Alger - A la une

Vrai procès ou justice-spectacle '



Quelques jours après l'appel lancé par Ahmed Gaïd Salah pour accélérer la cadence du traitement des affaires judiciaires, la communication officielle se met en branle. Après la détention d'Ali Haddad, ancien président du FCE et proche des Bouteflika, le parquet d'Alger a annoncé, samedi, la convocation de deux autres gros poissons : il s'agit de l'ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia, et de l'actuel ministre des Finances et ancien gouverneur de la Banque d'Algérie, Mohamed Loukal. L'annonce, diffusée en grande pompe par les médias publics, a fait l'effet d'une bombe. La présence massive de citoyens qui guettaient hier l'apparition d'un Ahmed Ouyahia, l'homme qui a cristallisé des années durant la colère des Algériens, est la preuve de cette soif de justice que les millions de citoyens, qui sortent manifester chaque vendredi et les autres jours de la semaine, appellent de leurs v?ux. C'est la preuve que les Algériens veulent du concret et que parmi les changements les plus souhaités, la réforme de la justice occupe une place de choix. Mais cette ferveur a tout de suite été refroidie par une déclaration succincte du ministre des Finances.Parti installer le nouveau directeur général des Douanes, alors qu'il était attendu au tribunal Abane-Ramdane, Mohamed Loukal a démenti avoir reçu une convocation de la justice. Ou c'est le ministre qui ne dit pas la vérité ou c'est le pouvoir (dont la source n'est pas identifiée dans le cas présent) qui veut faire une simple opération de communication. Le choix des personnalités à conduire devant les tribunaux n'est pas fortuit.
Ahmed Ouyahia, l'homme des sales besognes comme il se définissait lui-même, est en effet l'une des figures les plus exposées du système Bouteflika. Même s'il dénonçait la maffia durant les courtes périodes passées loin des affaires, l'homme a su s'adapter au système mis en place par "la bande". En plus d'être Premier ministre, il était président du Conseil des participations de l'Etat. La probabilité de le voir impliqué dans l'attribution de marchés publics ou de trouver son empreinte dans le blocage de certains projets est donc très plausible.
Plus que cela, son poste de premier responsable des choix économiques, qui se faisaient au sommet de l'Etat (notamment depuis 2014), le plaçait en pole position de fusible à sacrifier avant les autres. Il en est de même pour Mohamed Loukal qui, en plus de représenter la symbolique d'être un ministre en exercice convoqué par la justice, faisait partie du dispositif de Saïd Bouteflika pour financer une partie des oligarques. Mais dans cette toile d'araignée tissée par le régime d'Abdelaziz Bouteflika pour détourner, au moins, une partie des fonds publics au profit d'un nombre très restreint d'hommes d'affaires, les intervenants sont nombreux. Depuis 2004, plusieurs hommes ont occupé la fonction de Premier ministre. En plus d'Abdelaziz Belkhadem qui a occupé le poste durant deux années, d'autres hommes font partie intégrante du système. C'est le cas d'Abdelmalek Sellal et d'autres ministres encore. Seront-ils convoqués ' Il est très tôt pour confirmer ou infirmer une telle éventualité. Des informations circulent sur une interdiction de quitter le territoire national qui frapperait l'ancien directeur de campagne d'Abdelaziz Bouteflika.
Sa femme serait également concernée par la même mesure, qui toucherait également d'autres anciens responsables. C'est justement là où l'interrogation est plus pertinente : pourquoi se limiter à surmédiatiser la convocation d'Ouyahia si ce n'est pour faire le buzz, d'autant que l'homme bénéficie du privilège de la juridiction ' Cherche-t-on ainsi juste à calmer la rue '

A. BoukhleF
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