Le gouvernement a fait de la relance du secteur industriel, notamment à travers la branche mécanique et automobile, une de ses priorités. Cette orientation est-elle sérieusement remise en question en raison de la crise qui sévit 'Le développement d'un secteur, fut-il industriel, est une fonction régalienne du gouvernement, mais la démarche ne doit pas prioriser la branche mécanique et automobile «publique», mais bien l'élargir au secteur privé, pour en faire un levier économique rationnel, global.Malheureusement, bien que réclamé par moult associations de chefs d'entreprise, aucun plan industriel structuré, ni développement économique, secteur par secteur pour en faire «une vision intégrée», n'a vu le jour. La branche automobile est très exigeante et ce sont les constructeurs qui décident de l'avenir de ce secteur et non pas les pays. Ces derniers ne sont que des réceptacles de leur délocalisation pour produire «pas cher».En 2016, l'économie d'échelle est planétaire. On ne construit plus des usines pour des besoins locaux, ce n'est plus rentable, surtout sur le segment des petites voitures.Les médias nous font part d'initiatives, prises par-ci et par-là, de constructeurs internationaux qui s'agitent sur notre marché depuis l'avènement des «quotas».Nous ne pouvons pas considérer cette démarche de relance, ni de développement industriel, loin s'en faut.En Algérie, la dégradation de la situation économique et le renchérissement des coûts d'usage (entretien et carburants) a entraîné des comportements de précaution de la part des ménages, défavorables à l'évolution de la consommation automobile, mais en faveur d'un bien immobilier.Faire de la branche automobile un levier économique est un leurre. Il est connu que la production d'une voiture est composée de :- 80% de consommations intermédiaires- 15% de rémunération des salariés- 15% de résultat brut d'exploitation, impôts et subventions.Les consommations intermédiaires sont les «intrants», et compte tenu que nous ne produisons que peu de composants, il revient à considérer que 80% du coût d'une voiture doivent être importés. De fait, une voiture «fabriquée» en Algérie pèse très lourd en devises. C'est pour cette raison aussi que les constructeurs veulent s'installer en Algérie pour créer les usines de montage sous licence afin de préserver leur part de marché.Puisqu'en définitive, les constructeurs et accessoiristes gardent 80% de leur manne. Mais l'Algérie n'aura rien économisé sur sa balance devises sur l'importation des éléments de voitures ou voitures complètes. Parler de taux d'intégration n'est qu'enfumage à l'heure actuelle.En France, comme en Europe et aux Etats-Unis, la production de voitures a baissé et ce secteur bénéficie à ce jour de la politique contracyclique de l'Etat qui consiste à stimuler l'économie lorsque celle-ci tend à ralentir, et à la freiner lorsqu'elle s'emballe.A mon humble avis, relancer et prioriser le secteur industriel à travers la branche mécanique et automobile est une mauvaise «bonne nouvelle». Sa remise en question en raison de la crise qui sévit sera une belle et bonne nouvelle. Ce secteur est abusivement capitalistique par rapport à la fragilité de nos capacités en devises et il serait judicieux que l'Etat se désengage totalement pour se donner les moyens à faire face à des lendemains «douloureux».Y a-t-il des branches industrielles plus résilientes que d'autres susceptibles de titrer leur épingle du jeu en dépit de cette crise 'Oui bien entendu, tout est à faire et tout nous réussira avec une «bonne gouvernance». L'Etat doit se départir notamment de la gestion du secteur industriel et se concentrer sur ses fonctions régaliennes.La production locale doit se substituer à notre dépendance à l'importation et pour cela nous devons favoriser l'industrie manufacturière qui est grande consommatrice d'emplois sur des plateformes sous forme de clusters, c'est-à-dire en finir avec les zones d'activité et industrielles «tout venant» et doter ses nouveaux bassins d'emplois de grappes d'entreprises spécialisées et intégrées.Nous devons créer une nouvelle base industrielle de transformation de nos hydrocarbures pour relancer la plasturgie, les résines et produits chimiques à même de satisfaire les besoins de notre future base industrielle manufacturière. Rien que sur ce secteur, nous pouvons à moyen terme être un exportateur net sur les marchés internationauxL'industrie agroalimentaire doit s'impliquer davantage dans le secteur agricole et les «success story» se multiplient dans les boissons, la transformation du lait, la semoulerie et meunerie, l'huile, le sucre, la pomme de terre, etc. Des réussites professionnelles et entrepreneuriales en partant de presque rien.Bien entendu, le secteur des services, tels les assurances, les banques, les bureaux d'études techniques et architectes, les TIC arrachent de plus en plus d'affaires à l'international et le gouvernement doit revoir les conditions d'exportation des services pour faciliter l'exportation des «services» et non plus les compétences qui émigrent.Beaucoup de choses ont été ressassées sur ce qui est urgent de faire et d'éviter de faire telle la plateforme de NABNI, et le corollaire qui revient est une meilleure gestion des deniers publics, une gouvernance réactive à défaut d'être proactive, une guerre contre le laxisme, la médiocrité et la passivité. La contrainte, le frein au développement est cette «chape de plomb» qu'est la bureaucratie qui amenuise toute volonté, tout effort à entreprendre.Avec l'amenuisement des budgets de l'Etat et des liquidités bancaires, que préconiser pour maintenir les entreprises en vie et éviter une débâcle sociale 'Une entreprise qui n'est pas viable doit cesser. S'agissant des entreprises privées cela se réalise indéniablement sans que l'Etat n'intervienne. Le problème c'est que l'Etat «perfuse» encore des entreprises moribondes pour «éviter une crise sociale».Donc, le «maintien en vie», la prolifération d'emplois «sociaux», la pléthore de personnel, ne sont nullement des remèdes économiques fiables. Cela permet de passer un cap social difficile, mais il coûte trop cher à la société.Le remède est de donner plus de liberté à l'initiative économique, encourager les capitaines d'entreprise qui font la fierté de notre pays, bannir les entraves administratives à l'investissement, allez à la recherche d'investisseurs potentiels dans nos localités, etc.De fait, l'urgence de la simplification des actes administratifs, qui ne coûte rien et qui rapporte beaucoup, doit être priorisée.La volonté de certaines wilayas, qui ont compris que développement rime avec séduction et facilitation, ont favorisé la disponibilité du foncier à des centaines d'investisseurs qui accourent sur ces contrées. Si toutes nos wilayas se mettaient au diapason, nous éviterons beaucoup de déconvenues sociales.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Safia Berkouk
Source : www.elwatan.com