Alger - Revue de Presse

Vol au-dessus du volcan de la réforme



Une fois n?est pas coutume. On apprend que les gradés de la hiérarchie du système scolaire -les chefs d?établissement- se mettent en rébellion. Une première en Algérie. Elle est à mettre à l?actif du processus de mise en ?uvre de la réforme. La tutelle les aurait sanctionnés pour insuffisance de rendement, leur appliquant le même type d?évaluation que celle qu?ils ont l?habitude d?appliquer aux pauvres potaches. A Sidi Bel Abbès , ce sont des enseignantes d?un établissement scolaire qui se retrouvent terrorisées par leur supérieur hiérarchique en ce jour de rentrée, censé être un jour de fête. Les plaintes des victimes sont restées lettre morte une semaine après. Dans la banlieue d?Alger, un directeur d?école refuse d?obtempérer aux ordres de sa tutelle qui l?a remplacé par un collègue. Une belle pagaille dans le hall au vu et au su des élèves, de leurs parents et des enseignants. La liste est longue des cris de colère qui jaillissent des entrailles d?un colossal système éducatif fossilisé par trois décennies de dysfonctionnement. Le plus cocasse de ce déballage médiatique reste l?argument avancé par les 24 enseignants sanctionnés par l?Académie d?Alger. Dans leur lettre de protestation remise à la presse nationale, ils reprochent à l?inspectrice l?usage de la langue française lors des réunions de travail. Sont- ils monolingues à ce point ? C?est là une autre bizarrerie de la politique de promotion interne en vigueur depuis des décennies. Il y a fort à parier que la réhabilitation de la langue française dans l?école publique n?a pas reçu que des applaudissements. Du côté des enseignants de lycée, le mécontentement a surgi à la lecture de leurs emplois du temps. De nouvelles filières ont apporté des nouvelles disciplines à enseigner. Personne n?est préparé à les enseigner et le chef d?établissement distribue les postes en fonction des surnombres ou des horaires à combler. Cela nous ramène à 1981 lorsque le MEN avait imposé le changement de langue de travail aux enseignants de mathématiques, de physique et de sciences naturelles. En trois mois, ils devaient se mettre à l?arabe pour dispenser leurs cours. Une folie ministérielle qui a,depuis, gangrené le rendement professionnel de ces dizaines de milliers d?enseignants. Beaucoup ignoraient jusqu?à la graphie de la langue d?El Moutannebi. Autre point noir : les achats de rentrée scolaire Les millions de parents aux salaires de misère sont passés à la moulinette. L?allocation de 2000 DA n?a pas tenu la route ; les dépenses sont faramineuses. Comme si les achats traditionnels ne suffisaient pas, voilà que cette année les manuels scolaires pénètrent au hit-parade des dépenses. Combien de parents ont acheté la totalité des livres exigés ? Ce sombre tableau nous permettra de nous remémorer la triste habitude prise par certains parents depuis quelques années. Ils retirent de l?école un ou deux de leurs enfants - la fille en priorité - pour pouvoir financer la scolarité des autres. La pauvreté rampante renforce l?apartheid scolaire qui pointe avec la réintroduction des examens de passage ( 6° et Brevet). Seuls les enfants de riches jouiront des bienfaits de l?instruction. Et dire que des solutions existent pour empêcher l?apparition du « darwinisme » scolaire caractéristique des pays capitalistes des siècles passés !
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)