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USMA : Haddad ne s'est pas entouré des bonnes personnes



USMA : Haddad ne s'est pas entouré des bonnes personnes
Haddad a recruté à l'aveuglette
L'argent fait-il le bonheur ' Pas toujours en football, en tout cas. La riche histoire de ce sport éminemment populaire regorge d'exemples de clubs qui ont dépensé le plus pour avoir le moins. L'USM Alger en est le dernier exemple local, avec une équipe recrutée à coups de milliards et pompeusement affublée du qualificatif de «Dream Team» pour, au final, des résultats dignes d'un budget moyen. D'aucuns se mettent à faire le procès du propriétaire du club, Ali Haddad, à qui on reproche d'avoir de l'argent et rien d'autre. Or, en dépit des erreurs qu'il a pu commettre, ce dernier a eu le mérite d'investir dans l'USMA en y mettant des moyens gigantesques, à un moment où beaucoup d'autres clubs crient famine.
Allik était parti après 5 saisons sans titre
Les «nostalgiques» de l'époque dorée des Rouge et Noir, comprise entre le milieu des années 90 et la fin de la première décade des années 2000, regrettent le débarquement de Saïd Allik, symbole des «années titres». Or, la frustration leur fait oublier que ce même Saïd Allik s'est montré incapable de faire gagner un titre au club lors de ses 5 dernières saisons de président, soit entre 2005 et 2010. Certains tendent à l'occulter. S'il avait accepté que Ali Haddad investisse à l'USMA, c'est bien parce qu'il n'arrivait plus à trouver les ressources financières à même de permettre au club de reprendre sa dynamique de succès. Haddad est venu en injectant de l'argent, beaucoup d'argent. Par ces temps de crises et de disette que vivent les clubs algériens, c'est très positif que des industriels (s')investissent dans le football. C'est même une nécessité économique incontournable pour la pratique du football professionnel.
Haddad a recruté à l'aveuglette
Le problème à l'USMA n'est pas l'arrivée de Haddad, c'est plutôt la mauvaise utilisation de ce dernier de la masse financière qu'il a injectée. A tort ou à raison, il avait cru (ou peut-être qu'on le lui a fait croire) qu'il suffisait de ramener les meilleurs joueurs pour amasser les titres et, en se montrant excessivement généreux envers des joueurs surcotés, il en a recruté une douzaine l'été dernier, parfois à l'aveuglette, à tour de bras, sans une étude des besoins réels sur le plan technique. Si les connaissances de Haddad sont peut-être limitées sur le plan de la gestion sportive, les anciens du club qu'il a nommés justement pour gérer ce volet auraient dû lui ouvrir les yeux, ce qu'ils n'ont pas fait. Pis : l'opulence qu'il a offerte aux joueurs et qu'il a affichée ostentatoirement ont fait rêver les supporters jusqu'à les amener à penser que le doublé allait être une simple formalité. Aujourd'hui, ils se sentent floués et crient à l'arnaque, sentiment normal pour un public qui se gargarisait d'avoir le meilleur groupe de joueurs du «marché».
N'gal, fruit des mauvais «conseils»
La deuxième erreur que Haddad a commise a été de ne s'être pas trop impliqué personnellement dans la gestion au quotidien. Il a trop fait confiance aux personnes qu'il a déléguées pour gérer à sa place et qui ne se sont pas toujours montrés à la hauteur de cette confiance. Le parfait exemple en la matière est le recrutement de N'gal : voilà un joueur en manque de compétition à cause d'une grave blessure et qui est recruté sans même avoir passé des examens médicaux poussés ! Ce joueur incarne à lui seul ce qu'a été la gestion de Haddad durant cette saison : de l'argent gaspillé à l'emporte-pièce sur la foi de «conseils» pas toujours pertinents. C'est clair : il ne s'est pas entouré des bonnes personnes.
Au moins, il a investi dans les petites catégories
On parle ici de la section des seniors car, en ce qui concerne les petites catégories, la gestion est beaucoup plus saine. En effet, dans toutes les catégories, l'USMA est leader de son championnat. Plus même : un centre de formation est en construction du côté de Staouéli. En un mot, Ali Haddad n'investit pas uniquement sur l'équipe première et essaye de voir loin, ce qui nous change de la majorité des clubs algériens. Seulement, à trop vouloir gagner un titre avec les seniors cette saison pour pouvoir participer la saison prochaine à une compétition internationale, il s'est fourvoyé. L'erreur de gestion est humaine. Le plus important, c'est de savoir tirer les leçons de ses erreurs et ne plus les commettre la saison prochaine.
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Les anciens en parlent
Afin d'expliquer davantage les choses et pour voir si la politique mise en place en début de saison par la nouvelle direction de l'USMA a échoué ou non, ou s'il faudra attendre deux ou trois saisons pour en récolter les fruits, nous avons voulu connaître l'avis d'anciens joueurs des Rouge et Noir qui, dans un passé pas très lointain, avaient dominé la compétition nationale sans les moyens colossaux d'aujourd'hui. Est-ce une saison ratée ' Faut-il changer de politique ' Ecoutons-les !
