L'importation de véhicules de moins de trois ans risque d'induire une flambée des devises. Les experts s'inquiètent de voir se creuser l'écart entre les parités officielle et parallèle du dinar.La levée annoncée par le gouvernement de l'interdiction à l'importation de véhicules usagés de moins de trois ans alimente tensions et incertitudes sur le marché des devises. Pour bon nombre d'observateurs et d'experts, mais aussi de l'avis des cambistes du marché informel, cette mesure, dont l'entrée en vigueur devrait intervenir dans moins de trois mois, aura assurément pour effet de resserrer l'offre disponible en devises, de faire flamber les cours sur les circuits parallèles et, par conséquent, de creuser gravement l'écart entre la parité informelle et celle officielle du dinar. Au square Port-Saïd à Alger, haut-lieu informel mais toléré du négoce des devises, la monnaie européenne unique ouvrait à 198 DA pour un euro au début de la semaine dernière.
En quelques semaines à peine, la valeur parallèle de l'euro, considérée d'ailleurs plus réaliste que celle officielle, est passée de 190 à 198 DA (19 800 DA pour 100 euros contre une parité de 19 000 entre les deux monnaies à peine un mois plus tôt). L'annonce de la ré-autorisation pour les particuliers d'importer sur leurs propres fonds en monnaies étrangères des véhicules usagés de moins de trois ans est-elle pour quelque chose dans ce regain de vigueur de la monnaie européenne sur le marché parallèle ' Mal à l'aise avec les médias et les curieux, les cambistes du Square affichent plutôt une attitude prudente et attentiste.
"Les voitures de moins de trois ans, nous disent-ils, ce n'est pas avant quelques mois" et les conditions, les taxes et les coûts de leur importation "ne sont pas encore clairs", ajoutent-ils. Pour sûr, anticipent pourtant nos interlocuteurs, l'euro risque de brutalement et fortement flamber si la mesure autorisant l'importation de véhicules usagés est "réellement appliquée et si les prix d'achat des voitures d'occasion à l'étranger sont suffisamment avantageux?".
Interdite depuis 2005, l'importation de véhicules touristiques d'occasion de moins de trois ans devra être de nouveau autorisée pour les particuliers, à la faveur du projet de loi de finances 2020, adopté récemment par le gouvernement. Au sens de cette nouvelle disposition, conçue officiellement pour exercer l'effet "d'un facteur exogène favorisant la baisse des prix" sur le marché local de l'automobile, les citoyens seront ainsi en mesure d'importer des véhicules usagés de moins de trois ans "à leurs propres frais et paiement des droits et taxes afférents".
Et comme pour évacuer toute confusion, le ministre des Finances, Mohamed Loukal, a jugé utile de préciser dans une récente déclaration à la presse que les citoyens ne pourront accéder à l'importation de véhicules d'occasion que moyennant leurs propres avoirs en devises et en passant par le circuit bancaire officiel pour accomplir les procédures afférentes à cette opération. Si cette démarche semble être conçue pour drainer quelques capitaux informels vers les banques, certains observateurs évoquent néanmoins les risques de voir se transformer la future filière d'importation de voitures usagées en un lieu privilégié pour les transferts de devises à l'étranger.
À tout le moins, les tensions sur le change devront sans doute s'amplifier, et le gap entre la valeur officielle et celle parallèle du dinar devra s'élargir en conséquence. Pour Nour Meddahi, professeur d'économie à la Toulouse School of economics en France, la mesure en elle-même n'est que "de la poudre aux yeux", car même en cas de succès, nous explique-t-il, elle pourrait probablement permettre "le dépôt de quelques centaines de millions de dollars dans les banques, tout au plus".
Selon lui, "les taxes et le coût de transport individuel et non pas groupé comme faisaient les concessionnaires automobiles, en plus de la différence entre les taux de change parallèle et officiel (près de 50%) font que le prix de la voiture d'occasion à importer serait trop élevé, rendant ainsi cette opération non rentable et donc pas faisable". Dans le cas peu probable où cette démarche viendrait à réussir, elle engendrerait alors "une augmentation de la devise sur le marché parallèle, ce qui favorisera la surfacturation et donc la baisse rapide des réserves de change", alerte en définitive notre interlocuteur.
Akli Rezouali
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Akli REZOUALI
Source : www.liberte-algerie.com