«Les jours sont
peut-être égaux pour une horloge, mais pas pour un homme».Proust
Dans l'Algérie de
2009, tout serait «normal», comme disent avec finesse les jeunes de ce pays
pour définir un gros détournement, des enrichissements spectaculaires et
soudains, des dysfonctionnements incroyables, etc. «Normal» est, selon la
jeunesse, ce qui définit les incroyables situations et décisions simplement
inimaginables sous d'autres cieux mais qui sont monnaie courante chez nous. Un
ministre de la République assène avec morgue et suffisance qu'il n'y a pas de
pauvres en Algérie, dans le silence le plus total des autres membres de
l'exécutif dont certains, à juste raison, ont déclaré exactement le contraire
avec moult couffins de la misère à l'appui. Dans les plus riches et les plus
développées des nations, il y a des pauvres, des SDF, des homosexuels, de
nombreux drogués, des «damnés de la terre», des femmes battues et des enfants
violés. Dans ces nations, les télévisions, les ministres, les services de
sécurité, les élus, les clergés, l'opposition et les élites disent à haute et
intelligible voix, pour mieux les éradiquer, les maux, fléaux et injustices qui
causent des malheurs insondables dans leur pays. Ils le disent publiquement.
Imaginons un ministre, qui est de plus
incompétent en matière économique, ignorant des courbes et des statistiques
relatives à la pauvreté, dire qu'il n'y a pas de pauvres en Italie, en
Angleterre, en France, aux USA, au Japon, en Chine ou en Australie ! Y
aura-t-il le même silence fracassant au sein du pouvoir, identique à celui
entendu en Algérie, hormis les saines réactions enregistrées dans la presse
privée ? «Normal», diraient les jeunes pour signifier que de tels propos
peuvent être tenus en Algérie sans risque aucun.
Et d'ailleurs, la notion de risque est toute
relative, selon les contrées. Dans certaines, il y a la sanction politique décernée
par le premier magistrat, celle des urnes, y compris pour des ministres. Il y a
aussi le désaveu des citoyens exprimé par des sondages déclenchés juste après
des déclarations ou des décisions incorrectes ou complètement absconses. Mais
ici, sans rouge au front, un responsable peut dire n'importe quoi, se
contredire en l'espace de deux jours, confondre foi religieuse et fièvre
porcine, réclamer la Zakat là où il n'y a pas de pauvres et continuer à sévir
sans apporter ni plus value ni une simple idée de bon sens et encore moins
pacifier un peu un paysage national ravagé par le terrorisme au quotidien, des
violences partout, un luxe ostentatoire et des pauvretés qui sont autant
d'atteintes aux droits de l'homme et à sa dignité. Une vacance de l'esprit peut
faire dire qu'il n'y a pas de pauvres dans tel ou tel pays et que, par
conséquent, la pauvreté est en vacances.
Une pensée en vacances peut faire naître des
situations paradoxales, des contradictions loufoques et des reniements à la
chaîne. Le crédit à la consommation, théoriquement illicite désormais, est
pourtant révisé sur plusieurs dossiers par ceux-là mêmes qui l'ont adoptée (la
LFC 2009). Ce qui veut dire que la réflexion, les débats préalables, les
simulations qui auraient dû baliser la LFC 2009 et le changement de week-end
étaient eux aussi en vacances.
On décide entre décideurs, on fait des
communiqués longs comme des jours sans pain et on attend les réactions.
Le nouveau week-end a déjà généré toute une
foule de dysfonctionnements, des malentendus, des victimes et le reste est à
venir. Les islamistes, qui ne savent pas qu'à «vaincre sans péril on triomphe
sans gloire», et le gouvernement, qui pense que la moitié d'une compromission
est un acte de bonne gouvernance, ne se soucient nullement de l'avenir du pays,
de ses bonnes relations avec le monde développé qui oriente ses investissements
et sa technologie là où la modernité progresse.
Le port de Tanger a déjà un terminal de
classe mondiale avec scanner et trois autres terminaux sont en voie
d'achèvement. Les marques Zara et HM fabriquent leurs vêtements à Tanger par
des PME locales, pour ensuite vendre dans le monde entier. En Algérie, la
pensée, la raison et l'anticipation en vacances ont laissé croire que le
vendredi était une journée sainte dédiée à la sieste après 90 minutes passées à
la mosquée.
«Un million de touristes algériens vont
chaque année en Tunisie», disait un monsieur croyant détenir une preuve contre
le réel. Si autant de citoyens de ce pays et beaucoup d'autres partis de nombreux
pays se rendent en Tunisie, c'est qu'ils y trouvent ce que recherchent des
touristes.
Mais la vraie question que doivent se poser
les décideurs dans ce pays est la suivante : pourquoi n'y a-t-il aucune chance
pour que l'Algérie reçoive 1, 2 ou 3 millions de touristes chaque année à
partir de 2033 ? Et si possible avant ? Parce que le week-end universel
«normal», la tolérance, le sens du bizness, la cohabitation pacifique des
croyances, des pratiquants et des mécréants, les libertés constitutionnelles,
l'égalité des sexes sont en vacances dans un système vacant qui a pour réalité,
présent et avenir les ressources épuisables du sous-sol.
L'après-pétrole, le respect des libertés
individuelles et leur protection sans faille par l'Etat, ce sont là des concepts,
des idées, des chantiers, des réformes en vacances. Le week-end pour la rentrée
scolaire n'est pas un addition technique d'heures et de semaines (à l'infini)
de vacances.
La réforme toujours en vacances de l'école
implique une réflexion sur les pédagogies modernes, les pratiques ludiques et
éducatives, sur les capacités du cerveau de l'élève après un volume horaire,
sur la durée et la qualité des vacances prises par l'enseignant et l'élève,
etc. Bref, il faut attendre que l'intelligence, la réflexion et le débat
rentrent de ces interminables vacances.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abdou B
Source : www.lequotidien-oran.com