
Le Palais des nations était enveloppé, hier, d'un parfum des années 1970 à l'ouverture de la 17e Conférence ministérielle des pays non alignés.Cette résidence d'Etat, haut lieu des grand-messes diplomatiques, a arboré à l'occasion les couleurs du «tiers-monde» que les délégations de près de 80 pays étaient venues défendre comme au bon vieux temps de la lutte contre l'impérialisme. Tout a bien commencé avec l'allocution du sympathique du président bolivien, Evo Morales, dont le pays accueillera, courant juin, le sommet du groupe des «77» devenu aujourd'hui 133 pays et qui luttent solidairement pour leur développement. M. Morales a d'ailleurs invité les Non-Alignés à partager le combat du groupe des «77» pour l'amélioration des conditions socioéconomiques des pays membres.S'appuyant sur l'expérience de son pays, le président bolivien a mis en avant le «succès» de sa politique économique basée sur les «nationalisations et axée sur la reprise par l'Etat du contrôle et de l'exploitation des ressources naturelles». Il n'a pas manqué de souligner «l'opposition des puissances capitalistes» à cette politique en cours depuis une décennie qui a permis, d'après lui, de faire passer la Bolivie d'un pays «mendiant à un Etat émergent».Auparavant, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a planté le décor et donné le ton en faisant une plaidoirie en faveur d'une «mondialisation plus humaine». Ce néologisme diplomatique est contenu dans le discours du président Bouteflika à la conférence, grand absent de l'événement.Bouteflika, le grand absentUne mondialisation plus humaine ' Voilà un concept qui cadre très mal avec un monde de plus en plus financiarisé, où les faibles ont de moins en moins de place. Cet appel de Bouteflika prononcé sous une forme incantatoire ne risque pas, en effet, de sortir au-delà des travées du Palais des nations. Encore moins cette déclaration du ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, pour qui la revendication d'un nouvel ordre économique international «reste une exigence» ! Il ne manquait au décor du Palais des nations que Houari Boumediène pour restituer l'ambiance du sommet de? 1973.Déjà que l'Arabie Saoudite, les Emirats et le Qatar réputés pour leur alignement américain n'ont pas jugé utile de dépêcher leurs ministres des Affaires étrangères. Ils se sont contentés d'envoyer des représentants subalternes à la conférence d'Alger, juste pour faire acte de présence. Le constat vaut aussi pour le Maroc qui a délégué l'adjoint de son représentant à l'ONU et son ambassadeur à Alger. Le vice-ministre des Affaires étrangères du royaume d'Arabie Saoudite, Abdelaziz Ben Abdallah Ben Abdelaziz, a certes déclaré le «soutien» de son pays au Mouvement des Non-Alignés (MNA) ainsi qu'à ses «orientations».Mais il a dû faire la moue face au ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, dont le pays est président en exercice du MNA, qui appelait à «renforcer les Non-Alignés pour plus d'efficacité et pour contribuer à la paix mondiale». De même que l'appel de Abdelmalek Sellal aux Non-Alignés à «unir leurs efforts pour éradiquer le terrorisme dans le monde», ne devait pas intéresser les délégués des monarchies du Golfe qui financent et arment les terroristes en Syrie.Mais au-delà de sa tonalité quelque peu ringarde eu égard à la réalité du monde aujourd'hui, cette conférence d'Alger a eu ce mérite d'avoir montré l'engagement des uns et des autres, ne serait-ce que dans le discours, à se solidariser avec les faibles dans tous les sens du terme. Forcément, les monarchies du Golfe qui s'inscrivent et souscrivent aux agendas diplomatiques occidentaux, devaient être mal à l'aise dans ce monde d'en bas peuplé de pays pauvres.Il faut noter par ailleurs que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a pu s'adresser, via vidéoconférence, aux participants et saluer les efforts déployés par le mouvement dans «la résolution des conflits et la réduction de la pauvreté dans le monde». Il a aussi souligné que le MNA «a défendu des valeurs universelles, comme le respect des droits de l'homme et l'égalité pour tous les peuples et toutes les nations». Cette 17e conférence du MNA, placée sous le thème de la «Solidarité renforcée pour la paix et la prospérité», sera sanctionnée aujourd'hui par un document final, une déclaration d'Alger, une déclaration sur la Palestine et un rapport général.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hassan Moali
Source : www.elwatan.com