L’UPM en toile de fond
François Fillon est à Alger, depuis hier, pour signer officiellement, dit-on, un important accord de coopération dans le nucléaire civil. La signature d’un accord de coopération dans le nucléaire civil a été évoquée lors du dernier déplacement du président Sarkozy.
Le Premier ministre français évoquera également lors de sa rencontre avec le président Bouteflika, prévue aujourd’hui, le projet de l’UPM qui demeure pour l’instant le sujet le plus sensible. En effet, la participation algérienne n’est pas encore tranchée. L’Algérie n’a pas encore répondu d’une façon claire à l’invitation que lui a adressée la présidence française à participer au sommet de l’Union Pour la Méditerranée prévu le 13 juillet prochain à Paris. La présence annoncée d’Israël à ce sommet risque de compromettre celle de nombreux pays dont la Syrie, le Liban, la Libye et l’Algérie. Le Maroc, l’Egypte et la Tunisie, eux, devraient en principe y prendre part car n’ayant formulé jusqu’ici aucune objection. Le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, a ainsi récemment demandé, au nom des pays arabes, des «clarifications sur les conséquences» de l’entrée de l’Etat hébreu dans l’UPM. Et la réponse est venue de la bouche du Premier ministre français, François Fillon, qui affirmait qu’Israël serait invitée au même titre que les autres Etats voisins du pourtour méditerranéen. En clair, l’Etat hébreu serait considéré comme un membre à part entière, jouissant des mêmes droits et devoirs que les autres Etats et qu’il est vain, voire illusoire, de rabaisser son niveau de représentation. Pourtant, du côté français, le président Nicolas Sarkozy continue d’affirmer que la présence d’Israël ne posait «pas de problèmes» à des pays arabes. Pour amener les autorités algériennes à plus de souplesse, Paris ne lésine pas sur les moyens, y compris économiques pour arriver à ses fins. François Fillon débarque à Alger accompagné d’une douzaine de dirigeants de grandes entreprises françaises (Total, EADS, DCNS, GDF, Saint-Gobain, Arianespace, Lafarge et Schneider Electric, pour tenter de convaincre les entreprises encore réticentes à s’implanter en Algérie et pousser les avantages français face à la concurrence féroce des pays émergents (Chine, Inde) et des pays européens (Italie, Espagne et Allemagne). Si, au plan énergétique, l’Algérie assure une part importante des besoins français (en deux ans, la facture de la France s’étant accrue de plus d’un milliard d’euros et représente 49,4% du total des échanges), il n’en demeure pas moins que le flux des investissements directs (IDE) français est jugé «encore très insuffisant» par les Algériens. Autre dossier ultrasensible dans les relations algéro-françaises, l’octroi des visas et la gestion des flux migratoires devraient faire l’objet d’un accord cadre entre l’Algérie et la France. Cette dernière semble ainsi accéder aux vœux des Algériens qui souhaitaient depuis longtemps un «assouplissement des conditions d’octroi des visas» en contrepartie de garanties pour stopper le flux migratoire qui prend des proportions alarmantes. Récemment, l’Algérie et la France ont signé à Alger, à l’occasion de la courte visite de Nicolas Sarkozy, un accord sur l’exemption réciproque de visas de court séjour pour les titulaires de passeport diplomatique. La ratification d’une telle mesure n’a aucune incidence particulière dans la mesure où les diplomates, de par leur fonction, ont toujours bénéficié de «facilitations particulières» dues à leur rang. Si les autorités algériennes souhaitent plus de «fluidité» et «souplesse» dans l’octroi de visas pour leurs ressortissants se rendant en France, Paris exige toujours la réciprocité pour ses propres citoyens se rendant en Algérie. L’année dernière, les services consulaires français ont délivré quelque 34.000 visas de circulation aux Algériens. Fillon a même abondé dans ce sens, hier à Alger, en indiquant qu’il y a une augmentation du nombre de visas octroyés par la France aux ressortissants algériens, «qui sont passés de 50.000 en 1995 à 126.000 en 2006». Mais les Algériens, qui constituent pourtant la première communauté étrangère en France (plus de 2 millions), ne doivent donc pas s’attendre à plus de souplesse dans l’octroi de visas. Même si la France vient de décider de relever à 50% le taux des visas octroyés à la catégorie économique des voyageurs, la majorité des demandeurs de ce précieux document peine à obtenir ce sésame nécessaire à leur séjour en France. De même, les chefs d’entreprise et autres fonctionnaires éprouvent d’énormes difficultés à obtenir leur visa d’entrée en France. Les conditions du regroupement familial -premier motif de venue en France- sont de plus en plus restrictives pour ne pas dire impossibles à satisfaire. Si côté français, la crainte de l’immigration clandestine est telle, l’obtention d’un visa de tourisme est devenue des plus aléatoires pour n’importe quel citoyen algérien. Officiellement, on annonce le taux de 60% environ des demandes de visa satisfaites, mais la réalité sur le terrain révèle que ce chiffre est loin de correspondre au taux officiel annoncé. La liste des dossiers rejetés de façon «incompréhensible» est sans fin, y compris pour les demandeurs présentant toutes les garanties.
Saïd Farhi
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com