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Vive la neige



Vive la neige
La campagne de congrès constitutifs des nouveaux partis a été stoppée nette par les intempéries. Comme la plupart des activités nationales.
Place à la Protection civile, à la gendarmerie et à Sonelgaz qui, elles, activent sans répit. Ce qui n'a pas empêché de multiples coupures de courant, la fermeture de dizaines de routes, l'isolement de régions entières et le décès de seize personnes, plus souvent victimes de la route que du froid ou des inondations.
Malgré les privations, les dégâts et les douleurs, la neige diffuse un air de bonne humeur. Une colline drapée de blanc, c'est plus beau à voir que la comédie lénifiante ou menaçante d'un homme politique devant un microphone. Ce qui crée cette sensation de bien-être, c'est peut-être cette vertu qu'a la neige de dissimuler, le temps de sa persistance, les horreurs d'insalubrité qui font notre environnement. Même Alger a l'air propre !
On pardonne alors l'impuissance de l'Etat devant les difficultés et les dommages créés par les intempéries. On a l'habitude : les autorités interviennent après la catastrophe à coups de communiqués, devant les caméras et en étalant les montants qu'elles peuvent débloquer pour réparer les dégâts.
Les seuls dangers qu'elles anticipent sont ceux qui viennent des mouvements sociaux, des révoltes citoyennes ou des soulèvements politiques. Les chasse-neige ne servent pas à déneiger mais à mater les émeutes. Ce n'est d'ailleurs pas les collectivités locales qui en disposent, mais les unités de maintien de l'ordre. 'Ce sont des chasse-peuple', disait un épicier à un client qui s'inquiétait de ne pas voir ces engins intervenir pour ouvrir le passage encombré.
De toute manière, le ministère de l'Intérieur, pour la circonstance, transformé en fabrique de partis politiques, continue à tourner. Qui veut-il tranquilliser ' Quand Daho Ould Kablia s'exprimait, avant-hier, en pleine inquiétude météorologique, c'est pour assurer que l'opération de délivrance des récépissés de dépôt des dossiers constitutifs de nouveaux partis politiques allait se poursuivre 'en toute équité et transparence'. Ce n'est certainement pas aux populations éprouvées par le mauvais temps, les pannes d'électricité, la pénurie de butane et l'impraticabilité des voies de communication, mais aux ambitions qui se tendent vers lui depuis l'annonce d'une remise en jeu de parcelles de pouvoir. De nouvelles recrues, qui n'ont pas encore leur parti et que nous ne connaissons pas encore, nous expliquent que voter, c'est 'consolider la démocratie' ou que le boycott 'serait une grave erreur'.
Pour mettre tout ce monde au travail, il faut ouvrir les routes et faire en sorte que les Algériens cessent de grelotter de froid pour tendre l'oreille aux discours de campagne. Le mauvais temps perturbe la jonction entre les ambitions dormantes, que le pouvoir tente de réveiller, et sa stratégie d'atomisation électorale d'une opposition qu'il est en train de nous composer au ministère de l'Intérieur.
En attendant que ce paysage politique s'impose à eux, les Algériens profitent, avec contentement, du paysage : une Algérie passagèrement propre, blanche, immaculée. Vive la neige.
M. H.
musthammouche@yahoo.fr
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