, ou si cette info, qui vaut son pesant, lui a été soufflée pour les mêmes motivations. Connaissant l'attitude d'extrême vigilance qui le caractérise, surtout dans cette période de troubles, où son parti ne peut plus se permettre le luxe de tensions encore plus ravageuses, d'aucuns pencheront pour la deuxième hypothèse, qui semble de loin la plus plausible.Le docteur ne pourrait être ainsi que la courroie de transmission d'une projection politique, dont les contours ont déjà été dessinés par les stratèges du sérail, qui veulent l'articuler sur le registre de l'amélioration constante des capacités physiques du Président, et par extension, de son aptitude à assurer une gouvernance encore plus efficace dans les années à venir.Ils ont déjà commencé depuis quelque temps à mettre en branle cette perspective à travers les images diffusées par la Télévision nationale relayée par les écrans privés arrimés au cercle des décideurs. Ces images sont destinées à frapper les esprits en montrant un Président en meilleure disposition physique que d'habitude, pour ne pas dire tout simplement en meilleure forme, un Président qui retrouve les sensations que procurent les sorties officielles publiques, dans lesquelles il redevient le principal centre d'intérêt.En se rendant au nouvel Opéra d'Alger, en inspectant le chantier grandiose de la nouvelle mosquée d'Alger, en se recueillant sur la tombe des martyrs au cimetière El Alia, pour ne citer que ces trois derniers déplacements, qui ont fait l'objet d'une large couverture médiatique, Bouteflika en s'extirpant des salons feutrés de la présidence de la République est replongé dans la réinsertion d'une activité présidentielle «normale» sur le terrain des opérations. On a même vu un Bouteflika plus décontracté et qui, contrairement aux séquences habituelles mixées de loin par la télé étatique, a pu lever légèrement le bras gauche pour applaudir, signe incontestable d'un progrès psychomoteur tangible.Le mouvement est certes significatif, mais si Ould Abbès parle de «remise sur pieds» qui ne saurait tarder, c'est pour les besoins d'une propagande qui vise le long terme. Pour être plus clair, cette régénération fonctionnelle, si elle suscite autour d'elle des sentiments de satisfaction non dissimulée, est plutôt par anticipation mise au service d'un objectif politique qui n'est désormais plus qu'un secret de Polichinelle puisqu'il vise l'horizon qui va au-delà de? 2019. Avec un bilan de santé un peu plus rassurant, mais sans plus, voilà que le cercle présidentiel voit déjà s'ouvrir à lui les portes d'un cinquième mandat qu'il considère comme un apanage que personne ne pourrait lui contester.Pour cela, les réseaux non officiels et les lobbys de tous acabits sont activés dans une première phase pour faire entrer dans les esprits des Algériens cette idée qui ne semble plus relever de la chimère comme elle l'était il n'y a pas si longtemps. Le message est limpide : Bouteflika va mieux, il pourra remarcher, pourquoi donc se priverait-il d'un ultime mandat si son état de santé est au rendez-vous ' Des sites électroniques proches du Pouvoir ont commencé par annoncer la couleur. Ils ont été relayés par des personnalités politiques, d'anciens ministres notamment, qui tentent de se replacer, des membres du gouvernement actuel, qui reprennent la leçon, et tout dernièrement le chef du FLN, qui ne cache pas son admiration à une telle initiative.Le quatrième mandat, qui avait provoqué une forte résistance et des remous dont les conséquences sont ressenties à ce jour, n'est pas encore achevé qu'on se mobilise sans aucune retenue pour un autre bail, sans savoir de quoi sera fait demain. L'après-Bouteflika est dans cette optique remis aux calendes grecques, puisque le cercle présidentiel, qui détient le pouvoir absolu, n'imagine même pas l'ombre d'une alternance démocratique qui viendrait remettre en cause ses plans. Et c'est dans l'ambiance de cette perspective hallucinante que le Président a pris le soin d'inviter, d'une part, les médias à «dire la vérité au peuple» et, d'autre part, à menacer l'opposition, coupable de «déstabilisation du pays».Quelle vérité serait bonne à dire quand tout ce qu'écrit la presse contredisant les thèses du Pouvoir est à inscrire sur le compte de la diffamation, voire de l'anti-patriotisme ' Et qui déstabilise lorsque c'est le régime lui-même, par son enfermement, qui fait asseoir le pays sur une poudrière ' Le Président va mieux, on vous le dit, il faut s'y conformer? pour le reste, tout porte à croire que ça ne nous concerne pas.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abderezak Merad
Source : www.elwatan.com