L’armée américaine s’inspire de la guerre d’Algérie
Cette stratégie de ratissage urbain avait été mise en scène en 1966 dans La bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo.
Quadrillage en secteurs et îlotiers informateurs, l’armée américaine a mis en oeuvre dans une des villes les plus violentes d’Irak, Baâqouba, des méthodes inventées par les Français en Algérie. Mais pour défaire les émules d’Al Qaîda, dans cette localité au nord-est de Baghdad et ailleurs en Irak, le commandement américain assure qu’il s’interdit une autre pratique de la guerre d’indépendance de l’Algérie: la torture.«Ce que nous faisons en Irak est inspiré de ce que les Français ont fait en Algérie pour lutter contre l’insurrection», de 1954 à 1962, a expliqué à un journaliste de l’AFP un conseiller du département d’Etat, qui parlait sous couvert de l’anonymat. L’officier américain en charge de pacifier Baâqouba, ancien bastion d’Al Qaîda, le capitaine Kevin Ryan, confirme l’influence française et détaille, photos à l’appui, ce que ces enseignements donnent sur le terrain.Accrochées sur le mur de son bureau, des vues aériennes montrent la ville, découpée en dizaines de secteurs rectangulaires, eux-mêmes divisés en îlots, où des personnalité influentes servent de contacts et d’informateurs. Dans chacun de ces quartiers, des patrouilles de soldats vont de maison en maison, fouillent les habitations suspectes, mais interrogent également les habitants sur leurs besoins, en électricité, en eau et en travail. «Nous faisons des fiches sur tout ça, et nous faisons remonter ces informations à la hiérarchie», explique le lieutenant Aries Rebugio, qui commande une de ces unités. Toujours sur le qui-vive, ses hommes progressent lentement dans les rues désertes et leurs tournées les conduisent à la salle des sports, au poste de police ou encore au bâtiment d’une milice d’auto-défense, un «Sahwa» (Réveil), formée d’ex-insurgés sunnites mobilisés contre Al-Qaîda. Cette stratégie de ratissage urbain avait été mise en scène en 1966 dans La bataille d’Alger, de Gillo Pontecorvo, et le capitaine Ryan cite spontanément ce film, souvent projeté aux soldats américains lors de leur formation. Dans la réalité, si la Bataille d’Alger a permis de prendre le contrôle de la capitale algérienne, elle a eu un prix politique lourd, et il faudra encore cinq ans à l’armée française pour se tirer du bourbier algérien.A Baâqouba, dont les bâtiments éventrées, les rues défoncées et les amas d’ordures sur les trottoirs témoignent de la violence des combats mais aussi de l’abandon de la ville, les attaques d’Al Qaîda ont diminué d’intensité.Et dans ce qui est la capitale de la province la plus dangereuse du pays, Diyala, les Américains veulent lancer la reconstruction pour soutenir la pacification. «Nous voulons stabiliser la vie des gens et leur fournir un revenu», assure le capitaine Ryan, pour qui l’urgence est dans la réhabilitation de centaines d’habitations. L’officier s’inquiète également de la paralysie des usines de la ville, qui fournissaient au moins 2000 emplois avant leur destruction. Un autre militaire américain interrogé par l’AFP dans la «zone verte», l’enclave surprotégée du centre de Baghdad, fait longuement référence dans un entretien avec l’AFP à l’ouvrage La guerre moderne du Français Roger Trinquier. Cet ancien des guerres d’Indochine et d’Algérie y soulignait, notamment que «le moyen essentiel pour vaincre dans la guerre moderne est de s’assurer l’appui inconditionnel des populations».Même le plus haut gradé américain en Irak, le général David Petraeus, aime à évoquer des experts français. Il a érigé en lecture obligatoire «Contre-insurrection: théorie et pratique» d’un officier, David Galula, qui a écrit «priver l’insurgé d’une bonne cause implique de résoudre les problèmes de base du pays».Mais là où le parallèle s’arrête avec l’Algérie, assure le capitaine Ryan, c’est dans l’usage de la violence pour obtenir des informations, une pratique préconisée par Trinquier, et utilisée par les unités françaises. «Il y a une différence: nous ne torturons pas», soutient l’officier américain, alors que pourtant le scandale des traitements de détenus dans la prison d’Abou Ghraib, en 2004, a terni l’image des forces américaines en Irak.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : R.I
Source : www.lexpressiondz.com