Hadj Adlane : «Quand on investit autant d'argent, on doit s'attendre forcément à mieux»
«Je pense qu'il est un peu prématuré de parler de saison ratée. Ce qui est sûr, c'est qu'un des objectifs de l'équipe vient de s'en voler en fumée. Mais en championnat, c'est encore jouable, il reste encore sept matchs donc 21 points en jeu, ce qui n'est pas rien. En football, tout peut arriver, d'autant qu'à mon avis, cette équipe a les moyens de renverser la situation. Ce qu'il faut dire cependant, c'est que les choses ne vont pas être faciles pour l'USMA par rapport à un calendrier des plus compliqués, contrairement à ses concurrents qui auront un parcours beaucoup moins difficile. Voilà ce qu'il en est de la situation sur le terrain. Maintenant, pour parler de politique défaillante ou non, je crois qu'il faut attendre la fin de la saison pour faire les bilans. Mais quand on investit autant d'argent, on doit s'attendre forcément à mieux. Je ne pense pas qu'il y ait une seule équipe qui n'aimerait pas avoir l'effectif de l'USMA, mais il faut le dire, les choses n'ont pas été faites convenablement à ce niveau. Le recrutement n'a pas été bien étudié et on s'est retrouvé avec un effectif plus ou moins déséquilibré. Des manques dans des postes où il n'y a même pas de doublures et de l'encombrement dans d'autres. En tout cas, quand on voit les résultats réalisés jusque-là, on devrait se remettre en question et voir où on s'est trompé.»
Ghoul : «On ne peut parler de long terme quand on fait signer aux joueurs des contrats d'un an»
«J'entends dire qu'il faut attendre deux ou trois ans pour récolter les fruits du travail qu'on est en train de faire. Mais moi, je dis qu'on ne peut pas travailler pour le long terme avec des joueurs qui ont signé un contrat d'un an. Je ne pense pas qu'un joueur en fin de contrat puisse se soucier de l'avenir de l'équipe. Donc, je parle de cette saison et on ne peut pas dire que ce qui se passe est normal par rapport aux énormes moyens matériels mis en place. J'ignore ce qui se passe à l'intérieur de l'équipe, mais en tant que supporter, je constate l'absence de volonté sur le terrain. Nous regardons tous chaque semaine des matchs de haut niveau des différents championnats européens. Il y a des joueurs qui valent des millions d'euros, mais quand on les voit jouer, on a l'impression qu'ils n'ont pas les moyens de se payer une baguette de pain et qu'ils se battent pour gagner leur place. Je suis désolé, quand je regarde l'USMA jouer, je ne vois pas cette détermination et cette volonté sur le terrain. Je ne parle ni de X, ni de Y, mais de tout le monde. Nous, nous n'étions pas des professionnels, mais quand on n'atteignait pas nos objectifs ou quand on perdait, on ne touchait pas la totalité de notre argent. Ce n'est pas le cas aujourd'hui où le joueur est sûr d'être payé, même s'il ne joue pas.»
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Rahim : «C'est trop tôt pour récolter les fruits»
«L'USMA a complètement changé. Il y a une nouvelle équipe, de nouveaux joueurs, une nouvelle direction et une nouvelle politique. Elle a changé presque à 100%. On est reparti à zéro, et dans ce cas, il est impossible d'avoir des résultats dans l'immédiat. Je crois que c'est trop tôt de récolter les fruits du travail qui est en train de se faire. Le professionnalisme ne se construit pas sur une seule saison, ce n'est pas possible. Cela dit, il y a bien des erreurs qui ont été faites, mais en se corrigeant, on avance. La direction actuelle doit tirer les leçons de cette saison pour ne pas retomber dans les même erreurs la saison prochaine.»
Djahnine : «Quelle que soit la politique prônée, l'ossature doit être formée d'enfants du club»
«Quand on voit l'effectif actuel de l'USMA et les résultats réalisés jusque-là, je dis sans hésiter que c'est une saison ratée. Car on n'est pas sûr de retrouver les mêmes joueurs la saison prochaine dans la mesure où bon nombre d'entre eux ont signé un contrat d'un an. Quand on signe un contrat d'un an, on se doit d'atteindre son objectif durant la même saison, sinon, on parle forcément d'un recrutement raté. Il ne s'agit pas aussi d'un effectif jeune pour parler d'avenir. Ce sont des joueurs d'expérience, qui sont bien payés en plus et, à partir de là, je crois qu'il y a obligation de résultats. Je ne suis pas au courant de ce que les dirigeants ont entrepris, mais quelle que soit leur politique, quand on veut enrichir son effectif, l'ossature de l'équipe doit être formée d'enfants du club. Je suis désolé, mais c'est comme ça. Ce sont les enfants du club qui ont le sang aux couleurs de l'équipe et ce sont eux qui portent dans leur c'ur l'amour du club. On ne retrouve pas ça dans l'équipe de l'USMA de cette saison, et c'est l'une des raisons qui fait que souvent, on ne voit pas cette combativité et cette volonté sur le terrain. C'est un paramètre très important, si l'USMA n'en tiendra pas compte, ça va être toujours la même chose.»
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